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    Nrmagazine » Dossier 137 est-il inspiré d’une histoire vraie : le film qui dit merde à la police des polices
    Blog Entertainment 2 juin 20268 Minutes de Lecture

    Dossier 137 est-il inspiré d’une histoire vraie : le film qui dit merde à la police des polices

    Un gilet jaune, un LBD, une enquêtrice qui fait son boulot trop bien. Dominik Moll a pris l'un des sujets les plus explosifs de la décennie, l'a transformé en thriller froid et précis comme une balle en caoutchouc, et a filé le César de la meilleure actrice à Léa Drucker. Évidemment.
    DOSSIER 137
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    On va commencer par poser les bases, parce que la question revient en boucle depuis la sortie en salles du film le 19 novembre 2025 : Dossier 137 est-il inspiré d’une histoire vraie ? La réponse courte : oui et non, et c’est précisément là que le film devient intéressant. La réponse longue, c’est l’article que vous lisez.

    Dominik Moll, c’est l’homme qui avait signé L’Autre monde et surtout La Nuit du 12, César du meilleur film 2023, six millions de spectateurs qui ont compris que le polar français pouvait faire aussi mal que le polar scandinave. Avec Dossier 137, co-écrit avec Gilles Marchand, il ne recommence pas la même chose : il la creuse.

    L’IGPN, c’est quoi ce truc ? (Spoiler : la police qui surveille la police)

    Pour ceux qui ont séché les cours de droit public, ce qui est statistiquement probable si vous lisez des critiques de cinéma à cette heure-ci, l’Inspection Générale de la Police Nationale, dite IGPN, est l’organisme chargé d’enquêter sur les fautes commises par des policiers. La police des polices, quoi. Officiellement indépendante. Officieusement soumise à des pressions que le film prend un malin plaisir à documenter avec une précision chirurgicale.

    Stéphanie, enquêtrice incarnée par Léa Drucker, hérite du dossier 137 : une manifestation des Gilets jaunes, décembre 2018, un jeune homme touché par un tir de LBD (lanceur de balles de défense). Une affaire parmi d’autres, sur le papier. Sauf qu’un élément inattendu vient compliquer les choses, et transformer ce dossier banal en quelque chose qui mange sa propriétaire de l’intérieur. C’est le dispositif classique de Moll : une enquête qui révèle autant sur celui qui enquête que sur ce qu’il enquête.

    Le film dure 1h55, il était en compétition officielle au Festival de Cannes 2025, et il a récolté 8 nominations aux César 2026, dont meilleur film, meilleure réalisation et meilleure actrice. Léa Drucker a empoché la statuette. Personne dans la salle n’a été surpris, et c’est très bien comme ça.

    Décembre 2018 : la réalité qui fait encore mal

    Le film est une fiction, Moll le dit sans ambiguïté. Mais comme pour La Nuit du 12, qui s’appuyait sur un long travail de documentation en immersion à la PJ, il a mâché et recraché des dizaines de dossiers réels avant d’en composer un seul imaginaire. Et les dossiers réels, dans ce cas précis, sont franchement indigestes.

    Décembre 2018 : les Gilets jaunes sont dans la rue depuis un mois. Le 8 décembre, une manifestation particulièrement tendue se déroule à Paris. Parmi les cas documentés que Canal+ a identifiés comme sources d’inspiration du film, celui d’une famille venue de la Sarthe, le fils, à peine vingt ans, grièvement blessé à la main par une grenade de désencerclement. Pas un cas isolé. L’IGPN avait ouvert 116 enquêtes suite aux plaintes déposées par des Gilets jaunes contre des policiers, avec les LBD mis en cause dans au moins 36 affaires confirmées, et 10 blessures irréversibles aux yeux dénombrées à ce stade. Les chiffres ont ce don particulier de rendre toute métaphore inutile.

    Ce que le film capture avec une efficacité brutale, c’est le mécanisme institutionnel de ce déni : les témoignages qui se contredisent, les hiérarchies qui protègent, les preuves qui s’évaporent. Ce n’est pas une fiction dystopique. C’est une reconstitution de fonctionnement ordinaire.

    « C’est un déni terrible », confie Dominik Moll à La Vie Ouvrière, décrivant le sentiment qui l’a guidé tout au long de l’écriture.

    On comprend pourquoi. Et on comprend surtout pourquoi ce film-là, maintenant, dans ce contexte-là, avait quelque chose à dire que les journaux d’investigation, pourtant excellents sur ces sujets, ne peuvent pas dire de la même façon.

    Drucker / Stéphanie : la même personne (dans le meilleur sens du terme)

    Léa Drucker fait partie de ces actrices qu’on a l’habitude de qualifier de « solides », ce qui est la manière polie de dire qu’elles sont meilleures que les 90 % du casting d’un film français moyen. Ici, elle est autre chose. La performance est d’une retenue qui confine à l’autoflagellation : pas un geste de trop, pas un regard appuyé pour signaler une émotion au fond de la salle. Stéphanie ne s’effondre pas devant les caméras. Elle s’effondre en dehors du cadre, et c’est nous qui le ressentons.

    À ses côtés, Guslagie Malanda et Mathilde Roehrich tiennent des rôles qui auraient pu être sacrifiés sur l’autel du film-à-actrice-principale. Ce n’est pas le cas. Moll n’est pas du genre à décorer ses seconds rôles.

    Le film a récolté 675 000 entrées au cumul en France au 14 janvier 2026, chiffre honnête pour un thriller politique français sans star hollywoodienne et sans explosion au bout de dix minutes. C’est le public qui, pour une fois, a eu raison avant les institutions. Le César des Lycéens 2026 lui a également été décerné, ce qui ne mange pas de pain mais confirme qu’une partie de la génération suivante sait encore reconnaître un film adulte.

    Moll après Moll : la mue du maître de la procédure

    Ce qui est frappant, avec le parcours de Dominik Moll, c’est à quel point il a construit quelque chose de rare dans le cinéma français : une filmographie cohérente sans être répétitive. Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), c’était déjà ça, une tension intérieure qui ronge, un personnage ordinaire pris dans un engrenage qu’il n’a pas choisi. Vingt-cinq ans plus tard, le dispositif est le même, le réglage est différent. Avec La Nuit du 12 et maintenant Dossier 137, il a pivoté vers le documentarisme fictionnel, cette zone où le fait divers brut devient matière dramatique sans jamais perdre son poids de réalité.

    Les Cahiers du Cinéma ont d’ailleurs noté, avec leur habituelle franchise teintée de déception, que « le spectre de La Nuit du 12 plane sur Dossier 137, sans retrouver la construction en entonnoir qui faisait son intérêt ». Ce n’est pas faux. Mais un film qui ressemble au meilleur film français de 2023 reste un putain de film.

    Ce que Dossier 137 gagne sur son prédécesseur, c’est une dimension politique assumée que La Nuit du 12 esquivait par construction, l’affaire non résolue comme métaphore de l’impuissance institutionnelle. Ici, l’institution n’est pas impuissante par accident : elle est structurellement réticente. Ce n’est pas le même propos, et Moll le sait.

    Fiction vraie, vrai document, ou : pourquoi la question rate le film

    Revenons à la question de départ, parce qu’elle mérite une réponse franche. Non, Dossier 137 n’est pas « l’histoire vraie » d’un cas précis, d’un policier nommé, d’une famille identifiable. Oui, chaque scène du film a un équivalent documenté dans les archives judiciaires de 2018-2019. La différence entre les deux réponses, c’est exactement ce que le cinéma fait que le journalisme ne peut pas faire : il synthétise le réel pour en extraire la logique, pas les faits.

    Canal+ l’a très bien formulé dans son dossier de presse : Moll s’est documenté sur « un grand nombre de cas dramatiques où des civils ont été blessés lors de ces rassemblements contestataires » pour construire une fiction qui soit plus vraie que n’importe quel cas particulier. C’est exactement la définition du roman policier au sens noble, et c’est exactement ce que font Zola, Grisham ou James Ellroy quand ils sont à leur meilleur.

    La vraie question n’est donc pas « est-ce que c’est vrai ? » mais « est-ce que c’est juste ? ». Et là, les 116 dossiers ouverts par l’IGPN, les 36 mises en cause de LBD, les 10 yeux irrémédiablement abîmés, tout ça répond pour le film.

    Cannes, les César, et après : le film qui fait de l’effet retard

    Présenté en compétition officielle à Cannes en mai 2025, sorti en salles en novembre, reparti avec un César de la meilleure actrice en février 2026, et sept autres nominations, dont meilleur film et meilleure réalisation, Dossier 137 fait partie de ces longs-métrages qui prennent de la valeur avec le temps. Disponible sur Canal+ depuis juin 2026, il arrive maintenant chez un public plus large, celui qui avait manqué la fenêtre salles, ou celui qui préférait attendre de regarder ça dans son canapé avec la lumière allumée.

    Ce n’est pas un film à regarder la lumière allumée. C’est un film à regarder en pleine face, comme un rapport d’enquête qu’on préférerait ne pas avoir reçu.

    Et si, après ça, vous trouvez que la question « est-ce que c’est basé sur une histoire vraie ? » reste la plus importante, on vous conseille de revoir le film. Ou de lire les 116 dossiers. Au choix.

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    Vincent
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    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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