
Changer de cap pour travailler dans le social, c’est souvent une histoire de rencontres et de prises de conscience sur le terrain. On découvre vite que chaque geste compte, derrière les bilans, les chiffres et les parcours. Comment se préparer à ce grand virage sans perdre de vue ses propres valeurs ?
Travailler dans le social, ce n’est pas une histoire de vocation héroïque ou d’idéal inaccessible. Souvent, on débarque là presque par hasard. Un collègue en reconversion, une maman qui délaisse l’entreprise – trop de sens perdu. On se demande : est-ce que je pourrais le faire ? La réponse, ça ne se trouve pas sur un formulaire.
On le sent tout de suite, les métiers du social n’existent pas sans la rencontre humaine. On croit parfois qu’il suffit d’avoir de l’empathie. Mais la vraie vie, ce sont des journées ponctuées d’entretiens difficiles, de situations imprévues, parfois décourageantes. Il faut savoir se taire au bon moment, entendre ce que l’autre ne dit pas. Savoir communiquer, organiser, improviser. Rien à voir avec filer un simple coup de main. On navigue entre administrations, familles, institutions parfois aussi rigides qu’un dossier trop lourd. Là, l’expérience d’un chef de chantier trouverait ses limites !
Beaucoup imaginent le social comme une sorte de parenthèse enchantée, pleine de reconnaissance. Mais la réalité, c’est une mosaïque de petits métiers : accompagnateurs de personnes à mobilité réduite, techniciens de l’intervention sociale, médiateurs en pleine urgence scolaire. Ceux qui s’attendent à des salaires dorés tombent de haut. Entre 1700 et 6800 euros en fonction des missions, on reste loin des clichés. Les responsabilités, elles, ne faiblissent pas. Même devenir formateur indépendant n’apporte pas de solution magique.
Ici, la porte d’entrée exige souvent une formation dédiée. Pas d’improvisation : diplôme d’État, filiation aux sciences humaines, quelques bases de droit, de psychologie, de management des ressources humaines. Et pour ceux pour qui le financement pose question, un passage par le Compte Personnel de Formation devient une case obligatoire. Ce qui est étrange, c’est que le diplôme rassure mais il ne dit rien de la capacité à encaisser la fatigue d’une médiation ratée ou d’un entretien qui dérape.
À l’accueil d’un centre social, une femme s’assoit, la cinquantaine, sourire fatigué. Au téléphone, elle bascule du français à l’arabe, cherche un hébergement d’urgence tout en rassurant une mère débordée. Rien sur son visage ne laisse transparaître la lassitude. « Je m’y suis formée tard », dit-elle, « avant, je travaillais en grande surface ». C’est là que ça devient intéressant. Le métier s’apprend tous les jours, bien au-delà de la fiche de poste.
On n’y pense pas toujours, mais la concurrence dans le social peut surprendre. Les postes recherchés, la stabilité recherchée aussi. Certains, une fois arrivés, réalisent l’écart entre attentes et quotidien. Le conseiller en insertion professionnelle, par exemple, se retrouve plus souvent en réunion qu’en contact direct. Le métier d’éducateur scolaire, très valorisé en surface, demande un investissement personnel qui déborde parfois sur la vie privée. On oublie vite la frontière.
Ce que peu de gens voient, c’est l’épuisement qui peut guetter. À force de vouloir aider, certains tombent dans ce piège : penser que leur utilité justifie tout. Mais personne ne sauve quiconque contre son gré. Ici, mieux vaut accepter ses limites, apprendre à recadrer sans se brutaliser. On n’est pas dans un film d’horreur où l’on peut s’oublier et survivre à tout.
Faire carrière dans le social, c’est accepter la frustration, ne pas attendre les lauriers. Les plus heureux ont su imposer leurs rythmes, défendre une marge pour leur propre vie. La découverte de soi compte plus que le prestige. Les trajectoires ressemblent parfois à des scénarios de séries brouillonnes : imprévus, détours, rebondissements.
En réalité… ce secteur choisit autant qu’il recrute. Et ceux qui y trouvent leur place ne le regrettent presque jamais.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.