
Marvel ressort son mastodonte de 2019 avec du bonus à la clé, et le record mondial redevient un sport de combat
Marvel a compris un truc que Hollywood adore faire semblant d’avoir oublié : quand la machine à billets tousse, on ressort le vieux monstre sacré du placard. Avec Avengers: Endgame Encore, Disney tente un coup de force aussi malin que très calculé.
Le retour en salles du plus gros succès de l’univers Marvel ne sort pas de nulle part. En 2019, Avengers: Endgame a refermé la saga des Infinity Stones avec une ampleur industrielle rarement vue, jusqu’à devenir le film le plus rentable de l’histoire au moment de sa sortie, avant d’être dépassé par Avatar de James Cameron, puis de voir ce dernier reprendre l’avantage grâce à sa ressortie de 2022. Depuis, le box office mondial s’est recomposé, les studios ont resserré leurs paris, et la Chine n’est plus ce réservoir automatique qui faisait grimper les totaux comme un compteur de casino. Dans ce contexte, remettre Endgame en circulation, à quelques mois de Avengers: Doomsday, ressemble à une opération de rappel autant qu’à une offensive commerciale. Et franchement, on aurait tort de la prendre pour une simple séance de nostalgie.
Parce qu’ici, le vrai sujet n’est pas seulement de savoir si le film peut rapporter encore quelques dizaines de millions. C’est de voir si Marvel peut rebrancher, à l’ancienne, la pompe à fantasmes qui faisait de chaque sortie un événement planétaire.
Selon les estimations relayées par Box Office Theory, cette ressortie baptisée Avengers: Endgame Encore pourrait engranger entre 19 et 28 millions de dollars sur le marché nord-américain à son lancement. Pour une reprise, c’est un joli paquet, pas un simple fond de tiroir. Le film original, lui, avait terminé sa course à 2,79 milliards de dollars dans le monde, dont environ 1,94 milliard à l’international, soit plus de 69 % de ses recettes totales. Autrement dit, si le public répond présent hors des États-Unis, l’affaire peut vite devenir sérieuse. Très sérieuse, même.
Le problème, c’est que Avatar n’a pas dit son dernier mot. Le film de James Cameron affiche aujourd’hui 2,923 milliards de dollars cumulés dans le monde, et Marvel doit donc combler un écart d’environ 124,3 millions pour reprendre la première place. Sur le papier, ça paraît costaud. Dans la pratique, ce n’est pas délirant si la ressortie crée un effet boule de neige, surtout avec un démarrage domestique suivi d’une tenue correcte au second week-end. On n’est pas dans le miracle, on est dans le grand jeu des centièmes de milliard.

Le coup de génie de Disney, c’est d’avoir compris que le public ne revient pas seulement pour revoir un film, mais pour refaire corps avec un moment collectif. En 2019, Avengers: Endgame n’était pas qu’un blockbuster géant : c’était un rite de passage, une cérémonie pop où l’on venait saluer des personnages devenus des demi-dieux de multiplexe. Reprogrammer ce long métrage aujourd’hui, c’est tendre un miroir à une époque où le MCU semblait invincible, avant que la phase suivante ne montre quelques signes de fatigue, de dispersion, voire de petit embourbement cosmique. Rien de honteux, mais assez pour que le studio ait envie de rappeler ce qu’était son Olympe.
Et puis il y a l’argument du bonus. Cette version Encore doit embarquer des images supplémentaires liées à Avengers: Doomsday, attendu en décembre. Là, on touche au nerf de la guerre : faire de la ressortie un sas d’entrée vers le prochain mastodonte. Joe et Anthony Russo ont eux-mêmes présenté Endgame comme un passage obligé avant Doomsday, ce qui revient à dire au public : “vous voulez comprendre la suite ? repassez à la caisse”. C’est rusé, presque trop, mais c’est aussi la logique la plus pure du studio system version 2026. Marvel ne vend pas seulement un film, il vend une rampe de lancement.
À ce stade, il faut quand même rappeler une chose : les records de recettes ne sont plus des trophées figés dans le marbre. Ils se négocient, se reprennent, se redéposent sur l’étagère comme des clés de voiture. Avatar l’a prouvé en 2022 avec sa ressortie, et Endgame pourrait bien tenter la même manœuvre. Le tout dans un climat où les fans les plus assidus ont retrouvé un peu d’appétit grâce à la montée en puissance de Spider-Man: Brand New Day, qui a déjà franchi la barre des 2 milliards de dollars et s’est hissé parmi les plus gros scores de l’histoire. Quand le public recommence à suivre les super-héros avec des yeux brillants, les studios sentent tout de suite l’odeur du billet vert. Pas besoin d’être devin.
Il y a aussi une dimension presque méta à cette ressortie. Endgame n’est pas seulement un film sur la fin d’une bataille ; c’est le symbole d’un moment où Marvel dominait la pop culture avec une insolence presque obscène. Le ressortir aujourd’hui, c’est rappeler qu’un box office n’est pas qu’une addition de tickets, mais une mémoire collective, un rapport de force, une manière de dire qui tient encore la barre. Si Endgame Encore décroche le record, ce ne sera pas juste un chiffre de plus : ce sera un petit camouflet infligé à la concurrence, et un rappel que la poule aux œufs d’or n’a pas fini de pondre.
Reste la question qui chatouille tout le monde au fond de la salle : est-ce qu’on ira revoir Endgame pour le plaisir, pour Doomsday, ou juste pour participer à la chasse au record ? Probablement un peu des trois. Et c’est bien là que Marvel reste dangereux : quand la maison vacille, elle sait encore faire croire qu’elle danse. Le 25 septembre 2026, on verra si le vieux trône tient encore debout. Ou si Avatar peut déjà commencer à regarder derrière lui.