Marvel n’a même pas encore lâché son nouveau gros joujou que Avengers: Doomsday empile déjà les records comme un gamin trop content de ses cartes Pokémon. À cent jours de sa sortie, le film de Joe et Anthony Russo a franchi les 50 millions de dollars de préventes, un score inédit qui dit surtout une chose : la machine à fantasmes tourne encore à plein régime.

Le chiffre a été annoncé par Hugh Johnston, directeur financier de Disney, lors de la conférence Goldman Sachs Communacopia + Technology. Et il faut bien mesurer ce que ça raconte : on parle d’un long métrage encore à distance respectable de sa sortie en salles, prévu le 18 décembre 2026, qui a déjà vendu plus de billets en avance que n’importe quel autre film à ce stade. Dans le grand théâtre du box office, c’est une petite claque. Ou plutôt un gros coup de marteau, parce que Marvel ne fait jamais dans la demi-mesure quand il s’agit de faire monter la sauce.

Le contexte, lui, n’est pas anodin. Depuis la fin de la phase la plus triomphale du Marvel Cinematic Universe, le studio cherche à recoller les morceaux d’une saga multiverselle qui a parfois donné l’impression de pédaler dans la semoule. En 2025, Captain America: Brave New World a rapporté 415,1 millions de dollars dans le monde, et Thunderbolts 382,4 millions, loin des standards qui faisaient jadis trembler Hollywood. À l’inverse, les vieux monstres sacrés de la franchise restent des totems : The Avengers a engrangé 1,51 milliard de dollars en 2012, Avengers: Age of Ultron 1,4 milliard, Infinity War 2,05 milliards et Endgame 2,79 milliards. Oui, on parle bien du club très fermé des poules aux œufs d’or.

Le vrai sujet n’est donc pas de savoir si Avengers: Doomsday va ouvrir fort, mais jusqu’où il peut tenir la route une fois la première vague passée.

Le Doom en avance, le public déjà dans la salle

Le détail savoureux, c’est que Disney a d’abord mis en vente des billets pour les formats premium, avant d’ouvrir la billetterie classique quelques semaines plus tard. Et malgré un handicap de taille, puisque Dune: Part Three monopolise une bonne partie des écrans IMAX en décembre, le film de Marvel avance quand même comme un blindé. Pour contourner ce verrouillage, Disney a même dégainé son propre format concurrent, baptisé Infinity Vision. Voilà où on en est : la guerre des écrans premium ressemble parfois à une partie de Risk jouée par des comptables sous caféine.

Ce démarrage en trombe dit aussi quelque chose de l’état du marché. Les studios savent désormais qu’un blockbuster peut cohabiter avec un autre, pour peu que les publics ne se marchent pas trop dessus. Barbie et Oppenheimer ont fabriqué le phénomène “Barbenheimer”, Wicked et Gladiator II ont eu leur petit duel de sortie, et Marvel parie visiblement sur la même logique : les fans de super-héros ne sont pas forcément les mêmes que les adorateurs de dunes et de vers géants. Sauf que là, on parle quand même de deux mastodontes qui sortent le même jour. Ambiance.

Affiche de Avengers : Doomsday
Affiche de Avengers : Doomsday

Russo, Doom et retour du chef de guerre

Le retour de Joe et Anthony Russo à la réalisation change évidemment la donne. Les deux frères ont déjà tenu la baraque sur Infinity War et Endgame, les deux opus qui ont porté le MCU à son sommet commercial. Leur présence suffit à réactiver une mémoire affective très puissante chez le public : celle d’un Marvel encore capable de faire événement, de fabriquer du rendez-vous, de vendre l’idée qu’un film de super-héros peut être un point de bascule culturel, pas juste un produit de catalogue.

Et puis il y a Robert Downey Jr. dans la peau de Doctor Doom. Le simple fait que l’ancien Iron Man, visage absolu de la saga, revienne non pas en sauveur mais en grande menace, a quelque chose de délicieusement pervers. C’est presque du méta-casting pur jus : Marvel recycle son dieu tutélaire pour l’ériger en ennemi suprême. On appelle ça passer le flambeau, mais avec un lance-flammes. Le studio joue ici sur sa propre mythologie, sur ses cicatrices aussi, et sur cette idée que le public viendra voir moins une intrigue qu’un choc de symboles.

Le vrai piège : l’attente, cette sale bête

À ce stade, le box office d’ouverture semble déjà sécurisé. La vraie question, celle qui fait transpirer les cadres de Disney, concerne la tenue sur la durée. Un gros premier week-end, Marvel sait faire. Mais pour transformer l’essai, il faudra du bouche-à-oreille, une réception critique solide et une impression de film nécessaire, pas seulement bruyant. Car Avengers: Doomsday ne doit pas juste vendre des billets : il doit relancer l’élan vers Avengers: Secret Wars, prévu comme le grand point d’orgue de la saga en 2027.

Et c’est là que le pari devient plus risqué qu’il n’en a l’air. Les records de préventes, c’est joli, ça fait briller les tableaux Excel et ça rassure les actionnaires. Mais le cinéma, le vrai, celui qui fait durer les films au-delà du week-end d’ouverture, ne se laisse pas toujours acheter à coup de chiffres. Marvel a déjà gagné la bataille de la curiosité ; il lui reste à ne pas perdre celle de la mémoire.

En décembre, on saura si Avengers: Doomsday est le retour en grâce que Disney espère ou juste un très gros départ avant la gueule de bois. Et franchement, dans cette histoire, le plus amusant reste peut-être que le sort du MCU repose encore sur une vieille idée toute bête : faire revenir les gens en salle pour voir si la magie opère toujours. Comme au bon vieux temps. Ou presque.

Bande-annonce VF de Avengers : Doomsday

Part.
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