Avant de devenir un demi-dieu des franchises, Jason Momoa a commencé par se prendre une porte en pleine figure avec Conan le Barbare (2011). Le genre de faux départ qui rappelle qu’à Hollywood, la hache de guerre n’est pas toujours un accessoire de décor.
Pour comprendre le cas Conan, il faut remonter un peu. Le personnage né sous la plume de Robert E. Howard dans les années 1930 a déjà eu plusieurs vies à l’écran, mais c’est surtout le film de John Milius, Conan le Barbare (1982), avec Arnold Schwarzenegger, qui a figé l’imaginaire collectif. Ce long métrage a installé une version de la sword and sorcery à la fois brutale, mythologique et parfaitement taillée pour l’ère des épaules carrées. Résultat : quand un remake est lancé des décennies plus tard, il ne s’agit pas seulement de refaire un film, mais de passer sous les fourches caudines d’une légende. Et ça, c’est rarement une promenade de santé.
Le projet version 2011, mis en scène par Marcus Nispel après le succès commercial de son Massacre à la tronçonneuse (2003), arrive après des années de développement chaotique. Lionsgate finit par dégainer un budget de production annoncé à 90 millions de dollars. Sur le papier, Jason Momoa semble un choix logique : physique monumental, présence animale, aura de guerrier né. Sauf que le casting ne fait pas tout, et le box-office n’a pas la mémoire courte. Quand on relance une machine à fantasmes aussi identifiée, il faut plus qu’un torse huilé et trois éclairs de CGI.
Et c’est là que Conan le Barbare s’écrase : un démarrage poussif, des critiques tièdes, et une exploitation en salles qui tourne court.
Le sabre, le sable et la sortie de route
Le film sort aux États-Unis le 19 août 2011 et s’ouvre à 10 millions de dollars sur son premier week-end. À côté, ce n’est pas seulement maigre, c’est humiliant pour une production de cette taille. Le film termine sa carrière nord-américaine à 21,3 millions de dollars, pour un total mondial de 63,5 millions. Autrement dit, même avant de compter la promotion, le compte n’y est pas. Le budget marketing n’a jamais été rendu public, mais on n’a pas besoin d’un tableur de la NASA pour comprendre que l’affaire sent le boulet à plein nez.

Le contexte de sortie n’aide pas non plus. The Help et Rise of the Planet of the Apes tiennent le haut du pavé, tandis que Spy Kids 4: All the Time in the World lui passe devant au classement du week-end. Pas exactement la compagnie rêvée pour un barbare censé terrasser la concurrence. Sur Rotten Tomatoes, le film plafonne à 25 % chez les critiques et 30 % côté public. Le verdict est sec, mais pas mystérieux : le film veut être plus sale, plus moderne, plus “sérieux” que le modèle de 1982, tout en conservant l’emballage du blockbuster d’aventure. En clair, il cherche sa voie et finit par marcher sur sa propre épée.
Momoa, l’homme qui a pris le choc pour tout le monde
Avec le recul, Jason Momoa n’a jamais joué la langue de bois. En 2022, il a reconnu sans détour que le film était un ratage, allant jusqu’à dire, en substance, qu’il avait participé à des œuvres qui ne tenaient pas debout et que Conan avait été dévoyé en cours de route. De son côté, Marcus Nispel a décrit l’expérience comme un tournage sous contraintes, avec l’image très parlante du cinéaste tenu en laisse par le système. Voilà le genre de phrase qui dit tout de l’industrie hollywoodienne : on vous vend une fresque de liberté, et on vous livre une mécanique de compromis. Charmant.
Ce qui rend l’affaire intéressante, c’est que Conan le Barbare n’a pas ruiné Momoa. Au contraire, il a servi de faux départ avant Game of Thrones, puis Aquaman, qui a fini par faire de lui une tête d’affiche mondiale. Le film de 2011 ressemble donc à une étape de transition, presque à un rite de passage raté mais utile. On peut y lire une sorte de baptême du feu : l’acteur y apprend ce que signifie porter un projet trop lourd, trop attendu, trop chargé de mythologie pour tenir sur ses seules épaules. Le péché originel du film, ce n’est pas Momoa ; c’est d’avoir voulu refaire un mythe sans savoir quel mythe il voulait vraiment raconter.
Le retour du roi, ou presque
Et pendant que ce remake reste coincé dans les limbes du souvenir collectif, Arnold Schwarzenegger continue de faire planer l’ombre de King Conan, ce projet de suite qu’il a longtemps rêvé de voir aboutir. D’après les éléments relayés par la presse américaine, un nouveau chapitre serait en préparation avec Christopher McQuarrie à la réalisation. Rien n’est gravé dans le marbre, évidemment, parce qu’à Hollywood les annonces ont parfois la solidité d’un décor en contreplaqué. Mais l’idée est savoureuse : le Conan originel revient hanter la franchise, comme si le remake de 2011 n’avait été qu’un détour embarrassé sur le chemin du trône.
Au fond, Conan le Barbare version Momoa raconte très bien une époque où les studios pensaient encore qu’un nom connu, un héros musculeux et une licence culte suffisaient à faire tourner la caisse. On sait depuis que non. Il faut un point de vue, une vraie nécessité, un film qui sache pourquoi il existe. Sinon, on obtient un gros tas de muscles, de sable et de regrets. Et ça, même un barbare ne peut pas le découper à la hache.
Bande-annonce VF de Conan le barbare
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




