Waka Waka, épisode II : la revanche des hanches
Pour rappel, Waka Waka (This Time for Africa) n’est pas juste un tube estival qui a bien marché. C’est un phénomène de masse documenté : 700 millions de téléspectateurs dans 215 pays lors de la cérémonie de clôture du Mondial 2010 en Afrique du Sud, numéro un dans plus de 15 pays dont la France (où le titre est resté dans les charts pendant 132 semaines consécutives, soit trois ans d’affilée, oui, trois), et aujourd’hui 4,5 milliards de vues sur YouTube. À titre de comparaison, Nessun Dorma en est loin.
La FIFA, organisation connue pour sa créativité débordante (attention euphémisme), a donc logiquement rappelé Shakira Mebarak, 49 ans, pour boucler la boucle nord-américaine. Le 7 mai 2026, la star colombienne a dévoilé depuis le mythique Maracanã, à Rio de Janeiro, une minute du clip de son nouveau titre. Le morceau s’appelle Dai Dai, « allez, allez » en traduction approximative, et sort dans son intégralité le 14 mai, à quatre semaines pile du coup d’envoi de la compétition.
Le teaser tourné au Maracanã : Shakira dans son élément naturel, entourée de danseurs, devant une enceinte à 78 000 places. Rien que ça.
Burna Boy : le joker afrobeats qui change tout
Là où l’annonce devient franchement intéressante, c’est dans le choix du featuring. La FIFA et Shakira n’ont pas opté pour un rappeur américain formaté ou un interprète latin de service pour cocher la case « représentation du pays hôte ». Non, c’est Burna Boy, Damini Ebunoluwa Ogulu, natif de Port Harcourt, Nigeria, lauréat d’un Grammy, roi de l’afro-fusion, qui monte à bord. Le signal est clair : après une édition 2010 tournée vers l’Afrique, ce Mondial 2026 organisé aux États-Unis, au Mexique et au Canada ambitionne une résonance véritablement panafricaine et transatlantique. Shakira est la caution latino, Burna Boy est la caution afrobeats. La FIFA a compris que le continent africain envoie neuf équipes au Mondial cette année (oui, neuf) et que ça vaut bien un featuring.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Burna Boy frôle les cercles culturels français : on se souvient de son medley au Gala des Pièces Jaunes 2025, prestation qui avait confirmé sa stature de machine de scène. Passer d’un gala présidentiel à l’hymne du Mondial, il y a une certaine cohérence dans la trajectoire.
« From Maracaná Stadium, here is ‘Dai Dai,’ the FIFA World Cup Official Song 2026. Coming 5/14. We’re ready! », Shakira, sur ses réseaux sociaux, avec Burna Boy en mention.
Le Sporting News confirme la date de sortie mondiale au 14 mai, et Just Jared rappelle qu’il s’agit du deuxième hymne officiel FIFA de Shakira, seize ans après le premier. On ne sait pas encore si la chanteuse sera à la cérémonie d’ouverture à Mexico ou à la finale au MetLife Stadium dans le New Jersey (19 juillet), mais que quelqu’un lui réserve une loge au chaud.
Le poids d’un héritage (ou comment succéder à soi-même)
Le vrai défi de Dai Dai, on l’aura compris, n’est pas de battre les hymnes de la concurrence, K’Naan mis à part (et son Wavin’ Flag de 2010 reste une belle chose), la liste des chansons officielles de Coupe du monde est globalement un cimetière de tubes oubliés dès la fin du tournoi. Le vrai défi, c’est de ne pas passer pour une pâle copie de Waka Waka. Parce que Waka Waka, c’est justement ce monument de 4,5 milliards de vues dont on parle, le titre numéro 1 des ventes numériques de son époque, la chanson qui a propulsé la Colombie footballistique dans les stades. **Shakira ne joue pas contre les autres candidats à l’hymne : elle joue contre elle-même.**
Le tournage au Maracanã est un marqueur fort, le Brésil, temple du football mondial, comme décor d’un titre dont la compétition se déroule en Amérique du Nord. Un choix délibérément symbolique, ou la FIFA qui ne voulait pas tourner à Cleveland. Au choix. Ce qu’on peut déjà deviner sur l’extrait dévoilé, c’est une architecture rythmique qui emprunte aux codes de l’afrobeats, Burna Boy oblige, sans abandonner l’énergie latine portée par Shakira depuis vingt ans de carrière internationale. Une fusion qui, sur le papier, devrait coller parfaitement à un Mondial organisé dans trois pays, sur un continent où les cultures se superposent plutôt qu’elles ne coexistent.
14 mai, et après ?
La sortie mondiale est donc fixée au 14 mai 2026, soit le même jour que l’annonce de la liste de Didier Deschamps pour la France (coïncidence de calendrier que personne n’a organisée exprès, sûrement). Il reste une inconnue de taille : est-ce que Shakira montera sur scène lors de la cérémonie d’ouverture à l’Azteca de Mexico City, là où le Mexique affrontera l’Afrique du Sud le 11 juin, ou lors de la finale du 19 juillet au MetLife Stadium ? La FIFA ne s’est pas encore prononcée sur ce point. Mais entre une salle de 87 000 personnes à Mexico et le stade de la banlieue new-yorkaise devant 82 000 spectateurs… on lui souhaite bonne chance pour choisir.
Ce qui est certain, c’est que la Coupe du monde 2026 aura son bande-son identifiable, son mot-valise chantable par tous les supporters quelle que soit leur langue maternelle, son moment chorégraphique exportable en vidéo. La formule a fait ses preuves il y a seize ans. La question n’est pas de savoir si Dai Dai va cartonner, la mécanique FIFA-Shakira est rodée. La vraie question, c’est si on dansera encore dessus en 2042.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



