Disney a sorti une nouvelle tenue de Doctor Doom pour Avengers: Doomsday, et ce n’est pas juste du fan service en mode vitrine de convention. Quand un méchant change d’armure avant même la sortie du film, c’est souvent que le studio essaie de nous vendre une idée plus vaste que le simple grand méchant qui cogne fort.

À ce stade, le cas Doom est presque un petit roman industriel à lui tout seul. Le personnage, créé par Jack Kirby et Stan Lee, traîne depuis des décennies une réputation de sommet absolu du super-vilain américain, avec ce mélange de mégalomanie, de tragédie et de rigidité quasi shakespearienne qui le rend bien plus intéressant que la moyenne des antagonistes en collants. Les adaptations live action de Fantastic Four n’ont jamais vraiment su l’attraper par le bon bout, et le retour des droits chez Disney après le rachat de 20th Century Fox avait relancé chez les fans l’idée d’un Doom enfin digne de son rang. On connaît la chanson : le MCU adore promettre l’Olympe, puis parfois il nous sert un demi-dieu un peu essoufflé. Là, au moins, le costume semble avoir compris la mission.

Mais derrière la belle ferraille, c’est surtout la dramaturgie du personnage qui se dessine en filigrane.

Le masque, la cape et le sous-texte

Le premier costume montré pour Avengers: Doomsday jouait la carte du Doom impérial : armure rigide, masque sévère, cape verte, silhouette de monarque maléfique qui débarque pour rappeler à tout le monde qui tient la baguette. La seconde tenue, elle, raconte autre chose. D’après les éléments visibles à D23, l’armure paraît plus souple, moins blindée, avec moins de plaques sur le torse, des épaules moins massives, des gants et des bottes en cuir plutôt qu’en métal, et surtout un masque plus lisse, presque plus humain dans ses ouvertures. Résultat : on ne voit pas seulement un costume différent, on voit un état du personnage.

Et c’est là que le film devient intéressant sur le papier. Si l’on en croit les rumeurs de production relayées autour du projet, ce Doom serait une ancienne figure héroïque passée du mauvais côté. Rien d’étonnant, en soi : le personnage a toujours été construit sur une forme de grandeur dévoyée, comme si le pouvoir et la blessure intime avaient fusionné dans la même armure. Le MCU adore les trajectoires de chute, les figures de sauveur qui se fissurent, les passations de flambeau qui tournent mal. Doom, lui, n’est pas un simple boss de fin de niveau : c’est une catastrophe morale en costume trois pièces de métal.

Affiche de Avengers: Doomsday
Affiche de Avengers: Doomsday

Downey Jr., le retour qui complique tout

Le détail qui fait grincer les dents et saliver les comptes-rendus, c’est évidemment Robert Downey Jr. dans le rôle de Victor Von Doom. Après avoir incarné Tony Stark pendant plus d’une décennie, le voir revenir dans le MCU sous une autre identité, c’est déjà un geste méta assez costaud. On ne parle pas seulement d’un casting malin, mais d’un recyclage de mythe à l’échelle industrielle, avec cette petite odeur de pari à plusieurs centaines de millions de dollars qui flotte au-dessus du projet. Marvel ne mise pas juste sur un acteur bankable : le studio rejoue sa propre histoire, comme si la franchise cherchait à se réinventer en empruntant le visage de son ancien totem.

Le problème, évidemment, c’est la surcharge. Avengers: Doomsday porte un titre qui annonce la couleur, mais aussi le piège : trop de personnages, trop d’enjeux, trop de promesses, et au milieu de tout ça un antagoniste qui mérite mieux qu’un simple rôle de patron final. Doom a besoin d’espace, de silence, de stratégie, de cruauté froide. Pas seulement de CGI et de baffes cosmiques. Sinon, on tire une balle dans le pied d’un des plus beaux monstres sacrés du comic book.

Deux costumes, une seule question : quel Doom va survivre ?

Le second costume aperçu à D23 peut très bien servir à des flashbacks, à une version antérieure du personnage, ou à une lecture plus nuancée de sa bascule vers le mal. Dans cette hypothèse, le film gagnerait un peu de chair là où les blockbusters Marvel ont parfois tendance à empiler les couches d’exposition comme on bourre un sac de sport avant un départ en catastrophe. Un Doom plus vulnérable, moins bardé, plus proche d’un homme que d’une statue de bronze, ça ouvre un espace dramatique autrement plus stimulant. Et ça permet aussi au studio de faire ce qu’il sait faire de mieux quand il est inspiré : transformer un costume en programme narratif.

Reste la date, déjà bien calée dans le calendrier de la machine Disney : Avengers: Doomsday doit sortir en salles le 18 décembre 2026. D’ici là, on aura sans doute droit à d’autres images, d’autres indices, d’autres petits morceaux de puzzle soigneusement distillés pour entretenir la machine à fantasmes. Mais pour l’instant, le vrai sujet est là : Doom n’est plus seulement annoncé, il est déjà en train d’occuper l’écran par fragments. Et si le costume dit vrai, le film ne nous vend pas seulement un méchant, il nous prépare peut-être un ancien héros en train de se faire dévorer par sa propre légende.

Bande-annonce VF de Avengers: Doomsday

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