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    Nrmagazine » Christopher Nolan, The Odyssey et Samantha Morton : pourquoi Circé paraît si familière
    Blog Entertainment 17 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Christopher Nolan, The Odyssey et Samantha Morton : pourquoi Circé paraît si familière

    Une sorcière antique, un visage de cinéma et le goût de Nolan pour les monstres qui vous regardent droit dans l’âme
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    Avec The Odyssey, Christopher Nolan ne se contente pas de gonfler encore un peu son ego d’architecte du spectaculaire : il transforme un épisode d’Homère en machine à frissonner, et Samantha Morton en Circé qui colle aux rétines. Le film, déjà présenté comme le plus vaste de sa carrière, pousse son obsession de l’IMAX et du grand format jusqu’à faire d’une figure secondaire du mythe l’un de ses vrais points de gravité. Comme quoi, chez Nolan, la démesure n’empêche pas le détail qui mord.

    Le projet s’inscrit dans une logique très hollywoodienne, mais version demi-dieu : adapter un texte fondateur, réunir un casting qui ressemble à un sommet du panthéon, et faire croire qu’on tient à la fois le blockbuster de l’année et une méditation sur le retour au foyer. On a Matt Damon en Ulysse, Zendaya en Athéna, Lupita Nyong’o dans plusieurs figures mythiques, Mia Goth, Elliot Page, et au milieu de ce cortège de têtes d’affiche, Samantha Morton en Circé. Le genre de présence qui ne crie pas son nom, mais qui vous attrape par la nuque. Et c’est là que le film devient intéressant : Nolan ne choisit pas seulement une actrice, il choisit une mémoire.

    Morton, on la connaît depuis longtemps sans toujours la nommer immédiatement. Débuts télé au Royaume-Uni dans les années 1990, passage chez Woody Allen avec Sweet and Lowdown, rôle bouleversant dans In America de Jim Sheridan, puis des détours par Minority Report, Fantastic Beasts and Where to Find Them et The Walking Dead, où elle incarnait Alpha, cheffe des Whisperers. Autrement dit, un visage capable de passer du drame à la menace sans changer de température. C’est précisément ce que Nolan exploite ici : Circé n’a plus l’air d’une simple magicienne de passage, mais d’une survivante qui a vu défiler les hommes, leurs mensonges et leurs petites certitudes. Avec Morton, Circé n’est pas jeune, elle est usée par les naufragés. Et ça change tout.

    Le mythe prend un coup de vieux, et c’est très bien comme ça

    Dans la plupart des représentations, Circé est souvent traitée comme une tentation, une beauté dangereuse, un piège à marins. Ici, le film la charge d’une autre énergie : celle d’une femme qui n’a plus aucune patience pour les envahisseurs. Quand elle transforme les compagnons d’Ulysse en porcs, la scène ne joue pas seulement la carte du fantastique ; elle bascule vers quelque chose de plus sale, de plus organique, presque de l’horreur corporelle. Nolan, qui n’est pas exactement un poète du viscéral, s’approche là de son terrain le plus inquiétant. Pas besoin de litres d’hémoglobine : un regard, une voix, une métamorphose, et on comprend que le voyage va sentir le roussi.

    Ce qui frappe, c’est que cette séquence semble fonctionner comme un test de puissance pour le film entier. Si Circé tient, le récit tient. Si elle vacille, tout le château de cartes mythologique se casse la figure. D’où l’importance de Morton, que Nolan a lui-même comparée, dans un entretien au Los Angeles Times, à Heath Ledger dans The Dark Knight en parlant de son rôle de « pivot » de sa relecture. La comparaison est évidemment énorme, presque insolente, mais elle dit quelque chose de juste : dans les films de Nolan, le méchant ou la figure de rupture n’est jamais juste un obstacle. C’est le point où le film se révèle à lui-même. Circé n’est pas un détour : c’est le moment où The Odyssey cesse d’être une fresque et devient un cauchemar.

    Affiche de L'Odyssée
    Affiche de L'Odyssée

    Le visage qu’on reconnaît avant de le nommer

    Pourquoi cette impression de familiarité ? Parce que Morton appartient à cette catégorie d’acteurs qui traversent les films sans se faire avaler par eux. Elle n’a pas le profil de la star lisse qu’on colle sur une affiche pour rassurer les financiers. Elle a mieux : une gravité, une cassure, une manière de faire sentir le passé dans chaque plan. C’est exactement le genre de présence que Nolan adore, lui qui aime les personnages marqués par une obsession, une blessure, une mission impossible. On pense à sa galerie de figures hantées, de Memento à Oppenheimer, en passant par The Dark Knight et Dunkirk. Chez lui, le cinéma n’est jamais seulement une affaire d’intrigue ; c’est une affaire de tension interne. Morton vient nourrir ça sans forcer le trait.

    Et puis il y a le plaisir très concret du casting. Dans un film de cette ampleur, chaque apparition doit avoir du poids, sinon tout flotte. Morton apporte une densité qui évite à Circé de devenir une simple attraction de superproduction. Elle fait exister le personnage comme une menace ancienne, presque fatiguée de sa propre légende. Ce n’est pas un détail décoratif, c’est le genre de choix qui peut faire basculer un long métrage du côté du grand spectacle un peu creux ou du vrai cinéma de mise en scène. Nolan a peut-être tourné son plus grand film ; il a surtout compris qu’un mythe ne tient debout qu’avec un visage qui a déjà vécu.

    Quand le blockbuster se prend pour une tragédie grecque

    On peut bien sûr voir dans The Odyssey un geste de plus dans la carrière de Nolan : après avoir prouvé avec Oppenheimer qu’il pouvait faire d’un biopic un mastodonte de 2023, il s’attaque ici à l’épopée fondatrice avec la même logique de monumentalité. Mais la vraie trouvaille, c’est peut-être de ne pas traiter le matériau comme un musée. En confiant Circé à Samantha Morton, le film accepte que la mythologie soit aussi une affaire de chair, de fatigue et de rancune. Pas seulement de dieux, de prophéties et de grands effets. On n’est pas dans la carte postale antique. On est dans le retour du refoulé. Et ça, franchement, ça a plus de gueule.

    Au fond, la familiarité de Circé vient de là : elle ressemble à toutes ces figures de cinéma qu’on croit secondaires jusqu’au moment où elles aspirent tout l’air de la pièce. Morton a ce pouvoir-là. Nolan aussi, quand il ne se perd pas dans ses propres cathédrales. Alors oui, The Odyssey joue à fond la carte du grand spectacle. Mais il suffit parfois d’un visage un peu trop lucide, d’une sorcière qui en a marre des héros, pour que la machine devienne soudain plus humaine que prévu. Et si le vrai monstre du film, ce n’était pas le mythe, mais la mémoire qu’on y projette ?

    Bande-annonce VF de L'Odyssée

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    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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