Resident Evil 2026 : les 5 films qui expliquent le cauchemar de Zach Cregger

Entre horreur, comédie et nuit sans fin, le nouveau Resident Evil pioche partout sans demander la permission

Le nouveau Resident Evil de Zach Cregger n’est pas juste une adaptation de plus dans la grande foire aux zombies : c’est un petit laboratoire de cinéma bis, de cauchemar urbain et de comédie qui mord. Et comme la franchise Capcom a déjà connu plusieurs vies, plusieurs reboots et assez de virages pour donner le mal de mer à un monstre de laboratoire, on peut enfin regarder ce film comme un objet de cinéma à part entière, pas comme un simple produit dérivé.

Pour rappel, la saga Resident Evil au cinéma a commencé en 2002 avec Paul W. S. Anderson, puis a continué à se dédoubler entre suites, relectures et tentatives de retour aux sources. En 2021, Resident Evil: Welcome to Raccoon City a relancé la machine côté fidélité aux jeux, tandis qu’une série live-action Netflix a encore brouillé les pistes en 2022. Résultat : en 2026, on n’est plus face à une adaptation, mais face à une hydre. Et Zach Cregger, après Barbarian et Weapons, arrive avec sa propre grammaire : un héros ordinaire, une nuit qui déraille, des corps qui mutent, et ce sens du malaise qui fait rire jaune. Autrement dit, Resident Evil 2026 parle autant de zombies que de cinéma lui-même.

Le vrai sujet, c’est moins “quels monstres” que “quel type de film a fabriqué ce monstre-là”.

Quand la tronçonneuse rencontre le mauvais karma

Le premier nom qui s’impose, c’est évidemment Sam Raimi, et plus précisément Evil Dead II (1987). Pas seulement parce que le film mélange horreur et burlesque avec une insolence de sale gosse, mais parce que Cregger comprend la même chose : un protagoniste moyen, pas un élu, pas un demi-dieu, juste un type qui se retrouve au mauvais endroit avec la mauvaise idée. Bryan, joué par Austin Abrams, a ce côté bras cassé tenace qui rappelle Ash : il avance, il improvise, il survit parfois par accident. Et quand le film bascule dans une escalade de créatures, on sent la même logique de spirale infernale. Chez Raimi comme chez Cregger, le gag n’annule pas la peur ; il l’aiguise.

Ce qui est malin, c’est que cette filiation n’a rien d’un hommage poli. Cregger reprend le principe du chaos comme moteur, avec une cruauté presque cartoonesque envers son héros. On rit, puis on grimace, puis on rit encore parce que le film nous a coincés dans son rythme. C’est sale, nerveux, très vivant. Bref, ça ne sent pas la naphtaline de cinéphile en pantoufles.

Une nuit, une ville, et des emmerdes en série

Autre boussole : After Hours de Martin Scorsese, sorti en 1985. Pas un film d’horreur, certes, mais un chef-d’œuvre de dérive nocturne, où un homme banal traverse une ville qui se transforme en piège à ciel ouvert. C’est exactement le genre de structure que Cregger affectionne : une nuit compacte, des rencontres de plus en plus tordues, une sensation d’errance où chaque porte ouverte mène à un problème plus absurde que le précédent. On appelle ça une mécanique de cauchemar, mais aussi une façon très élégante de filmer la perte de contrôle.

Dans Resident Evil, l’ombre de After Hours se glisse surtout dans la manière dont Bryan traverse Raccoon City comme Paul Hackett traversait New York : en découvrant que la ville entière a décidé de lui en vouloir personnellement. Les employés d’Umbrella, dans cette lecture, deviennent des cousins de ces figures scorsesiennes à la fois grotesques, hostiles et vaguement pathétiques. Le film ne se contente pas de courir dans les couloirs : il transforme la ville en machine à broyer les petits malins.

Affiche de Resident Evil
Affiche de Resident Evil

Romero, King et les bestioles qui ne lâchent rien

Impossible de faire semblant d’oublier George A. Romero. Même si le texte source insiste sur un autre de ses travaux, Creepshow (1982), plutôt que sur ses films de zombies, le lien est limpide : Romero a laissé une empreinte si forte sur l’imaginaire horrifique qu’on la retrouve partout où le cinéma laisse les créatures prendre le dessus sur les humains. Dans Creepshow, l’horreur passe par le grotesque, le récit à sketches, le plaisir presque enfantin de voir la catastrophe se déployer avec un sourire carnassier. Cregger, lui, ne fait pas du tout du musée. Il recycle cette énergie pour la faire exploser dans un récit continu.

Le parallèle le plus savoureux tient à la logique de contamination. Dans Creepshow, les insectes, la matière organique et la transformation du corps deviennent des menaces presque comiques tant elles sont excessives. Dans Resident Evil, les rats possédés, les infectés et les mutations du T-Virus rejouent ce même goût pour la chair qui déraille. Et Bryan, comme le personnage de Jordy Verrill incarné par Stephen King lui-même dans le segment The Lonesome Death of Jordy Verrill, est condamné par sa propre bêtise autant que par la malédiction qui le rattrape. Le film adore les monstres, mais il aime encore plus voir un type ordinaire se débattre avec sa propre catastrophe.

Le jeu vidéo en ligne de mire, le gratte-ciel en guise de niveau final

Le quatrième film à convoquer, c’est The Maze Runner: The Death Cure de Wes Ball, sorti en 2018. Là encore, on est dans une logique de progression, de niveaux, de montée vers un sommet où la vérité, le remède ou la fin du monde attendent au dernier étage. Ce n’est pas un hasard si le final de Resident Evil se replie vers un bâtiment-laboratoire : c’est du cinéma qui pense comme un jeu vidéo, avec ses checkpoints, ses couloirs, ses boss et son dernier décor vertical. Le gratte-ciel devient une interface.

Ce rapprochement est précieux parce qu’il dit quelque chose de la franchise Resident Evil depuis ses origines. Le premier film de Paul W. S. Anderson, en 2002, avait déjà compris qu’une adaptation de jeu vidéo n’avait pas besoin de copier un scénario pour capter une sensation : il fallait traduire une logique d’espace, de menace et d’itération. Cregger reprend ce principe, mais avec un sens du gag et du malaise plus acéré. On n’est pas dans l’illustration d’un jeu, on est dans la sensation de jouer sans manette et sans filet.

L’ombre de Lynch au fond du couloir

Enfin, il y a Eraserhead de David Lynch, sorti en 1977, et là on change de registre sans quitter le cauchemar. Le film de Lynch n’a rien d’un film de zombies, évidemment, mais il partage avec Cregger une obsession pour la peur de la responsabilité, la paternité comme gouffre mental et la transformation du corps en menace existentielle. Dans Resident Evil, la séquence de maternité contaminée n’est pas là pour faire joli ou pour cocher une case de plus dans le bestiaire horrifique. Elle condense un malaise plus profond : celui d’un homme qui tente d’esquiver ce qu’il a déclenché.

Cette lecture fait du film de Cregger quelque chose de plus tordu qu’un simple survival. Bryan n’est pas seulement un survivant, il est un type qui fuit sa part de responsabilité jusqu’à devenir, littéralement, ce qu’il redoutait. C’est là que le film devient intéressant : il ne traite pas la mutation comme un effet spécial, mais comme une punition morale et métaphysique. Lynch aurait probablement souri devant ce genre de cauchemar domestique qui finit en apocalypse. Le monstre n’arrive pas de l’extérieur : il était déjà en train de pousser à l’intérieur.

Au fond, ce Resident Evil de 2026 ressemble à un grand mixeur de cinéma populaire, de terreur corporelle et de comédie de l’angoisse. Cregger ne copie pas ses modèles, il les digère avec une assurance de sale gosse très doué. Et c’est peut-être ça, la vraie bonne nouvelle : la franchise a cessé de chercher la bonne case. Elle a trouvé la mauvaise porte, et elle l’a ouverte. On verra bien qui en ressort vivant.

Bande-annonce VF de Resident Evil

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