
L’adaptation de Richard Brooks recentrait le roman sur Dmitri, réduisant la place du personnage interprété par Shatner.
AvantStar TrekWilliam Shatner avait déjà tâté du monument littéraire.Slashfilm présenteLes Frères Karamazovcomme son premier rôle principal notable au cinéma, plutôt que comme ses débuts à l’écran.
Dans le film réalisé par Richard Brooks en 1958, Shatner interprète Alexey, le plus jeune des trois frères. Yul Brynner campe Dmitri, Richard Basehart joue Ivan et Lee J. Cobb prête ses traits à Fyodor, une prestation qui lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Pas exactement un petit casting pour se faire les dents.
Un an plus tôt, Shatner apparaissait déjà dans la production filmée d’Oedipus Rexmise en scène par Tyrone Guthrie. Son visage y restait cependant dissimulé puisqu’il jouait un membre du chœur masqué. Le passage à Alexey lui offre donc une place autrement plus exposée, même si l’adaptation ne fait pas de son personnage le véritable centre de gravité.

Les crédits d’ouverture indiquent que Brooks s’est appuyé sur la traduction publiée en 1912 par Constance Garnett. Mais adapter ne signifiait pas conserver la hiérarchie du roman. Le catalogue de l’AFI rapporte que le cinéaste a déplacé le foyer narratif d’Alexey vers Dmitri, qu’il considérait comme un personnage plus actif. Il a également supprimé de nombreux retours en arrière, jugés trop ralentissants.
Shatner obtient donc un rôle majeur dans une adaptation qui choisit précisément de regarder davantage son frère de fiction.Cette redistribution éclaire le paradoxe de sa présence : Alexey demeure l’un des trois Karamazov du titre, mais Dmitri devient le moteur privilégié du long métrage.
Le critique John McCarten estimait pour sa part que Brooks ne traitait pas pleinement les idées de Dostoïevski et que les interprètes ne répondaient pas aux exigences de leurs rôles. Un jugement sévère qui pointe la difficulté de l’entreprise : condenser le roman, accélérer son récit et préserver sa matière intellectuelle sans y laisser quelques plumes.