Warner Bros. tente le coup de la poule aux œufs d’or avec The End of Oak Street, un film de dinosaures qui arrive en terrain miné mais avec une arme simple : Anne Hathaway, des monstres, et l’espoir que le public aime toujours se faire croquer la rétine.
À l’heure où la fin de l’été hollywoodien sert souvent de dépotoir chic pour les blockbusters qui veulent encore faire du box office avant que les salles ne passent en mode rentrée, le studio aligne un pari assez lisible : surfer sur la vieille obsession des dinosaures, ce fer de lance que Universal a transformé en machine à billets depuis trois décennies avec la franchise Jurassic. La source évoque un duel de sorties avec Paw Patrol: The Dino Movie, ce qui dit assez bien la logique du moment : on ne vend plus seulement un film, on vend une niche de spectateurs à dévorer sur le week-end. Et dans ce petit jeu, The End of Oak Street a un atout pas banal, son cinéaste, David Robert Mitchell, dont Under the Silver Lake avait divisé comme un couteau dans un gâteau trop sec, mais dont la singularité reste précisément ce qui peut donner du relief à un blockbuster qui refuse d’être une simple usine à rugissements. En clair : Warner Bros. ne mise pas seulement sur des dinos, mais sur une façon de les filmer.
Et, d’après les premières réactions relayées par la presse et des journalistes présents aux projections, le pari aurait de la gueule.
Le rugissement avant la morsure
Le premier retour qui remonte, signé Brandon Davis, parle d’un film nerveux, jouissif, pas toujours logique mais porté par une énergie de pur spectacle. La formule la plus parlante de ce retour, c’est cette comparaison avec Fast & Furious appliquée aux dinosaures : on comprend l’idée, à savoir un long métrage qui ne cherche pas la crédibilité scientifique mais l’élan, la vitesse, la surenchère. Et franchement, on préfère ça à un faux sérieux de laboratoire. Dans le même registre, Bill Bria, de /Film, insiste sur l’ADN Amblin du projet, ce parfum de cinéma d’aventure à l’ancienne, plus proche de l’élégance Spielberg des débuts que du parc à thèmes numérique qui a fini par avaler sa propre mythologie. Ce n’est pas un détail : depuis des années, quantité de films essaient de rejouer cette musique-là sans jamais retrouver la bonne tonalité. Là, apparemment, Mitchell aurait trouvé le bon accord. Le film ne veut pas imiter Jurassic Park ; il veut retrouver l’odeur du cinéma de terrain vague, de la peur enfantine et du grand spectacle un peu sale.

Anne Hathaway, la reine du chaos bien coiffé
Autre valeur qui ressort des réactions : Anne Hathaway. L’actrice, qu’on a déjà vue très à l’aise dans des registres de rupture de ton, semble ici apporter ce qu’il faut de gravité et d’ironie à un matériau qui aurait pu sombrer dans le simple exercice de style. La source rappelle son rôle dans Colossal, et ce n’est pas anodin : Hathaway a déjà montré qu’elle pouvait tenir un film de monstres sans se contenter d’être la tête d’affiche qui regarde le décor s’effondrer. Elle sait jouer l’absurde avec aplomb, ce qui, dans un film de dinosaures, vaut presque un diplôme d’ingénierie émotionnelle. Les réactions mentionnent aussi la performance de l’actrice comme un des moteurs du plaisir de séance, ce qui laisse entendre que le film ne repose pas uniquement sur ses créatures, mais sur une vraie présence humaine au milieu du chaos. Et ça, mine de rien, change tout. Un bon film de monstres, c’est d’abord un film où l’on croit à la peur de quelqu’un.
Mitchell, l’outsider qui joue chez les grands
Pour David Robert Mitchell, ce passage au grand studio ressemble à une opération de passeur. Après un film comme Under the Silver Lake, souvent mal compris au moment de sa sortie, le cinéaste semble ici injecter ses obsessions dans un cadre plus large : mélancolie, mystère, sensation de perte, et cette manière de laisser le récit respirer avant de le faire basculer dans le danger. Les premiers échos parlent d’un mélange entre suspense à combustion lente et set pieces de dinosaures à la fois spectaculaires et franchement inquiétantes. On nous dit aussi que les créatures seraient à plumes et à fourrure, détail qui peut faire sourire les vieux de la vieille mais qui rappelle surtout que le cinéma de dinosaures a toujours gagné quand il acceptait de se frotter à une certaine étrangeté visuelle plutôt qu’au seul réalisme de synthèse. Sauf que là, on sent aussi une intention plus précise : faire du monstre un vecteur d’émotion, pas juste un tas de pixels qui gueule. Le film aurait donc ce petit parfum rare des blockbusters qui savent encore avoir une âme, ou au moins un pouls.
Le vrai test : la salle ou l’extinction
Reste le moment de vérité, celui que les avant-premières ne peuvent jamais vraiment trancher : le public suivra-t-il ? Les réactions critiques et celles des influenceurs, aussi enthousiastes soient-elles, ne garantissent rien face à la mécanique plus brutale de l’exploitation en salles. Entre un film de dinosaures “pour adultes” et une proposition plus familiale comme Paw Patrol: The Dino Movie, la bataille ne se joue pas seulement sur la qualité, mais sur la promesse vendue en deux secondes au spectateur qui hésite devant l’affiche. Et là, Warner Bros. a intérêt à ce que la bande-annonce ait fait le boulot, parce qu’un bon bouche-à-oreille peut transformer une sortie de fin de saison en petit phénomène, alors qu’un faux départ peut tirer une balle dans le pied à un projet pourtant bien né. On connaît la chanson : le public adore les dinosaures, mais il adore encore plus qu’on lui raconte une histoire qui a du nerf. Si The End of Oak Street tient la route, ce ne sera pas seulement un film de monstres : ce sera une preuve que le blockbuster peut encore avoir du tempérament.
Et puis il y a cette idée assez réjouissante, presque insolente, qu’un film de dinosaures puisse encore surprendre en 2026. Qui l’eût cru ? Pas les comptables, en tout cas. Eux, ils regardent surtout si le rugissement se transforme en billets.
Bande-annonce VF de La fin d’Oak Street
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




