Star Trek: Strange New Worlds saison 4 recycle son épisode maudit avec La’an au centre du jeu

La série de Paramount+ assume le retour du conte de fées cosmique et en fait un miroir pour La'an Noonien-Singh

La saison 4 de Star Trek: Strange New Worlds continue de jouer avec les nerfs des puristes, et cette fois elle va chercher un épisode de saison 1 qui avait déjà divisé la flotte. Oui, on replonge dans le grand bain des gimmicks, mais avec une idée derrière la tête.

Depuis son lancement en 2022 sur Paramount+, la série portée par Anson Mount, Ethan Peck, Rebecca Romijn et Christina Chong s’est taillé une réputation de faux retour aux sources : un pied dans l’ADN classique de Star Trek, l’autre dans la fanfare conceptuelle. Résultat, la machine s’est souvent amusée à déguiser son équipage, à tordre les codes de l’épisode de la semaine et à empiler les hommages plus ou moins voyants. En saison 4, le déséquilibre est devenu le sujet lui-même : sur les neuf épisodes évoqués dans la source, trois seulement jouent la carte du pur space opera, les autres s’abandonnent aux variations de genre. Forcément, ça agace une partie du public qui rêvait d’une ligne claire, d’une exploration sèche, d’un vaisseau, des dilemmes moraux et basta. Mais voilà, Strange New Worlds n’a jamais vraiment promis la sobriété. La série préfère la boîte à malices au musée, et elle le fait sans s’excuser.

Pour comprendre l’épisode Once La’an A Time, il faut remonter à The Elysian Kingdom, l’un des chapitres les plus discutés de la saison 1. À l’époque, une conscience extraterrestre remodelait l’Enterprise en royaume de conte de fées, avec ses costumes, ses rôles renversés et ses figures archétypales. D’après les éléments fournis, l’épisode avait laissé une impression contrastée, jusqu’à devenir le moins bien noté de la première saison sur IMDb avec un 6,2/10. Le genre de score qui ne tue pas une série, mais qui lui colle une petite claque sur la joue. Et pourtant, c’est précisément ce morceau-là que la saison 4 choisit de prolonger. Autrement dit : le prétendu épisode “filler” revient par la grande porte, comme si la série venait dire aux grincheux qu’elle n’avait rien oublié.

Le royaume ne s’est jamais refermé

Dans Once La’an A Time, l’Enterprise retombe sur les traces de ce monde féerique, avec un décor qui semble sorti d’un livre pour enfants un peu trop bien financé. La présence d’un double du Dr M’Benga, incarné par Babs Olusanmokun, rappelle que les événements du premier épisode n’étaient pas qu’un délire isolé. Le plus intéressant, c’est la manière dont la série ne se contente pas de recycler un concept : elle le déplace. Dans The Elysian Kingdom, les membres de l’équipage étaient eux-mêmes transformés en personnages de conte. Ici, les avatars fantastiques cohabitent avec les “vrais” personnages. Ça change tout. On ne regarde plus seulement des acteurs s’amuser à faire les clowns dans une reconstitution médiévale de luxe ; on observe un dispositif dramatique qui met en regard deux versions d’un même être. Le gadget devient une machine à dédoublement psychologique. Pas mal pour un épisode qu’on aurait pu ranger au rayon des lubies.

Le retour de M’Benga sert aussi de rappel émotionnel. Dans l’épisode d’origine, la série avait fait quelque chose d’assez rare dans ce type de franchise : elle avait lié le grand délire visuel à une perte intime, celle de Rukiya, la fille du médecin, gardée en vie via le buffer du transporteur avant que la conscience extraterrestre ne la sauve. Le conte de fées n’était pas qu’un vernis ; il devenait le véhicule d’un deuil, d’un renoncement, d’un passage à autre chose. C’est là que Strange New Worlds est plus malin qu’on ne veut bien le dire : sous ses airs de parc d’attractions, elle sait parfois toucher à des choses très concrètes. Le problème, ou la ruse, c’est qu’elle le fait en costume à paillettes. Le sucre, chez elle, cache souvent une vraie brûlure.

Affiche de Star Trek: Strange New Worlds
Affiche de Star Trek: Strange New Worlds

La’an, ou la princesse qui ne voulait pas l’être

Cette fois, le centre de gravité, c’est La’an Noonien-Singh, incarnée par Christina Chong. Et là, la série tient enfin son idée la plus nette : faire de la sécurité de l’Enterprise une héroïne de conte de fées qui n’a rien demandé à personne. La’an, descendante de Khan Noonien Singh, porte déjà dans son nom tout un héritage de violence, d’augmentation génétique et de fatalité familiale. Depuis le début de la série, elle avance comme quelqu’un qui a appris à serrer les dents avant même de savoir marcher. Le fait de la confronter à Princess Thalia, sa version féerique, n’a donc rien d’un simple jeu de miroir. C’est une manière de lui faire rencontrer ce qu’elle refoule : la douceur, l’embarras, l’émotion, bref tout ce qui ne rentre pas dans l’armure. La série ne lui offre pas un destin, elle lui retire un blindage.

Le plus drôle, c’est que l’intrigue passe par un prince au visage de James T. Kirk, joué par Paul Wesley, et par un loup-garou qui aime sa princesse parce qu’elle accepte ses deux natures. On est en plein romantisme gothique, avec ce qu’il faut de métaphore sur la part monstrueuse qu’on traîne tous derrière soi. Oui, c’est appuyé. Oui, c’est presque trop lisible. Mais ça fonctionne parce que Strange New Worlds n’a jamais eu peur du frontal. Quand Queen Neve force La’an et Thalia à unir “la lumière et l’ombre”, la série transforme son épisode en petit traité de psychologie pop : il ne s’agit plus de choisir entre deux identités, mais de comprendre qu’elles forment un seul bloc contradictoire. Le genre de morale qu’on a déjà vue mille fois, bien sûr, sauf qu’ici elle passe par des duels de doubles et des sorts de royaume enchanté. Ça a quand même plus de gueule qu’un monologue au bord d’un lac. La série fait du développement de personnage avec des capes, et franchement, on ne va pas bouder le plaisir.

Le fan service, ce vieux complice un peu trop collant

Ce que raconte aussi cet épisode, c’est la tension permanente entre l’héritage de Star Trek et la tentation du numéro de charme. Depuis les années 1960, la franchise a toujours vécu de sa capacité à se réinventer sans se trahir complètement. Mais à l’ère du streaming, où chaque série doit justifier son existence par un concept immédiatement “partageable”, le risque est simple : confondre variation et dispersion. Strange New Worlds marche sur cette ligne de crête depuis le début. Un épisode musical par-ci, un murder mystery par-là, un conte de fées ensuite, et au milieu des séquences plus classiques qui rappellent qu’on est quand même censé être à bord d’un vaisseau d’exploration. Sauf qu’à force d’empiler les masques, il faut bien que quelqu’un regarde le visage derrière. La saison 4 semble répondre : regardez La’an. Elle, au moins, sait qu’elle porte plusieurs couches.

Et c’est peut-être là que l’épisode trouve sa vraie justification. Pas dans la nostalgie, pas dans le clin d’œil, pas dans le plaisir un peu enfantin de voir l’Enterprise transformée en décor de conte. Mais dans cette idée que la franchise peut encore produire du sens à partir de ses propres excès. Le “gimmick” n’est pas forcément un aveu de faiblesse ; il peut devenir un outil de mise à nu, à condition de ne pas le laisser tourner à vide. Ici, le retour à The Elysian Kingdom n’est pas une redite paresseuse : c’est une reprise, au sens musical du terme, avec variation, contrepoint et résolution. Le vieux truc de série télé devient soudain une petite tragédie intime déguisée en bal masqué. Pas si mal pour une franchise qu’on dit parfois trop sage, parfois trop joueuse, et qui, au fond, continue de chercher son équilibre en pleine lumière.

Et si c’était justement ça, le vrai programme de Strange New Worlds : faire mine de s’amuser avec les costumes pendant qu’elle règle ses comptes avec ses propres fantômes ?

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