
Avec 96 % de critiques favorables, le cinéaste de Barbarian et Weapons transforme la franchise en machine à respectabilité
On croyait les adaptations de jeux vidéo condamnées à la bouillie, aux compromis et aux fans qui grincent des dents. Puis Zach Cregger est arrivé avec Resident Evil et a retourné la table, au point d’installer son film tout en haut du classement Rotten Tomatoes des films tirés du jeu vidéo.
Le chiffre est brutal, presque insolent : 96 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes, avec 70 critiques comptabilisées au moment où l’information a circulé. Le précédent détenteur du record, Sonic the Hedgehog 3 (2024), plafonnait à 86 %. Avant ça, on avait déjà vu The Angry Birds Movie 2 grimper à 72 %, ce qui, dans la grande histoire des adaptations de licences, relevait déjà du petit miracle. Pendant des années, Hollywood a traité le jeu vidéo comme une mine d’or et un piège à la fois : gros potentiel commercial, résultat souvent bancal. Le box office, lui, a pourtant fini par donner raison aux studios, avec une série Resident Evil lancée en 2002 qui a dépassé le milliard de dollars cumulés, même si la critique, elle, n’a jamais vraiment suivi. Le public a payé, les studios ont insisté, et la réputation a souvent pris la porte.
Cette fois, le coup de force ne vient pas d’une surenchère de fan service, mais d’un choix plus malin : raconter une nouvelle histoire dans l’univers de Resident Evil plutôt que de recopier un épisode à la virgule près.
Ce qui frappe, dans cette affaire, c’est moins le score que le basculement industriel qu’il raconte. Pendant longtemps, l’adaptation de jeu vidéo a servi de cimetière à bonnes intentions : scénarios mâchouillés, mise en scène paresseuse, producteurs qui voulaient le beurre, l’argent du beurre et la console en bonus. Aujourd’hui, la donne change parce que les cinéastes qui s’y collent ont souvent grandi avec ces licences. Zach Cregger, révélé par Barbarian puis confirmé avec Weapons, ne débarque pas en touriste sur le terrain de Capcom. Il connaît le matériau, il en comprend les codes, et surtout il ne semble pas obsédé par l’idée de cocher toutes les cases du musée. Résultat : un film qui respecte l’ADN sans se comporter comme un catalogue.

Le cas Resident Evil est d’ailleurs assez ironique. La saga cinéma née en 2002 avec Paul W. S. Anderson a longtemps prospéré comme une franchise autonome, très loin des intrigues des jeux, avant de s’éteindre dans une forme de routine industrielle. Les suites ont encaissé, le public a suivi par habitude, et la critique a levé les yeux au ciel avec une régularité presque admirable. Cregger, lui, semble avoir compris qu’on ne sauve pas une licence en la figeant. On la sauve en la réanimant. C’est plus risqué, plus élégant, et franchement plus excitant. Le péché originel des adaptations de jeux, c’était de croire qu’il suffisait de reproduire l’interface.
Pour l’instant, Resident Evil de Zach Cregger fait ce qu’Hollywood adore le plus : il rassure les critiques et excite les comptables. Le film sort en salles le 18 septembre 2026, et tout indique qu’il pourrait aussi fonctionner commercialement. Si c’est le cas, Cregger ne sera plus seulement le type qui aligne les bons coups dans l’horreur contemporaine ; il deviendra un fer de lance, un de ces réalisateurs capables de transformer une IP usée en nouvelle machine à fantasmes. Pas mal pour un cinéaste qu’on aurait pu ranger trop vite dans la case “promesse du genre”.
Reste la vraie question, celle qui fait grincer les dents des puristes et saliver les studios : est-ce que ce succès critique annonce enfin une ère où les adaptations de jeux vidéo arrêteront de se prendre les pieds dans le tapis ? On a déjà vu des éclaircies, des exceptions, des petits miracles. Mais là, avec un record historique à la clé, on n’est plus dans le simple sursaut. On parle d’un signal. Et dans le Hollywood des franchises, un signal pareil, ça vaut presque un feu vert pour dix autres projets qui attendent dans le couloir, la chemise ouverte et le sourire de circonstance. Le zombie n’est pas mort. Il a juste trouvé un meilleur scénariste.