Avant d’être MJ chez Marvel ou Chani chez Denis Villeneuve, Zendaya a commencé par un détour que personne n’avait vu venir : un poney parlant dans Super Buddies. Oui, on parle bien de la même actrice. Et oui, l’histoire du cinéma adore ce genre de départs bancals qui finissent par devenir des anecdotes en or.

Pour comprendre le petit séisme de cette révélation, il faut revenir à la logique industrielle derrière la saga Air Bud. Lancée en 1997 avec Air Bud, la franchise a d’abord reposé sur une idée simple, presque enfantine : un golden retriever qui joue au basket, puis au foot, au baseball, au volley. Le concept a tenu parce qu’il cochait toutes les cases du cinéma familial de l’époque, celui qui transformait une mascotte animale en machine à fantasmes pour foyer du samedi après-midi. Sauf qu’à force de tirer sur la corde, la série a glissé vers quelque chose de plus étrange, plus assumé, presque mutante. En 2006, Air Buddies ouvre la porte à une lignée de spin-offs où les chiots parlent, complotent et vivent des aventures de plus en plus délirantes. Le péché originel est là : quand une franchise commence à parler, elle ne s’arrête plus vraiment.

Et c’est précisément dans ce virage cartoonesque que Zendaya débarque, bien avant d’être un nom de premier plan, en prêtant sa voix à Lollipop dans Super Buddies, sorti en 2013.

Le poney, le costume et le grand n’importe quoi organisé

Dans ce long métrage réalisé par Robert Vince, les chiots reçoivent des super-pouvoirs venus de l’espace, décident de jouer les justiciers masqués et croisent au passage deux poneys bavards. Lollipop, le personnage vocalisé par Zendaya, ne dure pas longtemps à l’écran, mais il dit beaucoup de la fabrique Disney de ces années-là : une industrie qui recycle ses propres codes, mélange l’aventure, le merchandising et le super-héros de bac à sable, puis vend le tout comme une friandise. On est loin du prestige, évidemment. Mais on est pile dans cette zone où les studios testent des voix, des présences, des futurs visages. Le cinéma familial adore les petits rôles qui n’en ont pas l’air.

Affiche de Les Copains super-héros
Affiche de Les Copains super-héros

Ce qui amuse aujourd’hui, c’est le contraste entre ce point de départ et la trajectoire de Zendaya. Après Super Buddies, elle passe par Shake It Up sur Disney Channel, puis par Zapped, avant de devenir l’un des visages les plus bankables de sa génération. Dans Spider-Man, elle incarne MJ au sein du Marvel Cinematic Universe ; dans Dune, elle devient Chani chez Denis Villeneuve ; dans The Odyssey et The Drama, elle continue d’alterner les projets à gros budget et les films plus adultes. Autrement dit, elle a fait ce que tant d’anciens enfants stars rêvent de faire sans y parvenir : passer du produit télé calibré à la stature de demi-dieu pop sans se casser la figure. Pas mal pour quelqu’un qui, au départ, faisait des blagues de poney sur la girl power.

Disney, cette usine à passerelles

Il y a aussi un petit plaisir de cinéphile à voir comment Disney a longtemps fonctionné comme une pépinière à trajectoires croisées. Le studio ne lançait pas seulement des séries ou des téléfilms : il fabriquait des passerelles entre télévision, animation, direct-to-video et cinéma. Dans cette mécanique, les voix comptent autant que les visages, parfois même davantage, parce qu’elles permettent de tester une présence sans l’exposer frontalement. Zendaya, dans ce cadre, n’est pas une exception exotique ; elle est presque un cas d’école. Le système l’a d’abord utilisée comme une ressource discrète avant de la laisser devenir une tête d’affiche. La vraie ironie, c’est qu’un rôle minuscule dans une franchise brinquebalante a précédé une carrière taillée pour les mastodontes.

Et puis il y a le charme de ces objets que l’on regarde d’abord comme des curiosités, avant de comprendre qu’ils racontent quelque chose de l’époque. Super Buddies, avec ses super-pouvoirs, ses costumes et ses dialogues de poney, condense un moment où le divertissement familial cherchait à se surcharger de références héroïques sans quitter le terrain du doudou. C’est presque une préfiguration miniature de l’ère des franchises tentaculaires, sauf qu’ici la logique reste bon enfant, un peu absurde, franchement bis. Le genre de film qui ne prétend pas changer le monde, mais qui laisse derrière lui une anecdote assez folle pour nourrir les conversations de rédaction pendant des années. Notre chère équipe adore ce genre de relique : ça sent le carton Disney, la bonne blague et le sous-texte industriel à plein nez.

Au fond, ce qui rend l’histoire savoureuse, ce n’est pas seulement le contraste entre la star mondiale et le poney nommé Lollipop. C’est l’idée qu’Hollywood adore les débuts invisibles, les détours humiliants, les petites voix qui précèdent les grands rôles. Zendaya n’a pas commencé au sommet de l’Olympe ; elle a commencé dans le bruit de fond d’une saga pour enfants devenue complètement zinzin. Et c’est peut-être ça, la plus belle leçon de Super Buddies : avant de sauver le multivers, on peut très bien commencer par faire des jeux de mots sur les sabots. Le glamour, parfois, a des oreilles de cheval.

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