Randy Newman n’a pas seulement remis les mains dans la boîte à jouets de Pixar : il y a aussi glissé un peu de chaos très bien orchestré. Entre un chœur masculin pour Buzz Lightyear et un duo avec Taylor Swift obtenu à la dernière minute, Toy Story 5 sent déjà la mécanique huilée… et le petit coup de folie qui va avec.
Pour rappel, Randy Newman, 81 ans, reste l’une des signatures les plus identifiables du cinéma d’animation américain. Depuis Toy Story en 1995, il a accompagné la franchise de Pixar à travers ses suites, ses variations de ton et ses changements d’époque, tout en gardant ce mélange de tendresse ironique et de mélodie qui colle aux personnages comme du chewing-gum sous une semelle. Variety nous apprend qu’il revient pour Toy Story 5, attendu en salles le 19 juin 2026 aux États-Unis, sous la bannière de Disney/Pixar, avec Andrew Stanton à la réalisation et au scénario, et Jessica Choi à la production. Le film n’a pas encore livré ses chiffres définitifs de budget, mais on parle bien d’un mastodonte d’animation calibré pour la fenêtre estivale, là où Pixar tente encore de faire cohabiter prestige familial et logique de box-office.
La franchise, elle, n’a rien d’un petit miracle artisanal. Depuis le premier opus, Toy Story a transformé un concept presque absurde – des jouets qui existent quand on ne les regarde pas – en machine à fantasme industrielle, avec une rentabilité qui a longtemps fait rêver les comptables de Burbank. Le quatrième film, sorti en 2019, avait engrangé plus de 1 milliard de dollars dans le monde, preuve que Woody et Buzz restent des têtes d’affiche plus solides que bien des demi-dieux du MCU. Et c’est précisément là que le cinquième épisode devient intéressant : non pas parce qu’il « faut » le faire, mais parce que Pixar continue de passer le flambeau sans vraiment lâcher la main. Ou plutôt sans lâcher la peluche.
Ce qui est drôle, c’est que Randy Newman ne revient pas seulement pour remettre un peu de sucre dans la partition : il revient pour rejouer la vieille alchimie entre nostalgie, star power et bricolage de dernière minute.
Buzz Lightyear en mode chorale : le space ranger prend du coffre
Dans l’entretien relayé par Variety, Newman explique avoir écrit pour Buzz Lightyear une chanson portée par un chœur masculin. L’idée a quelque chose de délicieusement décalé : Buzz, ce soldat de l’infini persuadé d’être une légende galactique, se retrouve habillé d’une masse vocale presque virile à l’ancienne, comme si le personnage devait soudain monter sur l’Olympe des héros de foire. C’est le genre de détail qui dit beaucoup sur Pixar : derrière l’animation lisse, il y a toujours une petite idée de mise en scène sonore qui vient tordre le sens du personnage.
Et puis il y a le sous-texte. Buzz a toujours été le jouet de la croyance en soi, le demi-dieu du rayon jouets, celui qui a besoin qu’on le regarde pour exister. Le chœur masculin, lui, vient épaissir cette posture, la rendre presque grandiloquente – avec ce qu’il faut de second degré pour éviter le ridicule. Enfin, éviter le ridicule à moitié, disons-le franchement. Pixar adore ce point d’équilibre : faire sérieux avec des jouets, faire lyrique avec du plastique, faire vibrer une franchise qui pourrait, sans ça, se contenter de recycler sa poule aux œufs d’or.
Ce choix musical n’est pas anodin dans une saga qui a toujours utilisé la chanson comme outil narratif, pas comme simple bonus marketing. Chez Newman, la musique ne souligne pas seulement l’émotion ; elle fabrique la mémoire du film. C’est la différence entre un habillage et une vraie colonne vertébrale. Et dans une industrie où tant de suites se contentent de refaire la même chose en plus bruyant, ça compte.
Swift, minute papillon
Autre valeur : le duo avec Taylor Swift. Variety rapporte que Newman a reçu moins d’une heure de préavis pour enregistrer avec elle. Moins d’une heure. Le genre de timing qui, dans n’importe quel autre studio, ferait suer tout le monde à grosses gouttes. Ici, ça devient presque une anecdote de légende, un petit miracle de logistique hollywoodienne où la pop star la plus scrutée de sa génération croise un compositeur qui a traversé les époques sans jamais avoir besoin de se déguiser en phénomène.
Le détail est savoureux parce qu’il résume à lui seul l’état du cinéma de franchise aujourd’hui : les studios veulent des événements, des passerelles, des croisements de publics, des signatures immédiatement reconnaissables. Taylor Swift, c’est le pont vers une autre économie de l’attention ; Randy Newman, c’est la continuité d’un langage Pixar qui remonte à l’époque où le studio cherchait encore sa place face à Disney et DreamWorks. Le duo n’est pas seulement une anecdote de coulisses. C’est une stratégie de circulation culturelle, version propre et brillante.
Et puis, soyons honnêtes : faire chanter Taylor Swift à la dernière minute, c’est le genre de geste qui donne à un projet une aura de spontanéité alors qu’il est probablement verrouillé depuis des mois. Hollywood adore faire semblant que tout arrive par hasard. C’est sa façon de garder le mythe vivant. Le vrai sujet, ici, c’est moins la chanson que la manière dont Pixar continue de fabriquer du prestige avec des objets ultra-industriels.
Le vieux Randy, la vieille école et le business des suites
En réalité, le retour de Newman dit quelque chose de plus large sur la place des compositeurs dans les franchises modernes. Dans les années 1990, un score pouvait encore signer une identité. Aujourd’hui, entre les impératifs de marque, les tests publics et la pression du streaming, beaucoup de musiques de blockbusters finissent par se ressembler comme des clones un peu fatigués. Newman, lui, reste un monstre sacré parce qu’il a toujours su écrire à hauteur d’émotion sans se noyer dans le pathos. Il a ce petit grain de sable dans la machine qui empêche le tout de devenir trop propre.
Et c’est précisément ce que Toy Story 5 devra éviter de perdre : cette tension entre le sentiment et l’ironie, entre la nostalgie et la lucidité. La franchise a déjà connu plusieurs âges, plusieurs fins supposées, plusieurs tentatives de fermeture de boîte. Revenir une fois de plus, c’est prendre le risque de tirer une balle dans le pied si l’on ne trouve pas une vraie nécessité dramatique. Mais Pixar n’est pas totalement idiot non plus (oui, on sait, ça se discute). Le studio a encore la capacité de transformer une suite en objet de cinéma plutôt qu’en simple ligne de produits dérivés.
Reste la question qui fâche un peu : jusqu’où peut-on étirer une saga sans la vider de sa substance ? La réponse, pour l’instant, tient dans une chanson, un chœur masculin et un enregistrement express avec Taylor Swift. Pas mal pour une franchise née d’un tas de jouets en plastique. Pas mal du tout. Et si Buzz Lightyear finit par chanter comme un baryton de gala, on promet de ne pas faire semblant d’être surpris.
Quand la dernière prise arrive en moins d’une heure, soit c’est du génie, soit c’est Hollywood qui a encore oublié de prévenir tout le monde.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.




