On a tous les grands sequels, les vrais, les faux, les honteux et les bricolés à la main dans un coin de cave. Robert the Bruce appartient à cette dernière catégorie : une suite officieuse de Braveheart, plus discrète qu’un fantôme de clan, mais assez sérieuse pour relancer la machine à fantasmes écossais.

Le cinéma adore les lignées bancales. Entre les suites non autorisées, les héritiers autoproclamés et les prolongements historiques qui se faufilent entre les lignes du box office, on a déjà vu pire que cette drôle d’appendice à Braveheart de Mel Gibson, sorti en 1995 et couronné par l’Oscar du meilleur film. Dans le cas présent, l’objet s’appelle Robert the Bruce, réalisé par l’Australien Richard Gray et sorti en 2019, avec Angus Macfadyen dans le rôle-titre. Petit détail qui change tout : Macfadyen jouait déjà Robert dans Braveheart, mais plus jeune. On n’est donc pas dans le remake opportuniste, plutôt dans le prolongement historique qui se prend au sérieux sans demander la permission à personne. Le genre de suite qui n’a pas besoin d’un feu vert de studio pour exister, parce que l’Histoire, elle, ne dépose pas de copyright.

Pour replacer les choses, Braveheart racontait la révolte de William Wallace contre la couronne anglaise, avec une liberté historique franchement élastique, et s’achevait sur une ellipse vers 1314 où Robert the Bruce reprenait le flambeau de l’indépendance écossaise. Robert the Bruce s’insère précisément dans cet interstice, entre l’exécution de Wallace en 1305 et les événements de l’épilogue du film de Gibson. C’est malin, presque trop propre sur le papier, mais ça donne aussi à voir un cinéma qui tente de récupérer un mythe sans disposer de la même puissance de feu. Pas de batailles massives ici, pas de charges au ralenti, pas de grand opéra sanglant à la Gibson. On est sur un film de survie, pas sur un monument de guerre.

Le fantôme de Wallace, la cave et l’araignée

Le cœur du film repose sur Robert, traqué, hésitant, presque prêt à lâcher l’affaire avant qu’une légende populaire ne vienne le remettre en selle. Le fameux épisode de l’araignée dans une grotte, censé lui apprendre la persévérance, sert de pivot dramatique. Sur le principe, c’est du cinéma historique qui flirte avec la fable morale ; dans les faits, c’est aussi une manière de faire tenir un long métrage entier avec peu de moyens et beaucoup de gravité. Angus Macfadyen, qui a coécrit et produit le film en plus d’y jouer, semble avoir voulu faire de Robert the Bruce un geste de fidélité autant qu’un rattrapage symbolique. Le résultat a quelque chose de touchant, même quand ça sent le projet de cœur qui a dû se battre pour chaque dollar.

Et des dollars, il en manque un peu partout. Le film a été tourné en grande partie dans le Montana, alors qu’il prétend arpenter des forêts écossaises glacées. Rien de scandaleux, Hollywood a toujours su faire voyager les paysages plus vite que les équipes techniques, mais ça participe à cette impression de petit film déguisé en fresque. Avec ses 124 minutes, Robert the Bruce paraît presque ramassé face aux 170 minutes de Braveheart. Le problème n’est pas la modestie ; le problème, c’est qu’elle se voit à l’écran à chaque plan.

Affiche de Robert the Bruce
Affiche de Robert the Bruce

Montana, casting globe-trotter et ambitions en bottes de cuir

Autre valeur de ce drôle d’objet : son casting, très international pour un récit censé sentir la tourbe et la pierre humide. Anna Hutchison, actrice néo-zélandaise, incarne Morag ; Melora Walters et Patrick Fugit viennent apporter une touche américaine ; Jared Harris, toujours impeccable dans l’art de faire peser la moindre réplique, passe lui aussi par là. Cette circulation des visages dit quelque chose du cinéma historique contemporain : on vend de l’ancrage, mais on fabrique souvent du cosmopolitisme de plateau. Rien de neuf, évidemment, mais ici le décalage saute aux yeux parce que le film cherche la rugosité d’un monde ancien avec les outils d’une production très contemporaine.

Le plus amusant, c’est que Robert the Bruce arrive après Outlaw King de David Mackenzie, sorti en 2018 sur Netflix, avec Chris Pine dans le rôle du même Robert. Là encore, on a un concurrent direct, plus ambitieux, plus visible, plus armé pour capter l’attention. Résultat : le film de Richard Gray se retrouve coincé entre le prestige du souvenir Braveheart et la version plateforme, plus musclée, plus chère, plus immédiatement identifiable. Dans ce match-là, il part avec un bras dans le plâtre. Le pauvre n’est pas ridicule, il est juste arrivé après la bataille, ce qui est rarement une bonne stratégie.

La suite qui ne voulait pas mourir

Le plus drôle, ou le plus révélateur, c’est peut-être que cette suite officieuse existe précisément parce que Robert the Bruce est une figure historique réelle. Pas de problème juridique majeur, donc pas de verrou à faire sauter : on peut revenir sur le personnage sans demander la bénédiction de Paramount ni celle de Mel Gibson. Cette liberté ouvre un espace curieux, où le cinéma peut prolonger un mythe sans passer par les circuits habituels de la franchise. Sauf qu’ici, la franchise n’a jamais vraiment eu lieu. On a un héritage, pas une saga ; un prolongement, pas un univers étendu ; un film qui tente de se brancher sur un classique sans disposer de la même électricité.

Et c’est peut-être pour ça que Robert the Bruce mérite qu’on lui jette un œil, surtout puisqu’il circule gratuitement en streaming sur Pluto TV. Pas parce qu’il serait un chef-d’œuvre caché, ni parce qu’il viendrait humilier Braveheart sur le terrain de la grandeur. Plutôt parce qu’il raconte, à sa manière, la survie des mythes au temps des petits budgets, des plateformes et des héritiers un peu esseulés. On y voit un roi, un pays, une légende, et au fond un cinéma qui essaie encore de passer le flambeau sans se casser la figure. Pas de miracle, pas de triomphe, juste une suite qui persiste. Et franchement, dans le grand bazar des héritages hollywoodiens, c’est déjà pas mal.

Bande-annonce VF de Robert the Bruce

Part.
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