
Tom Holland, Disney et Sony rejouent la guerre des sommets au box-office, avec un Spidey devenu machine à cash
On croyait le trône domestique de Star Wars: The Force Awakens bien vissé, presque gravé dans le marbre de la pop culture. Raté : Spider-Man: Brand New Day vient de lui piquer la couronne sous le nez, et avec une insolence de gamin qui connaît déjà la sortie de secours du multiplexe.
Le chiffre est limpide : avec 936,7 millions de dollars engrangés en Amérique du Nord, le nouveau long métrage de la franchise Spider-Man dépasse les 936,6 millions de l’épisode de J.J. Abrams, sorti en 2015. Un dixième de million, à ce niveau-là, ça ressemble à une pichenette. Sauf que dans le box-office, une pichenette peut faire tomber un monument. D’un côté, le retour de la galaxie lointaine, très lointaine, qui avait redonné un peu de souffle à Disney après le rachat de Lucasfilm en 2012 ; de l’autre, une machine Marvel-Sony qui continue de faire tourner la caisse enregistreuse comme si elle avait été branchée en direct sur la poule aux œufs d’or.
Le plus drôle, c’est que ce basculement n’a rien d’un accident. Spider-Man est, depuis plus de vingt ans, l’un des rares super-héros à traverser les époques sans perdre sa valeur de fer de lance. Entre Sam Raimi en 2002, la relance avec Andrew Garfield, puis l’ère Tom Holland, la marque a pris l’habitude de grimper, pas de s’essouffler. Et là, on parle d’un opus réalisé par Destin Daniel Cretton, déjà passé par Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings, qui réussit à faire d’un héros amnésié par le monde entier un aimant à billets verts. Le paradoxe est délicieux : plus Peter Parker disparaît des mémoires, plus Spider-Man s’impose dans l’histoire.
Pour rappel, Star Wars: The Force Awakens n’était pas juste un carton. C’était un événement culturel, un retour de flamme après des années de débat, de nostalgie et de querelles de chapelle autour de la saga. Avec 2,07 milliards de dollars dans le monde, le film reste l’un des plus gros succès de tous les temps et le plus rentable de toute la galaxie Star Wars chez Disney. Mais son record domestique, lui, venait d’être gardé comme un trophée sacré. Jusqu’à maintenant. Le cinéma américain adore les mythes, mais il adore encore plus les remplacer par des mythes plus frais.
Ce qui rend l’affaire savoureuse, c’est la manière dont le marché a changé. En 2015, la sortie événement pouvait encore fédérer largement les spectateurs autour d’un rendez-vous commun. En 2026, il faut arracher les gens à leur canapé, à leurs plateformes, à leur petit confort de streaming. Et malgré ça, Brand New Day a passé la barre des 2 milliards de dollars mondiaux, puis celle du record domestique. Ça ne dit pas seulement que le film marche : ça dit qu’un personnage peut encore, à lui seul, déplacer des foules quand le reste d’Hollywood se prend les pieds dans le tapis.

Tom Holland, lui, n’a plus besoin de prouver grand-chose. Son Peter Parker a fait mieux à chaque sortie, jusqu’à Spider-Man: No Way Home, qui a dépassé 1,9 milliard de dollars dans le monde et rapporté des bénéfices colossaux à Marvel et Sony. On peut bien ergoter sur la fatigue des franchises, sur la saturation des univers étendus, sur les promesses de table rase jamais tenues : Spider-Man continue de passer entre les gouttes. Peut-être parce que le personnage a gardé quelque chose de fondamentalement simple, presque archaïque, au milieu du cirque industriel. Un ado, des responsabilités, un costume rouge et bleu, et un public qui répond présent. Pas besoin d’en faire des caisses. Enfin si, justement : le box-office s’en charge très bien.
Il faut aussi noter que ce triomphe ne dit pas la même chose de tout le monde. Star Wars reste une franchise majeure, mais sa trajectoire récente a été plus heurtée, avec des résultats plus modestes pour certains projets et une stratégie de relance encore floue. Là où Disney cherche encore son prochain grand souffle galactique, Sony et Marvel ont trouvé un moteur qui ronronne sans trop tousser. À ce stade, Spider-Man n’est plus seulement un super-héros : c’est un actif financier qui marche sur deux jambes.
Le plus intéressant, au fond, n’est même pas le record en lui-même. C’est ce qu’il raconte de notre époque : les spectateurs ne se déplacent plus pour une marque parce qu’elle existe, mais pour une promesse de plaisir très précise. Brand New Day vend une version de Spider-Man plus ramassée, plus urbaine, plus nerveuse, et visiblement ça suffit à faire mieux qu’un retour de la Force. Le film a même déjà commencé à installer la suite avec sa scène post-générique, histoire de rappeler que Sony et Marvel ne comptent pas lâcher le morceau de sitôt. On les comprend : quand une franchise vous rapporte ce genre de score, on ne la range pas au placard. On la bichonne, on la relance, on la fait passer devant tout le monde. Et pendant ce temps-là, le reste d’Hollywood regarde le tableau d’affichage en se demandant qui a laissé la porte du coffre-fort ouverte.
Alors oui, le record de Star Wars: The Force Awakens avait quelque chose d’historique, presque cérémoniel. Mais le cinéma populaire n’a jamais aimé les statues immobiles. Il préfère les changements de garde, les coups de théâtre et les trônes qui grincent. Cette fois, c’est un type en collants qui a raflé la mise. Franchement, on a vu pire comme usurpation.