Vingt-huit ans après Practical Magic, Warner Bros. ressort la marmite des Owens pour une suite qui veut faire revenir la nostalgie, les sœurs et les margaritas de minuit. Sauf qu’à force de touiller le chaudron, Practical Magic 2 ressemble surtout à une réunion de famille un peu trop arrosée.
Le premier film de Griffin Dunne, sorti en 1998, n’avait pas fait trembler le box-office à l’époque, mais il a fini par s’installer dans la pop culture comme ces titres qu’on croit mineurs avant de les voir devenir des totems de soirée pyjama, de DVD usé et de culte discret. C’est souvent comme ça que Hollywood repêche ses franchises dormantes : un titre qui n’a pas explosé en salles, mais qui a survécu dans les chambres, les salons, les câbles, puis le streaming, jusqu’à devenir une petite poule aux œufs d’or à réveiller au bon moment. Ici, le calcul est limpide. On reprend Sandra Bullock et Nicole Kidman, on ajoute Susanne Bier à la mise en scène, on ressort les aunts, les malédictions, les grimoires, et on espère que la machine à fantasmes fera le reste.
Le problème, c’est qu’une suite n’est pas un sortilège automatique. Sans une vraie idée de cinéma, le fan service finit en potion tiède.
Les margaritas ne suffisent pas à faire un film
Dans cette nouvelle version, l’attrait premier reste le même : voir Sally et Gillian Owens redevenir ce duo de sorcières qui se chamaillent, se protègent, se jugent et se rattrapent à la vitesse d’un sort mal lancé. Le film mise énormément sur cette chimie-là, sur ces échanges qui s’empilent, sur cette idée que le simple fait de réunir Bullock et Kidman peut tenir un long métrage debout. Par moments, ça marche, parce que les deux actrices savent exactement comment jouer la complicité cabossée, le lien de sang qui résiste à tout, même au scénario qui part de travers. Mais l’écriture, elle, n’a pas toujours la même assurance. On sent la volonté de faire du verbe, du remous, du ping-pong émotionnel, sauf que le film confond trop souvent agitation et rythme. Ça bavarde, ça se coupe la parole, ça se relance, et au bout d’un moment, on a surtout l’impression d’assister à une table ronde de sorcières qui aurait oublié de préparer le repas.
Le premier Practical Magic avait déjà ce mélange de mélodrame, de fantaisie et de noirceur domestique, mais il tenait par une forme de désinvolture très particulière, presque accidentelle. La suite, elle, cherche à reproduire la recette en la surchargeant. Le charme devient mécanique, et la mécanique, franchement, tousse un peu.
Une maison de luxe, un cœur cabossé
Il faut quand même reconnaître à Practical Magic 2 un sens du décor qui fait le boulot. La grande maison au bord de l’eau, les cuisines immenses, les intérieurs trop confortables pour être honnêtes, les escapades anglaises avec leur petit parfum de propriété ancienne et de confort feutré : tout cela compose une fantasy bourgeoise très assumée. Être sorcière, ici, ce n’est pas seulement lancer des incantations ; c’est aussi vivre dans un espace où les plafonds sont hauts, les nappes impeccables et les problèmes familiaux suffisamment élégants pour rester photogéniques. Il y a là une forme de luxe porn assez transparente, et ce n’est pas forcément un défaut. Le cinéma populaire adore vendre des mondes où l’on souffre mieux quand on a de la vaisselle assortie.

Mais cette opulence de surface masque mal la fragilité de l’ensemble. Le scénario s’éparpille, bifurque, se contredit presque, comme s’il hésitait sans cesse entre le drame de la malédiction et la comédie de mœurs surnaturelle. Le film veut parler du poids des lignées, de la transmission, du désir amoureux comme menace, puis il se précipite vers des enjeux de pouvoir, de grimoires et de destins occultes. Résultat : on sent la couture. Pas la couture chic, non. La couture qui craque au milieu d’une scène parce qu’on a voulu faire tenir trop de choses dans la même robe. À force de vouloir tout embrasser, le film finit par serrer du vide.
Le retour du chaudron, pas celui de la grâce
La vraie question, au fond, n’est pas de savoir si Practical Magic 2 respecte l’original. On s’en fiche un peu, et c’est tant mieux. La vraie question, c’est de savoir si cette suite parvient à justifier son existence autrement que par le plaisir de revoir des visages aimés. Sur ce point, elle avance à moitié. Le duo Bullock-Kidman reste son meilleur argument, évidemment, et certaines scènes de sororité ont encore un petit pouvoir de réchauffement. Mais le film s’obstine à croire que l’accumulation de répliques, de déplacements et de sortilèges suffira à fabriquer de la légèreté. Or la légèreté, ça se travaille. Ça ne se décrète pas en agitant un balai.
Susanne Bier, qu’on connaît pour un sens aigu des tensions émotionnelles dans des registres bien plus tenus, semble ici prise dans une commande qui lui demande d’être à la fois tendre, drôle, romantique et spectaculaire. C’est beaucoup. Trop, même. Et quand le film bascule vers ses derniers élans plus démonstratifs, avec révélations, affrontements et grand déploiement de magie, on a surtout le sentiment qu’il cherche son propre centre de gravité. Il y a bien quelques éclats, quelques instants où l’on retrouve ce mélange de mélancolie et de fantaisie qui faisait la singularité du premier opus. Mais ils arrivent par à-coups, comme des bulles dans une potion mal remuée. On n’est pas loin d’un bon retour, juste assez loin pour que la frustration prenne le dessus.
Au bout du compte, Practical Magic 2 ressemble à ce genre de suite qui sait exactement sur quoi elle capitalise, mais pas toujours quoi en faire. Les fans des Owens y trouveront sans doute de quoi rallumer la flamme, ou au moins le souvenir de la flamme. Les autres verront surtout un film qui veut être à la fois chaleureux, délirant, romantique et un peu gothique, sans jamais choisir le bon dosage. Et dans une histoire de sorcières, c’est quand même ballot de rater la formule.
Le sortilège opère par fragments, mais la vraie magie, elle, reste coincée entre deux versions du film.
Le film sort en salles le 10 septembre 2026.
Bande-annonce VF de Les Ensorceleuses 2
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




