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    Nrmagazine » Star Wars : pourquoi les Ewoks ont remplacé le monde des Wookiees dans Return of the Jedi
    Blog Entertainment 15 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Star Wars : pourquoi les Ewoks ont remplacé le monde des Wookiees dans Return of the Jedi

    Quand George Lucas a troqué la forêt des géants poilus pour des oursons de guerre, ce n’était pas juste une lubie
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    On croit souvent que les Ewoks sont arrivés comme une petite idée mignonne posée sur Star Wars à la dernière minute. En réalité, leur présence dans Return of the Jedi raconte surtout un vieux réflexe de George Lucas : faire évoluer sa saga en fonction de ce qu’elle a déjà semé, quitte à casser son propre plan initial.

    En 1983, Return of the Jedi boucle la trilogie originale avec un budget de production d’environ 32,5 millions de dollars, une durée de 131 minutes et une mission simple en apparence : offrir une fin à la guerre entre l’Empire et la Rébellion. Sauf que chez Lucas, rien n’est jamais simple, et la préproduction du film a été menée avec un scénario arrivé très tard dans le processus. Ce détail compte, parce qu’il éclaire la mécanique de bricolage génial qui a façonné Endor et ses habitants. À l’origine, Lucas imaginait un monde de Wookiees pour accompagner l’affrontement final. Problème : Chewbacca avait déjà été installé comme un personnage plus complexe, plus civilisé, moins “sauvage de service” que dans les premières versions du mythe. Dès lors, la planète des Wookiees devenait une impasse narrative.

    Le sujet n’a rien d’anecdotique. Dans le documentaire From Star Wars to Jedi: The Making of a Saga (1983), George Lucas explique que l’évolution de Chewbacca l’empêchait d’utiliser les Wookiees comme armée primitive. Le raisonnement est limpide : si le compagnon de Han Solo est déjà un être sophistiqué, difficile d’en faire le modèle d’une tribu forestière naïve censée renverser l’Empire avec des pièges en rondins et des cris de guerre. Lucas le dit lui-même, en substance, dans ce documentaire produit par Lucasfilm : il ne pouvait plus employer les Wookiees tels quels, parce qu’il les avait déjà rendus trop élaborés. Le péché originel de l’ours poilu, c’est d’avoir eu de la personnalité.

    Des géants trop bien élevés pour faire la guerre

    Le plus drôle, c’est que Lucas n’a pas simplement cherché un remplaçant vaguement équivalent. Il a fait l’inverse. Aux Wookiees, grands, imposants, couverts d’une longue fourrure, il oppose les Ewoks : petits, trapus, courts sur pattes, à la toison plus courte, presque des peluches de combat. Ce n’est pas un simple changement de design, c’est une stratégie de contraste. Là où les Wookiees renvoient à la force brute et à la stature mythologique, les Ewoks incarnent le renversement de perspective : le minuscule qui terrasse le colossal. Lucas ne remplace pas un peuple par un autre, il fabrique une blague cosmique à l’échelle d’une saga.

    Cette logique colle d’ailleurs parfaitement à la vision qu’il défendait depuis le départ : Star Wars comme conte pour enfants, avec ses fées, ses monstres, ses chevaliers et ses forêts enchantées. Dans le même documentaire, Lucas compare les Ewoks à ces créatures minuscules qui, dans un conte, détiennent la clef du salut. On peut trouver ça naïf, bien sûr. On peut aussi y voir une idée très lucide sur la manière dont une fable populaire fonctionne : le pouvoir ne vient pas toujours des plus grands, et l’Empire, malgré ses croiseurs et ses armures, peut se faire démonter par une tribu de “petits” qu’il méprise. Le film ne dit pas seulement que les faibles peuvent gagner ; il le met en scène avec une insolence presque enfantine.

    Affiche de Le Retour du Jedi
    Affiche de Le Retour du Jedi

    La forêt, le mythe et le coup de patte de trop

    Autre élément qui pèse dans la balance : The Star Wars Holiday Special, ce machin de 1978 que la galaxie préférerait parfois oublier mais qui a tout de même laissé une trace. Le programme, non canon, a montré Kashyyyk et ancré l’idée d’un foyer wookiee à l’écran. Résultat, le terrain était déjà occupé. Lucas ne pouvait plus faire comme si Chewbacca sortait d’un brouillard conceptuel. Le monde des Wookiees avait pris forme, et avec lui une certaine sophistication visuelle et narrative. D’où le besoin de déplacer le centre de gravité vers une autre créature, plus simple à manipuler dans le récit, plus immédiatement lisible pour le public, plus apte à servir la bataille finale sans parasiter l’arc de Chewie. En gros, le lore a mangé le scénario au petit-déjeuner.

    Le choix des Ewoks a aussi un côté très hollywoodien dans le bon sens du terme : celui du calcul de ton. The Empire Strikes Back avait durci la saga, installé une gravité quasi tragique, et Return of the Jedi devait refermer la trilogie sans sombrer dans la grandiloquence sèche. Les Ewoks apportent une légèreté, parfois critiquée, mais qui correspond à la volonté de Lucas de réinjecter du conte dans la machine. Warwick Davis, interprète de Wicket, a d’ailleurs compris pourquoi une partie du public les trouvait trop candides. Mais ce que certains prennent pour une faute de goût relève aussi d’un dosage assumé : après les ténèbres, le film veut une respiration. Oui, ça frôle parfois le “murder bear” en peluche, et alors ?

    Quand la peluche finit au tribunal

    L’histoire ne s’arrête pas au tournage. Dans les années 1990, les Ewoks ont même atterri dans une affaire judiciaire autour de leur création, avec George Lucas amené à témoigner sur l’origine du concept. Selon les éléments rapportés par CBC, le scénariste Dean Preston affirmait avoir imaginé des créatures proches dans un script intitulé Space Pets. Lucas, lui, a maintenu que les Ewoks provenaient de son propre travail de développement autour de Return of the Jedi. Le tribunal a finalement tranché en faveur de Lucas. Comme quoi, même une tribu de petites bêtes peut déclencher de grandes querelles de propriété intellectuelle.

    Ce qui reste fascinant, ce n’est pas seulement le litige, mais le fait que les Ewoks n’aient jamais été nommés à l’écran dans la saga Skywalker. Jamais. Ils existent, ils se battent, ils vendent des jouets, ils inspirent des téléfilms et une série animée diffusée sur ABC entre 1985 et 1986, et pourtant le film ne leur donne même pas ce baptême verbal. Il y a là quelque chose de très Star Wars : une créature peut devenir iconique sans passer par la case explicative, parce que l’imaginaire collectif fait le boulot à la place du dialogue. La franchise a toujours mieux aimé fabriquer des mythes que les commenter.

    Au fond, le remplacement des Wookiees par les Ewoks dit beaucoup plus que l’histoire d’un simple changement de bestiaire. Il raconte une saga qui se réécrit en avançant, un créateur qui ajuste ses symboles à mesure que ses personnages prennent de l’épaisseur, et une machine à fantasmes qui préfère parfois le choc des contrastes à la cohérence de l’ébauche initiale. Ce n’est pas très propre, ce n’est pas très académique, mais c’est du cinéma populaire en état de marche. Et c’est peut-être pour ça qu’on continue d’en parler quarante ans plus tard, entre deux débats sur la meilleure trilogie, comme si des ours miniatures avaient encore quelque chose à nous apprendre sur la guerre des étoiles. Pas mal pour des figurants en fourrure, non ?

    Bande-annonce VF de Le Retour du Jedi

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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