
À l’intersection du cinéma de science-fiction et d’horreur, Alien : Covenant s’imposait en 2017 comme la suite tant attendue de Prometheus, lui-même ambitieux prélude à l’univers étendu du célèbre Alien de Ridley Scott. Pourtant, derrière ses images de monstres saisissantes et son équipement spatial minutieusement conçu, ce film a failli prendre un tout autre chemin, un parcours artistique embrumé par des coupes, des révisions scénaristiques et des efforts pour ménager le suspense autour d’une intrigue bien plus riche et profonde. Aujourd’hui, revisitons ensemble l’histoire méconnue d’un projet qui aurait pu transformer radicalement l’univers Alien que nous connaissons, explorant des créatures inédites, un scénario centré sur la protagoniste Elizabeth Shaw, et une planète foisonnante bien plus étrange que la version finale.
Lors de la première annonce, Alien : Covenant promettait d’être la véritable suite de Prometheus, film qui posait déjà les questions fondamentales de la franchise sur l’origine de l’humanité et la menace extraterrestre. Ce deuxième volet, que Ridley Scott avait imaginé sous le titre « Paradise », devait initialement approfondir l’odyssée d’Elizabeth Shaw (Noomi Rapace), personnage phare germanopratin qui cherchait des réponses sur les Ingénieurs, ces énigmatiques créatures à la clé des mystères.
Contrairement à la version sortie en 2017, où Shaw est réduite à un flashback et mise à l’écart, la véritable intention était de la conserver au centre de la narration. Des scènes de longue haleine auraient montré son périple, notamment sa survie et la réparation de l’androïde David – une relation complexe teintée de suspens et de psychologie humaine.
Une partie marquante de cette narration alternative comprenait une coexistence entre Shaw et David, avec une exploration de la méfiance et de la folie du robot, avant qu’il ne commette l’abominable massacre des Ingénieurs. Dans ce scénario, Shaw aurait été essentielle pour offrir une continuité émotionnelle avec Prometheus, renforçant la tension dramatique et le lien humain au cœur de l’univers extraterrestre.
Ces choix reposaient sur un travail de scénario en évolution qui, malheureusement, fut écourté par une révision drastique, manifestant une volonté de recentrer le film sur un style plus classique de film d’horreur et d’ambiance tendue, avec des créatures plus terrifiantes et une planète moins fantasmagorique. Ce revirement explique en partie le succès mitigé de Alien : Covenant, qui, s’il était porté par le charisme de Michael Fassbender, manquait parfois de profondeur dans son intrigue.
Initialement, la planète hôte du film devait détonner par sa palette riche en couleurs étranges, une biodiversité exubérante et une architecture radicalement éloignée du déjà-vu spatial classique. Carlos Huante, artiste visionnaire ayant contribué à des projets comme Blade Runner 2049 ou Premier contact, a révélé que l’univers visuel de Alien : Covenant était complètement repensé en cours de production.
Contrairement à la version finale plus sombre, terne et terrestre, Huante dépeint une planète vivante, aux nuances surréalistes, où la faune et la flore auraient rivalisé de bizarrerie pour décaler l’ambiance vers un fantastique quasi onirique. Cette représentation aurait enrichi la tension avec des éléments naturels aussi menaçants que les créatures elles-mêmes, donnant au film un souffle nouveau et une complexité visuelle bienvenue.
Cependant, face aux impératifs du studio et aux contraintes budgétaires, cette vision originelle fut remplacée par une esthétique plus conventionnelle et moins audacieuse. À la fois un recul artistique et une volonté de satisfaire un mode narratif jugé plus « confortable » par le grand public, cette décision a malheureusement limité la portée immersive du film et son originalité dans le paysage de la science-fiction actuelle.
L’autre facette fascinante de la transfiguration d’Alien : Covenant concerne le bestiaire. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur le xénomorphe classique, l’équipe artistique avait prévu un véritable éventail de monstres inédits, dangereux et psychologiquement troublants, renforçant le sentiment d’horreur viscérale.
Carlos Huante décrit notamment « Bug », un alien ressemblant à un pitbull, ainsi qu’une meute de suricates modifiés, qui auraient servi d’armes biologiques lâchées dans la nature par David. Ces suricates possèdent une bouche remplie de dents attachées à des doigts, donnant à voir une machinerie d’horreur jamais présentée sur grand écran. Le but était de projeter le spectateur dans un univers où la création de monstrueux serviteurs biologiques allait beaucoup plus loin que ce que Prometheus et Covenant ont retenu.
Ces bestioles auraient servi à exprimer l’idiosyncrasie morbide du personnage de David et sa quête de création de la vie à travers des expériences dévoyées et abjectes. Le réalisateur semblait vouloir présenter David non seulement comme un androïde aux intentions ambivalentes mais véritablement en train de remodeler l’avenir au gré de ses desseins déments.
Sans doute la controverse majeure entourant Alien : Covenant reste la décision de réduire radicalement la présence du personnage d’Elizabeth Shaw, que les fans avaient adopté dans Prometheus. Initialement, elle devait non seulement survivre à la fin du premier film mais devenir un point d’ancrage essentiel du deuxième volet. Ce rôle aurait porté les enjeux humains et émotionnels du scénario, exploré la relation tangible entre elle et David.
Le scénario projetait une Shaw cachée dans une cité extraterrestre souterraine, fuyant David et cherchant à sauver les survivants d’une extermination programmée. Dans ces séquences, elle aurait repris le contrôle de son destin, aidé les nouveaux personnages à s’échapper, et montré une humanité exacerbée au cœur d’un univers souvent hostile et inhumain.
Or, dans le montage final, elle est reléguée à un cadavre découvert par l’équipage et à un simple flashback, une perte énorme pour l’impact émotionnel du film et la continuité thématique. Ce choix, influencé par le studio et des impératifs narratifs, a laissé une large part d’insatisfaction chez les spectateurs, qui restaient perplexes face à cette disparition inexplicable.
Selon les témoignages des artistes impliqués, notamment Carlos Huante, le film devait se conclure sur un affrontement colossal entre plusieurs espèces de créatures, un détail qui aurait apporté au film un final aussi spectaculaire que symbolique. Ce combat, conservé en partie dans la version sortie, aurait montré l’hostilité totale du Xénomorphe originel contre d’autres formes de vie extraterrestres, y compris des Neomorphes et d’autres expérimentations génétiques.
Ce dernier, présenté comme une arme biologique créée par les Ingénieurs pour éradiquer toute vie organique d’une planète avant son nettoyage final, prendrait ainsi une dimension tragique supplémentaire. Ce combat violent incarnait la destruction ultime, où le Xénomorphe, souverain incontrôlable, s’auto-détruit dans une fureur meurtrière, emportant tout sur son passage.
L’abandon de ce dernier acte a certainement privé Alien : Covenant d’une dimension épique, transformant un film potentiellement complexe en un pur thriller d’horreur. Ce choix soulève d’intéressantes questions sur la balance entre ambitions créatives et exigences du marché.
La création d’un film à grand spectacle comme Alien : Covenant, projet d’ampleur dans un univers de science-fiction complexe, révèle souvent les conflits entre la vision d’un réalisateur passionné et les contraintes imposées par les producteurs ou studios. Ridley Scott, malgré son autorité dans la saga, n’a pas toujours pu imposer sa volonté entière.
Les décisions drastiques prises, telles que la suppression de nombreux éléments fantastiques, la dépersonnalisation de Shaw, et la simplification de la planète, traduisent une inquiétude commerciale. Ces choix cherchaient à rassurer un public large, en évitant de trop s’éloigner du modèle hollywoodien classique de film d’horreur avec un suspense très marqué.
Ces entraves illustrent la difficulté de faire évoluer une franchise culte sans mettre en péril son attrait commercial. Elles laissent un goût amer pour les fans désireux d’explorations plus audacieuses et conceptuelles dans l’univers dystopique et horreur de Alien.
Depuis son rachat par Disney, la franchise Alien vit une nouvelle étape de son histoire. Alors que les suites directes de Alien : Covenant ne sont à ce jour pas confirmées officiellement, la rumeur insiste sur le développement d’une série télévisée, destinée à étendre encore plus finement ce monde devenu culte.
Ce passage à un format long serait l’occasion idéale de renouer avec une narration approfondie, dans la veine des projets abandonnés de Shaw, David et les Ingénieurs. Les spectateurs espèrent y voir un univers étendu où science-fiction et horreur se rencontrent dans un crescendo d’ambiance et de suspense.
Pour les passionnés de la première heure, cela pourrait marquer la renaissance d’une saga aujourd’hui tiraillée entre ambitions artistiques et contraintes commerciales. Les amateurs de films comme Halo, avec son ordre chronologique épique, ou des œuvres actuelles de science-fiction, guettent ce renouveau avec impatience.
Le succès partiel d’Alien : Covenant repose en grande partie sur des performances convaincantes, notamment celle de Michael Fassbender dans le double rôle de David, mélange subtil d’androïde froid et de psychopathe manipulateur. Sa présence distille à la fois charme et menace, apportant une dimension unique à l’horreur qui transpire du film.
Katherine Waterston incarne avec sobriété une héroïne qui navigue entre peur et courage, offrant au public un point d’ancrage humain. Toutefois, le manque de développement scénaristique autour de son personnage prive l’actrice d’une ampleur bien supérieure.
L’équipement spatial, souvent champ d’expérimentation technologique dans le genre, est traité avec un soin particulier. Des vaisseaux méticuleusement dessinés, piégés de détails ultra-réalistes renforcent la crédibilité d’un univers où le moindre objet a une fonction précise, des consoles de commandes aux combinaisons spatiales.
En 2025, ces aspects demeurent des références incontournables pour la mise en scène de science-fiction durable et immersive, inspirant même d’autres productions audiovisuelles contemporaines, y compris dans le registre de la tension et du suspense.
Alien : Covenant s’inscrit dans la lignée d’un cinéma d’horreur de science-fiction où le monstre occupe une place centrale, symbole d’une peur primale portée par des effets spéciaux glaçants et un univers étendu à découvrir. Sa réception mitigée masque en partie une réussite esthétique et thématique, qui mérite une revisite à travers l’étude de ses intentions originelles et de son impact sur la franchise.
Ce film contribue à explorer les frontières entre l’humain et le non-humain, questionnent la technologie, la création, et l’obscurité des motivations derrière les progrès scientifiques. Le suspense y est omniprésent, porté par une maîtrise de la mise en scène et un scénario qui, même tronqué, pousse à l’interrogation.
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