Il y a des films qui échouent discrètement. Et il y a The Marvels. Sorti en novembre 2023 avec le budget d’un blockbuster présidentiel et les espoirs d’une franchise déjà vacillante, le film a fait un bruit assourdissant — celui d’un crash en direct. 47 millions de dollars pour un premier week-end américain. Le pire démarrage de l’histoire du MCU. Pire qu’Ant-Man. Pire que L’Incroyable Hulk. Pire que tout.
Mais au fond, le problème n’est pas Brie Larson. Ce n’est pas non plus la durée du film, ni même son humour décalé façon comédie musicale extraterrestre. Le vrai problème a un visage, une arme, et un nom : Dar-Benn. La méchante. Celle qui devait incarner la menace, cristalliser la tension, donner au trio de super-héroïnes une raison de se battre. Celle qui, à la place, est devenue le symbole vivant de tout ce qui ne va plus dans le MCU.
⚡ Ce qu’il faut savoir
- The Marvels est sorti le 8 novembre 2023, avec un budget de 220–275 millions de dollars.
- Il a rapporté seulement 199 millions dans le monde — le plus grand flop financier du MCU.
- La méchante, Dar-Benn, est jouée par Zawe Ashton. Elle est Kree, motivée par la vengeance et la survie de son peuple.
- Son personnage souffre d’un manque total de développement et d’une menace trop faible face à des héroïnes quasi-invincibles.
- Ce problème n’est pas nouveau : le MCU répète cette erreur depuis Gardiens de la Galaxie (2014) avec Ronan l’Accusateur.
- La chute de The Marvels dépasse le simple échec commercial — c’est un signal d’alarme sur la santé narrative d’un univers épuisé.
Dar-Benn : une méchante née sous une mauvaise étoile

Sur le papier, l’idée n’était pas mauvaise. Une générale Kree fanatique, animée par une loyauté féroce envers son peuple dévasté. Un contentieux direct avec Carol Danvers, accusée d’avoir détruit l’atmosphère de Hala, la planète natale des Kree, lors du premier film. Une douleur réelle. Un plan monstrueux mais compréhensible — voler les ressources de planètes entières pour sauver les siennes. Ce scénario de vengeance aurait pu accoucher d’une antagoniste mémorable, du calibre d’un Killmonger ou d’un Thanos.
Sauf que le film ne lui laisse pas le temps d’exister. Dar-Benn débarque, elle explique vaguement ses motivations en deux répliques, elle se bat, elle meurt. Littéralement. La scène finale où elle saisit trop de pouvoir et s’autodétruit ressemble davantage à une porte de sortie scénaristique qu’à une mort dramatique. Zawe Ashton, actrice britannique réputée pour ses rôles dans Velvet Buzzsaw et Nocturnal Animals, a fait avec ce qu’on lui a donné. Le problème, c’est qu’on ne lui a presque rien donné.
Le paradoxe de la menace inexistante
La question qui tue dans tout film de super-héros est la suivante : est-ce que le méchant représente une vraie menace pour le héros ? Dans The Marvels, Captain Marvel peut déplacer des étoiles. Elle a presque terrassé Thanos d’un seul passage. Face à ça, Dar-Benn est une humanoïde Kree, sans super-pouvoirs, armée d’un marteau cosmique — aussi appelé Universal Weapon. Les scénaristes ont tenté de contourner le problème en lui donnant un bracelet capable de retourner les pouvoirs lumineux des trois héroïnes contre elles. Une astuce narrative. Pas une vraie solution.
« Elle reste une mortelle Kree, intrinsèquement moins menaçante que les personnages les plus puissants de Marvel. Cette discordance diminue le suspense et l’excitation qui accompagnent normalement le climax d’un film Marvel. »
Le résultat, c’est une tension dramatique à zéro. Le spectateur ne croit pas une seconde que Captain Marvel risque quoi que ce soit. Et quand le danger disparaît, l’émotion disparaît avec lui.
Le MCU et son problème de méchants : une récidive inexcusable
Ce n’est pas la première fois que le MCU se tire une balle dans le pied avec ses antagonistes. Le problème, documenté, discuté, moqué depuis des années, a un nom officieux dans la communauté des fans : le MCU villain problem. Des méchants sacrifiés trop tôt, trop peu développés, trop vite tués avant d’avoir pu devenir vraiment effrayants.
Dar-Benn est la version féminine de Ronan l’Accusateur dans Gardiens de la Galaxie — même colère raciale, même rigidité, même manque de profondeur. Neuf ans séparent les deux films. Neuf ans pendant lesquels le MCU a eu le temps de produire des figures inoubliables comme Loki, Killmonger, Thanos ou même Zemo. Et pourtant, le retour en arrière est total.
| Méchant MCU | Film | Profondeur narrative | Menace perçue | Mémorable ? |
|---|---|---|---|---|
| Thanos | Avengers : Infinity War (2018) | ⭐⭐⭐⭐⭐ – philosophie, sacrifices, cohérence | Extrême – tue la moitié de l’univers | ✅ Iconique |
| Killmonger | Black Panther (2018) | ⭐⭐⭐⭐⭐ – trauma, politique, identité | Haute – prend le trône de Wakanda | ✅ Culte |
| Ronan l’Accusateur | Gardiens de la Galaxie (2014) | ⭐⭐ – fanatisme Kree, peu développé | Moyenne – contrebalancée par l’humour | ❌ Oublié |
| Dar-Benn | The Marvels (2023) | ⭐⭐ – motivations effleurées, mort bâclée | Faible – mortelle face à des déesses | ❌ Transparente |
| Loki (saison 1) | Loki (2021) | ⭐⭐⭐⭐⭐ – ambiguïté, humour, douleur | Variable – mais fascinant | ✅ Favori absolu |

Un flop qui n’était pas qu’une question de public
The Marvels a terminé sa carrière en salle avec 199 millions de dollars récoltés dans le monde entier, pour un budget estimé entre 220 et 275 millions. Une perte sèche. Pour comparaison, Captain Marvel (2019) avait franchi la barre du milliard. L’écart entre les deux films, en seulement quatre ans, illustre mieux qu’un long discours l’état de délitement dans lequel se trouve la franchise.
Le deuxième week-end a été encore plus brutal : une chute d’environ 80 % des recettes par rapport à l’ouverture. Un record de décrochage dans l’histoire du MCU. Le bouche-à-oreille a été dévastateur, non pas à cause d’une haine irrationnelle pour ses héroïnes, mais parce que le film n’avait tout simplement pas les armes narratives pour tenir.
Zawe Ashton n’est pas en cause
Il serait facile et injuste de mettre l’échec sur le dos de l’actrice. Zawe Ashton est une comédienne de talent. Elle a livré ce que le scénario lui demandait. Le problème est en amont : dans la salle d’écriture, dans les choix de production, dans cette manie récurrente du MCU de sacrifier ses antagonistes sur l’autel du rythme et du divertissement immédiat. Dar-Benn meurt en se consumant elle-même au terme d’une scène expédiée, sans que le spectateur ait eu le temps d’être réellement investi dans sa chute.
C’est là que réside le vrai crime narratif. Pas l’absence de puissance physique. Mais l’absence de puissance émotionnelle. Une mort qui ne fait rien ressentir, c’est une occasion manquée.
Ce que ce film révèle sur l’avenir du MCU
The Marvels n’est pas seulement un mauvais film avec un mauvais méchant. C’est un symptôme d’un univers qui a perdu sa boussole narrative. Depuis la fin de la saga Infinity, Marvel a du mal à construire un antagoniste capable de fédérer toute une phase. Kang le Conquérant — censé être le grand méchant de la Phase 5 — a été abandonné en route après les affaires judiciaires de son interprète Jonathan Majors. Le MCU avance désormais à tâtons, d’un film à l’autre, sans arc narratif unifié.
Et dans ce contexte, chaque méchant oublié comme Dar-Benn est une pièce qui manque au puzzle. Un univers cinématographique vit et meurt par la qualité de ses antagonistes. Le jour où le public arrête d’avoir peur pour ses héros, il arrête aussi de payer sa place.
Peut-on encore sauver Captain Marvel ?
Le personnage de Carol Danvers souffre d’un problème spécifique que ni la réalisatrice Nia DaCosta ni les scénaristes n’ont su résoudre : elle est trop puissante. Raconter une histoire tendue avec un personnage quasi-invincible nécessite une ingéniosité narrative que le MCU n’a pas fournie. Les comics ont depuis longtemps trouvé des réponses — conflits moraux, pertes intimes, limites psychologiques plutôt que physiques. Le cinéma, lui, continue de chercher un méchant assez fort pour faire trembler une femme qui peut déplacer des étoiles. Et continue de ne pas trouver.
L’avenir de Captain Marvel dans le MCU — si tant est qu’il existe encore — passera forcément par ce changement de paradigme. Moins de force brute, plus de vulnérabilité narrative. Et des adversaires qui existent vraiment, qui durent, qui font mal — même après le générique de fin.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



