À 72 ans, James Cameron n’a toujours rien d’un vétéran rangé des caméras. Le bonhomme continue de truster le box office comme d’autres collectionnent les trophées, avec une insolence qui force presque le respect.

Pour rappel, on parle ici d’un cinéaste qui n’a pas bâti sa légende sur la quantité, mais sur la densité. Quelques films, oui, mais quels films : Titanic en 1997, Avatar en 2009, Avatar: The Way of Water en 2022. Trois mastodontes dans le top des plus gros succès de l’histoire du cinéma, et quatre longs métrages à plus d’un milliard de dollars de recettes mondiales si l’on ajoute Avatar: Fire and Ash dans la filmographie récente évoquée par la source. À ce niveau-là, on ne parle plus d’un simple réalisateur, mais d’une machine à fantasmes qui a appris à Hollywood comment faire rimer spectacle, technologie et obsession du détail.

Le cas Cameron est d’autant plus savoureux qu’il échappe à la logique industrielle la plus paresseuse. Pas de franchise héritée, pas d’univers étendu récupéré au passage, pas de joujou de studio déjà prêt à l’emploi. Ses plus gros succès, il les a souvent créés de toutes pièces, à partir de son propre imaginaire. C’est là que le bonhomme devient franchement agaçant pour ses concurrents : il ne passe pas le flambeau, il le forge.

Le box office, cette petite faiblesse qu’il a transformée en sport de combat

En réalité, Cameron a toujours filmé comme s’il fallait prouver quelque chose à chaque plan. True Lies a poussé le budget jusqu’à des sommets pour l’époque, Terminator 2: Judgment Day a dépassé ses coûts prévus et a pourtant fini en triomphe, et le cinéaste a fini par assumer publiquement son rapport très simple à l’argent : si l’investissement tient debout, pourquoi se priver ? Cette franchise-là, au sens économique du terme, Hollywood la connaît bien. Et elle tremble un peu quand Cameron débarque.

Le plus drôle, c’est que cette démesure n’a rien d’un caprice vide. Chez lui, la dépense sert une idée de cinéma total : immersion, effet de réel, sensation physique, rapport charnel à l’image. On peut discuter la taille des budgets, pas l’intention. Il ne brûle pas des billets pour faire joli ; il les transforme en attraction, en vertige, en argument de salle.

Trois géants, un seul patron

Avec Avatar, Cameron a signé le plus gros score mondial de l’histoire du cinéma, à 2,92 milliards de dollars selon les chiffres cités par la source, devant Avengers: Endgame et son 2,79 milliards. Le film a même repris la première place après une ressortie, ce qui dit quelque chose de très précis : Cameron sait aussi jouer avec la fenêtre d’exploitation comme un chef de guerre. Le cinéma, chez lui, n’est pas un objet figé ; c’est un organisme qu’on peut relancer, réactiver, faire respirer à nouveau.

Avatar: The Way of Water, treize ans après le premier opus, a remis le couvert avec 2,33 milliards de dollars. Là encore, on avait entendu les sceptiques expliquer qu’un retour à Pandora n’intéresserait plus grand monde. Résultat : Cameron a prouvé qu’il pouvait faire revenir les foules sans s’appuyer sur une nostalgie de façade. Le monsieur ne vend pas du recyclage, il vend de la foi en grand écran.

Le monstre sacré qui n’a jamais joué petit bras

On pourrait croire que cette réussite repose uniquement sur le spectacle pur. Ce serait oublier l’autre versant du personnage : Cameron est aussi l’un des rares artisans du blockbuster à avoir conservé une vraie légitimité critique. Titanic n’a pas seulement explosé les compteurs, il a aussi raflé les Oscars et imposé un modèle de grand film populaire qui ne s’excuse pas d’être ambitieux. Même chose pour Aliens ou Terminator 2, souvent cités parmi les meilleures suites jamais tournées. Pas mal pour un type qu’on réduit trop souvent à ses robots et à ses paquebots.

La comparaison avec Michael Bay, citée en creux dans la source, tient justement là : Cameron partage avec lui le goût du grand format, mais pas la même finalité. Chez l’un, le blockbuster peut devenir un feu d’artifice un peu creux ; chez l’autre, il reste une construction dramatique, technique et émotionnelle. C’est peut-être pour ça qu’on continue de le prendre au sérieux, même quand il fait grimper les budgets au plafond. Cameron ne cherche pas seulement à remplir les salles ; il cherche à justifier leur existence.

À 72 ans, il reste donc ce drôle d’objet hollywoodien : un demi-dieu du box office qui parle comme un ingénieur, filme comme un conquérant et pense comme un obsessionnel. Et pendant que l’industrie s’échine à fabriquer des produits interchangeables, lui continue de sortir des films qui ont l’air d’avoir été conçus pour gagner la bataille avant même d’entrer en production. Franchement, qui d’autre peut encore se permettre ça sans passer pour un fou ?

James Cameron n’est pas seulement un grand nom du cinéma commercial : il est l’un des rares à avoir prouvé qu’un blockbuster pouvait encore avoir du nerf, du style et une vraie colonne vertébrale. Le reste, c’est du bruit de studio.

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