Marvel continue de bricoler sa machine à fantasmes mutante, et cette fois le projecteur tombe sur Kit Connor, pressenti pour enfiler le bandeau de Cyclope dans le reboot des X-Men. Oui, le garçon de Heartstopper pourrait bien passer de la tendresse Netflix au commandement d’une équipe de demi-dieux cabossés.
La nouvelle, relayée par Deadline puis reprise par Slashfilm, s’inscrit dans une stratégie très Marvel : faire monter la sauce avant même d’avoir montré la moindre image. Le studio de Kevin Feige a déjà confié le film à Jake Schreier, passé par Thunderbolts et désormais chargé de remettre les mutants au centre du jeu après des années de flottement, de droits compliqués et de bricolages plus ou moins heureux chez Fox puis Disney. Depuis le rachat de la 20th Century Fox bouclé en 2019 pour 71,3 milliards de dollars, les X-Men sont devenus la poule aux œufs d’or que tout le monde veut relancer sans trop se rater. Facile à dire, beaucoup moins à faire.
Dans ce contexte, l’idée de confier Cyclope à Kit Connor n’a rien d’un simple coup de com’. L’acteur britannique, révélé par Heartstopper, a déjà commencé à sortir du registre du romantisme adolescent avec Rocketman, Warfare, His Dark Materials et même le doublage de The Wild Robot. Autrement dit, Marvel ne va pas chercher un inconnu sorti de nulle part, mais un visage déjà installé, encore assez jeune pour porter une saga sur la durée, et assez souple pour incarner un leader mutant sans avoir l’air de jouer au chef scout. C’est exactement le genre de casting qui sent le passage de flambeau calculé au millimètre.
Le bandeau, la discipline et le syndrome du second couteau
Cyclope, chez les X-Men, c’est un rôle piégeux. Pas le plus flashy, pas le plus aimé du grand public, souvent éclipsé par Wolverine, Magneto ou même Jean Grey selon l’humeur des scénaristes. Mais c’est aussi le personnage qui tient la baraque, celui qui impose une ligne, une méthode, une autorité. Dans les comics comme dans les adaptations précédentes, Scott Summers est le type qui encaisse pendant que les autres brillent, et ça, Marvel adore le recycler en symbole de leadership contrarié. Si Connor est bien confirmé, le studio ne lui offre pas seulement un costume : il lui confie une fonction dramatique. Cyclope n’est pas là pour faire le malin, il est là pour faire tenir l’équipe debout.
Et c’est là que le casting devient intéressant. Connor a cette gueule de premier de la classe un peu trop propre pour le chaos, ce qui peut très bien servir un personnage souvent coincé entre rigidité morale et frustration intime. On n’est pas loin d’une lecture méta assez savoureuse : l’acteur, encore associé à une image douce et sensible, serait propulsé dans un rôle de chef militaire mutant, comme si Marvel voulait justement casser l’étiquette avant qu’elle ne colle trop. À Hollywood, on adore ça : prendre un visage identifié par une génération, puis le jeter dans une franchise qui peut le transformer en fer de lance sur dix ans. Ou le griller. C’est le jeu.

Feige, Schreier et la grande lessive mutante
Le nom de Jake Schreier n’est pas anodin. Son arrivée à la tête du reboot suggère moins un blockbuster tonitruant qu’une remise à plat plus nerveuse, plus resserrée, peut-être plus maligne que les derniers grands paquebots Marvel. Après l’essoufflement d’une partie du MCU au box-office, le studio a besoin de retrouver une forme de désir, pas seulement de volume. Les mutants, eux, ont toujours servi de miroir politique et social, de métaphore sur l’exclusion, la différence, la peur de l’autre. Si Marvel veut éviter de transformer X-Men en simple vitrine de costumes et de CGI, il va falloir remettre un peu de nerf dans la chair. Sinon, on aura juste un reboot de plus, propre sur lui et déjà oublié à la sortie du parking.
La distribution évoquée autour du film va d’ailleurs dans ce sens : Samara Weaving en Emma Frost, des rumeurs autour de Charles Melton en Beast et Cailee Spaeny en Rogue, sans oublier un autre rôle déjà attribué mais gardé sous silence pour cause de spoilers. Le puzzle se met en place à une vitesse très industrielle, comme toujours chez Marvel, mais avec une nuance importante : ici, le studio semble vouloir construire une équipe plus jeune, plus malléable, plus directement arrimée à la prochaine décennie de la franchise. On n’est pas dans la nostalgie des années 2000, on est dans la tentative de repartir de zéro sans vraiment faire table rase. Le grand classique.
De Heartstopper à l’armure mutante, le grand écart qui amuse
Pour Kit Connor, la trajectoire a quelque chose d’assez malin. Passer de Heartstopper à Cyclope, c’est quitter l’émotion à hauteur d’ado pour entrer dans une mythologie de la retenue, du contrôle et du devoir. Ce n’est pas seulement un changement de costume, c’est un changement de température. Et c’est précisément ce genre de bascule qui peut faire décoller une carrière, surtout quand elle arrive au bon moment, avant que l’acteur ne soit enfermé dans la case du gentil garçon éternel. Le cinéma de franchise adore ces mutations-là, au sens propre comme au figuré.
Reste la question qui fâche un peu, mais qui fait tout le sel de l’affaire : Marvel saura-t-il encore fabriquer du désir autour d’un reboot de super-héros en 2026, alors que le public a déjà vu passer trois générations d’univers étendus, quatre stratégies de relance et une bonne dizaine de promesses de renaissance ? On verra bien. En attendant, Kit Connor en Cyclope, c’est déjà une idée qui a du nerf. Et chez les mutants, le nerf optique, c’est quand même le minimum syndical.
Bande-annonce VF de Heartstopper
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




