Pour rappel, tout part d’un texte bien plus large : la loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, adoptée par l’Assemblée nationale fin janvier 2026 . Une loi dans la continuité directe de la vérification d’âge imposée aux sites pornographiques depuis août 2025 (autre polémique, même logique). Sauf que le texte a un angle mort assez évident : n’importe quel ado un minimum débrouillard sait qu’un VPN gratuit permet de faire croire qu’on surfe depuis Lisbonne plutôt que depuis sa chambre à Téteghem. D’où le glissement : après les réseaux sociaux, c’est le VPN qui devient la cible.
« Sur ma liste » : la phrase qui a mis le feu aux poudres

Le 30 janvier 2026, sur France Info, Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, lâche la formule qui va tout déclencher : « Ce n’est qu’un début, les VPN, c’est le prochain sujet sur ma liste » (France Info) . Elle reconnaît au passage que l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs sera difficile à faire respecter sans mesures complémentaires . Traduction : sans s’attaquer aux VPN, toute la loi risque de ressembler à une passoire.
La réaction ne se fait pas attendre. Xavier Niel ironise publiquement sur l’idée même d’interdire un VPN dans une démocratie , et les réactions politiques et associatives s’enchaînent en cascade. Bilan : la ministre passe en quelques jours du statut de technocrate discrète à celui de cible privilégiée de la twittosphère tech. Pas franchement l’ambition qu’on lui souhaitait pour démarrer l’année.
Rétropédalage express : « jamais été question de les interdire »

Face à la levée de bouclier, le gouvernement corrige le tir dès le 2 février 2026. Un porte-parole déclare, dans un communiqué relayé par BFMTV : « La ministre considère utiles les VPN pour de nombreux usages tout à fait légitimes, il n’a donc évidemment jamais été question de les interdire » . On appréciera la nuance : le gouvernement rejette l’interdiction totale, mais ne ferme pas la porte à des mesures pour les encadrer . Autrement dit, on recule d’un pas pour mieux avancer de côté.
Le député Philippe Latombe, lui, refuse de laisser filer l’histoire et dépose une question parlementaire pour sommer l’exécutif de clarifier officiellement sa position . La question reste sans réponse formelle pour le moment, mais ce ne serait franchement pas étonnant que le sujet revienne à l’Assemblée avant la fin de l’année.
Le vrai front, c’est le piratage (pas TikTok)

Ce que la communication gouvernementale planque un peu, c’est que le vrai lobbying anti-VPN vient d’ailleurs : de l’ARCOM. Le régulateur, engagé depuis 2025 dans une guerre d’usure contre les plateformes de streaming pirates comme Xalaflix, souhaite désormais impliquer directement les fournisseurs de VPN dans le blocage des sites illégaux, et envisage même d’interdire la promotion de ces outils quand ils servent à contourner les mesures de blocage, comme le détaille notre dossier sur les risques du streaming illégal. French-Stream, Zone Téléchargement ou PapyStreaming ont déjà été bloqués massivement en 2025, et l’automatisation du blocage par l’ARCOM rend le jeu du chat et de la souris de plus en plus intenable pour ces plateformes. Le VPN grand public paie ici les pots cassés d’une bataille qui n’a, au départ, rien à voir avec les mineurs et les réseaux sociaux.
Bruxelles dit oui, Paris tergiverse

Petit détail qui change tout : l’usage d’un VPN reste parfaitement légal dans toute l’Union européenne, la Cour de justice de l’Union européenne l’a encore rappelé en janvier 2026, tant que l’outil ne sert pas activement à des activités illégales . Un rappel de droit européen qui limite sérieusement la marge de manœuvre de n’importe quel exécutif national voulant taper directement sur les fournisseurs de VPN. Ce qui n’empêche pas certains projets français et européens d’envisager, sous couvert de lutte contre le terrorisme, le narcotrafic ou les ingérences étrangères, des mesures qui rognent un peu plus chaque année sur le chiffrement et la vie privée numérique .
Chat Control, le zombie législatif qui refuse de mourir
Et pendant que la France tergiverse sur ses VPN, l’Europe joue une partie bien plus lourde : celle du Chat Control. Ce dispositif de dérogation à l’ePrivacy, censé permettre le scan des messages privés pour détecter des contenus pédocriminels, avait expiré le 3 avril 2026 . Il a pourtant été ressuscité le 9 juillet 2026, dans une procédure accélérée de 48 heures qui a fait grincer pas mal de dents chez les défenseurs des libertés numériques . Le vote pour bloquer sa réintroduction a réuni 314 voix contre 276, alors qu’il fallait un seuil de 361 voix pour l’arrêter (The Register) . Résultat : la mesure repart pour deux ans, jusqu’en 2028, le texte devant maintenant repasser devant le Conseil de l’Union européenne, qui a trois mois pour l’approuver ou le rejeter .
Seule concession arrachée au forceps : un amendement excluant explicitement les communications chiffrées de bout en bout du champ du scan . WhatsApp et Signal respirent, le reste beaucoup moins. Le collectif Fight Chat Control résume la situation sans détour : « warrantless mass scanning of private messages continues until 2028 » (Fight Chat Control) , la bataille sur la version permanente, Chat Control 2.0, reprenant dès septembre 2026 .
VPN et chiffrement, même combat, même calendrier
Le parallèle est difficile à ignorer : d’un côté un gouvernement français qui teste le terrain sur les VPN pour combler les trous de sa loi sur les mineurs, de l’autre un Parlement européen qui rejoue depuis 2021 le même bras de fer autour du chiffrement des messageries . Dans les deux cas, l’argument de départ est irréprochable (protéger les enfants), et dans les deux cas, l’outil proposé menace directement la vie privée de tout le monde. Le péché originel de ce genre de texte, c’est toujours le même : vouloir résoudre un problème de société avec un marteau technique qui tape large.
En attendant que Paris se décide, ceux qui veulent continuer à utiliser un VPN en toute légalité auront intérêt à choisir un outil sérieux plutôt qu’une extension gratuite douteuse : notre comparatif des meilleurs VPN en 2026 passe au crible NordVPN, ProtonVPN, Surfshark et CyberGhost sur le no-logs, le déblocage streaming et le prix réel une fois l’abonnement renouvelé.
Pour l’instant, aucun VPN n’est interdit en France, ni ailleurs dans l’Union européenne. Mais entre une ministre qui met le sujet sur sa liste, un Chat Control ressuscité par surprise et une CJUE qui rappelle le droit à chaque occasion, la question n’est plus vraiment si mais quand et sous quelle forme le débat reviendra taper à la porte. On garde le popcorn à portée de main, et le VPN allumé, on ne sait jamais.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




