Resident Evil : Zach Cregger transforme la franchise en cauchemar jouissif

Les premières réactions promettent un film sale, drôle et nerveux, loin du simple recyclage de la saga

On croyait la saga Resident Evil condamnée à tourner en rond dans son labo de zombies, et voilà que Zach Cregger débarque avec un opus qui semble préférer le malaise au service minimum. Les premières réactions parlent d’un film sale, nerveux, drôle, et surtout très vivant : pas mal pour une licence qu’on enterrait déjà trop vite.

Pour situer le terrain, la franchise Resident Evil n’est pas exactement une petite curiosité de niche. Née chez Capcom en 1996, elle a donné naissance à une série de jeux devenue l’un des piliers du survival horror, avant d’être digérée par Hollywood dans une longue suite de films lancés en 2002. Au box-office, la machine a longtemps carburé à la poule aux œufs d’or : les six films portés par Milla Jovovich ont rapporté plusieurs centaines de millions de dollars dans le monde, avec un pic de rentabilité qui a fait saliver les studios pendant des années. Puis il y a eu le reboot de 2021, Resident Evil: Welcome to Raccoon City, plus sage, plus gris, plus oublié aussi. Bref, la licence avait besoin d’un vrai coup de fouet, pas d’un énième pansement marketing.

Zach Cregger, lui, arrive avec un autre bagage. Après Barbarian en 2022 puis Weapons, il s’est taillé une réputation de faiseur de cauchemars qui sait aussi faire rire jaune. Autrement dit, il ne débarque pas pour repeindre les murs du manoir Spencer en beige corporate.

Une nuit, du sang, et pas mal de mauvaise idée

Le film ne rejoue pas bêtement un jeu précis ni un ancien long métrage de la saga. Il s’inscrit dans le même monde, avec un coursier médical, incarné par Austin Abrams, qui traverse une très mauvaise nuit peuplée de monstres, de slime et de chairs en vrac. Le principe est simple, presque brutal dans sa lisibilité : on prend l’ADN de la franchise, on le secoue, et on regarde ce qui dégouline. Cregger semble avoir compris que Resident Evil fonctionne quand il assume son côté laboratoire de l’absurde, ce mélange de panique, de série B et de body horror qui fait la spécificité de la licence depuis ses origines vidéoludiques.

Les premières réactions, relayées par plusieurs journalistes et observateurs après la projection, vont toutes dans le même sens : film très drôle, très tendu, très sale, avec un rythme qui ne lâche pas. Eric Goldman parle d’un film qui démarre sans relâche et mêle frissons et humour ; Erik Davis insiste sur l’effet “jeu vidéo” plutôt que sur l’adaptation littérale ; Perri Nemiroff évoque l’une des meilleures adaptations de jeu vidéo qu’elle ait vues. On a connu des retours de projection plus tièdes, hein. Là, ça sent plutôt la séance où tout le monde ressort avec les épaules crispées et un sourire un peu idiot.

Affiche de Resident Evil
Affiche de Resident Evil

Le vrai sujet, au fond, ce n’est pas seulement la qualité du film : c’est la manière dont Cregger semble avoir trouvé la bonne distance entre fidélité et trahison.

Le virus du jeu vidéo, version cinéma

Depuis une dizaine d’années, Hollywood a enfin cessé de considérer l’adaptation de jeu vidéo comme une punition. Après des décennies de ratés plus ou moins honteux, le box-office et les plateformes ont imposé une évidence : le public n’attend pas une copie conforme, il attend une traduction qui respecte le plaisir de jeu. The Last of Us a montré la voie côté série, Sonic a prouvé qu’une licence pouvait redevenir bankable avec un minimum d’écoute, et Super Mario Bros. le film a rappelé que le public familial pouvait faire exploser les compteurs. Dans ce contexte, Resident Evil de Cregger arrive avec une carte maîtresse : ne pas singer le jeu, mais en capter la mécanique de survie, la tension de l’exploration et le plaisir très primaire du “qu’est-ce qui va me sauter à la gueule ?”.

Et puis il y a le casting, avec Austin Abrams en tête d’affiche. L’acteur, aperçu dans Whalefall à venir, n’a pas le profil du demi-dieu musculeux qu’Hollywood adore coller aux franchises. Justement, ça marche mieux comme ça : un corps ordinaire dans un monde qui le broie, c’est souvent là que le cinéma d’horreur retrouve son nerf. Cregger a déjà prouvé dans Barbarian qu’il aimait prendre un espace banal et le transformer en piège mental ; ici, il semble faire pareil avec un univers déjà connu, mais en le ramenant à une expérience de survie presque physique. Le film ne vend pas une mythologie, il vend une nuit blanche. Et ça, c’est autrement plus sexy.

Trois pour trois, et le studio sort le carnet de chèques

Si ces premières réactions se confirment à la sortie en salles, Sony Pictures tient peut-être son nouveau fer de lance horrifique. Cregger a déjà montré qu’il savait faire beaucoup avec des budgets raisonnables, et c’est précisément ce genre de profil qui fait rêver les studios : un cinéaste capable de livrer un film rentable, identifiable, et assez singulier pour ne pas sentir la chaîne de montage. Dans une industrie obsédée par les franchises, les remakes et les reboots, ce n’est pas rien. C’est même un petit miracle industriel, le genre de truc qui donne envie à un exécutif de sortir le chéquier en tremblant un peu.

La sortie française, elle, s’inscrit dans une fenêtre de diffusion classique pour ce type de blockbuster horrifique : le 18 septembre 2026 en salles. Reste à voir si le public suivra le mouvement et si la promesse d’un film “horriblement” fun se transformera en vrai succès commercial. Mais à ce stade, la dynamique est claire : Cregger n’a pas seulement livré un nouveau chapitre de Resident Evil, il a peut-être trouvé la formule pour faire respirer une franchise que beaucoup croyaient déjà momifiée. Et si le monstre, cette fois, c’était surtout l’idée qu’on se faisait de la saga ?

Bande-annonce VF de Resident Evil

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