IMAX adore faire simple avec des mots compliqués : derrière ses labels, il y a surtout une bataille de formats, de caméras et de promesses de spectacle. Et comme The Odyssey de Christopher Nolan a encore remis la machine à fantasmes en route, on a tout intérêt à savoir ce que ces étiquettes racontent vraiment avant de courir réserver sa place comme un damné.
Pour rappel, IMAX n’est pas juste un autocollant premium collé sur l’affiche pour faire monter le ticket. Le format s’est imposé comme la référence des salles PLF grâce à ses ratios propriétaires, avec du 1.90:1 sur les écrans numériques IMAX et du 1.43:1 sur les salles 70 mm ou dual-laser. Ce n’est pas un détail de geek qui chipote dans son coin : c’est ce qui change la manière dont l’image respire, déborde, engloutit le spectateur. Depuis The Dark Knight en 2008, Nolan a largement contribué à faire d’IMAX un fer de lance du cinéma événementiel, et les studios ont bien compris l’intérêt de cette vitrine. Quand Disney/Marvel invente un concept comme « Infinity Vision », on n’est plus dans le gadget, on est dans la guerre des écrans. IMAX est devenu une arme de distinction, pas un simple logo.
Le vrai piège, c’est que tous les films “IMAX” ne le sont pas de la même façon.
« Filmed for IMAX » : pensé pour l’écran géant, pas forcément tourné avec la grosse artillerie
Le label « Filmed for IMAX » désigne un film conçu dès la préproduction pour l’exploitation IMAX, puis pensé jusqu’en postproduction avec ce cadre élargi en tête. Selon Bruce Markoe, vice-président senior et responsable de la postproduction chez IMAX, cité par Variety, il s’agit d’une logique d’« aspect ratio élargi exclusif » intégrée à chaque étape. Traduction sans la cravate marketing : le film est calibré pour remplir du 1.90:1 sur les écrans IMAX numériques, ou pour proposer certaines séquences qui s’ouvrent dans ce ratio. Le point important, c’est qu’un film peut être « Filmed for IMAX » tout en étant tourné avec une caméra numérique certifiée IMAX, sans passer par la pellicule IMAX traditionnelle.
Autrement dit, on est dans une logique de conception, pas forcément de matériel lourd et mythologique. Le film peut être pensé pour l’immersion sans avoir été capté sur le support le plus spectaculaire du catalogue. C’est moins romantique qu’un tournage à la pellicule, plus souple, plus industriel aussi. Mais ça permet de garantir une image qui exploite la largeur de l’écran sans tricher. Le label promet une intention, pas forcément une liturgie technique.
« Shot With IMAX » : là, on sort la grosse cavalerie
À l’inverse, « Shot With IMAX » renvoie à un tournage effectué avec des caméras de la marque, généralement sur pellicule IMAX. Là, on parle du vrai grand format, celui qui peut remplir du 1.43:1 sur les écrans adaptés. Si vous êtes près d’une salle IMAX 70 mm et que vous voulez savoir si l’image va occuper tout le cadre, c’est ce label-là qu’il faut surveiller. En gros, si « Filmed for IMAX » dit « on a pensé au format », « Shot With IMAX » dit plutôt « on a sorti les muscles ». Pas besoin d’être un demi-dieu de la technique pour comprendre la nuance.
Cette différence compte d’autant plus que l’expérience n’est pas la même selon la salle. Sur un écran 1.43:1, un film seulement « Filmed for IMAX » laissera des bandes noires en haut et en bas, tandis qu’un film « Shot With IMAX » peut remplir le cadre de façon native. C’est là que le spectateur se fait parfois avoir par le marketing des studios, qui aiment bien mélanger les cartes pour vendre du grandiose à toutes les sauces. Même chez IMAX, tout ce qui brille n’est pas nécessairement plein cadre.
Le grand bazar des labels, ou comment perdre le public en beauté
Sauf que l’affaire ne s’arrête pas à ce duo. Il existe aussi la mention « Specially Formatted for IMAX », qui concerne les films non tournés spécifiquement pour le format mais retravaillés après coup pour une version IMAX dédiée. Là encore, IMAX laisse entendre qu’aucune sortie n’est tout à fait standard : chaque film reçoit une version optimisée pour l’image et le son. C’est pratique, certes, mais ça transforme la signalétique en petit labyrinthe pour cinéphiles pointilleux. On a presque envie de sortir un tableau Excel avant d’acheter son billet, ce qui n’est pas exactement l’idéal d’une sortie au cinéma.
Et puis il y a le cas à part de The Odyssey, présenté comme le premier long métrage narratif grand public tourné entièrement avec des caméras IMAX 70 mm, sans changement de ratio au fil du récit. Là, Nolan pousse le curseur plus loin encore, avec un nouveau palier dans la hiérarchie IMAX. Le détail n’est pas anecdotique : IMAX développe aussi une nouvelle génération de caméras moins bruyantes, ce qui pourrait ouvrir la porte à d’autres productions de ce type. On ne parle plus seulement d’un format, mais d’un terrain d’expérimentation pour les studios et les auteurs qui veulent faire du grand écran un argument narratif.
Le bon réflexe : regarder avant de payer, pas après avoir râlé
En pratique, le spectateur n’a pas besoin de devenir ingénieur image pour s’y retrouver. Il suffit de vérifier le type de projection annoncé par la salle et le label associé au film. Un One Battle After Another projeté en IMAX 70 mm n’a pas été tourné avec IMAX, puisqu’il l’a été en VistaVision ; pourtant, il pouvait remplir le 1.43:1 en projection. Voilà bien le genre de subtilité qui fait tout le sel du format… et tout son potentiel de confusion. Le cinéma aime les promesses, IMAX adore les nuances, et le public, lui, veut surtout que ça en mette plein la vue sans devoir réviser son vocabulaire technique.
Au fond, c’est peut-être ça, la vraie force d’IMAX : avoir transformé un choix de projection en sujet de désir, de comparaison et de culte. On y va pour l’image, pour le son, pour le frisson du cadre qui s’ouvre comme une porte de cathédrale. Et si le label exact varie, le plaisir, lui, reste souvent au rendez-vous. Le piège, ce n’est pas IMAX : c’est de croire que tous ses badges racontent la même histoire.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




