Pour rappel, l’histoire commence en 2023 dans la plus pure tradition hollywoodienne du gaspillage structuré. Les frères Russo, les gars qui ont signé Avengers : Infinity War et Endgame, autrement dit les demi-dieux du blockbuster Marvel, débarquent chez Amazon avec une idée aussi simple que démesurée : créer un univers étendu d’espionnage à la hauteur du MCU, mais pour la télévision. Jen Salke, alors patronne d’Amazon Studios, signe le chèque sans trop regarder les décimales. Budget initial : 160 millions de dollars. Budget final, après reshoots, réécriture, nouvelles directions créatives et valium collectif : entre 250 et 300 millions de dollars pour six épisodes. Deuxième série la plus chère de l’histoire, juste derrière Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux de Pouvoir (400 millions, même maison, même folie). C’est le genre de statistique qui fait ricaner tout le monde, sauf les comptables d’Amazon.
Le Fonds de Pension de l’Espionnage
La saison 1 sort donc en avril 2023. Rolling Stone la qualifie de « $300 million disaster » et franchement, ce n’est pas totalement injuste. La série est visionnée, Amazon refuse de partager les chiffres précis, ce qui en dit déjà beaucoup, mais elle ne devient jamais le phénomène de société espéré. Pas de discussions dans les open spaces, pas de mèmes, pas de cosplay de Richard Madden en Mason Kane au Comic-Con. Les spin-offs Citadel : Diana (Italie) et Citadel : Honey Bunny (Inde) sont lancés dans la foulée, accueillis tiédement, puis annulés en avril 2025. Jen Salke, premier soutien de la franchise, quitte Amazon Studios. La machine à fantasmes déraille.
Ce qui se passe ensuite est presque comique dans son désespoir. The Hollywood Reporter rapporte que les investisseurs sont « not at all satisfied » par les premières images de la saison 2. On réécrit. On retourne. On repousse à l’automne 2025, puis au printemps 2026. Joe Russo prend les commandes de la réalisation des sept épisodes, tous, comme si confier les clés à un seul capitaine suffisait à éviter le naufrage. Et le 6 mai 2026, les sept épisodes débarquent d’un bloc sur Prime Video, sans attente hebdomadaire, ce qui est la façon polie de dire : « on préfère que vous ne preniez pas le temps de décrocher entre deux épisodes ».

Mason Kane, Toujours Debout (Mais Pour Combien de Temps)
Le trio central est de retour : Richard Madden dans la peau de Mason Kane, agent retourné contre sa propre agence après avoir découvert que sa mère, Dahlia Archer, jouée avec une délicieuse perversité de PTA en mode géopolitique par Lesley Manville, dirigeait l’organisation ennemie. Priyanka Chopra Jonas est toujours là en Nadia Sinh, Stanley Tucci en Bernard Orlick, et cette saison 2 élargit le casting avec Jack Reynor en agent de la CIA, Matt Berry et la Française Lina El Arabi. La nouvelle menace ? Un certain Paolo Braga, milliardaire trouble incarné par Gabriel Leone, que James Hutch (Reynor) est chargé de traquer. Le manuel du thriller d’espionnage est consulté, les cases sont cochées.
Ce qui change, et c’est honnêtement la meilleure nouvelle de la saison, c’est que Stanley Tucci a enfin du temps d’antenne à la hauteur de ce que son visage mérite. The TV Cave le qualifie de « MVP, delivering lines with a level of weary sarcasm that suggests he knows exactly how ridiculous this all is ». Ce qui est aussi la critique la plus lucide qu’on puisse faire de la série entière : quelqu’un, à l’écran, sait que c’est absurde, et ça fait un bien fou. Le duo Madden / Chopra Jonas assure ce qu’on attend d’eux, regarder dans le lointain avec des pommettes bien éclairées pendant les explosions, mais c’est la couche comique apportée par Berry et Tucci qui donne à cette saison un semblant de conscience de soi.
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Du Budget, des Plans, des Coups de Poing (Six par Coup de Poing)
Parlons de l’action, puisque c’est officiellement la raison d’être de la série. Les séquences sont propres, les gadgets improbables comme il se doit, les décors internationaux ont l’air coûteux, parce qu’ils l’ont été. The TV Cave note que « it hits the gas and forgets where the brakes are, which is exactly what a show with this budget should be doing ». Sauf que le Journal du Geek met le doigt sur quelque chose de plus gênant : l’action est omniprésente, mais charcutée si énergiquement qu’on n’aurait pas cru possible de faire six à sept plans pour un seul coup de poing. Voilà le paradoxe de Citadel en une formule. On a dépensé autant que James Cameron sur deux films pour livrer un montage qui fait honte à certaines productions à budget microscopique. L’argent est à l’écran. La lisibilité, moins.
La narration suit la même logique de vitesse compulsive. Les sous-intrigues s’enchaînent et disparaissent avant qu’on ait eu le temps de s’y attacher. Le récit récupère les fils laissés par Diana et Honey Bunny, les deux spin-offs annulés, et tente de les intégrer à la trame principale avec plus de grâce qu’on ne l’espérait. Mais « mieux qu’on espérait » sur une série dont on espérait peu, c’est une barre qu’on pose à hauteur de genou.
« Citadel mime une qualité qu’elle n’a pas. Et soudain, on se souvient pourquoi la première saison n’était pas restée dans nos mémoires. », Journal du Geek
C’est une phrase qui fait mal parce qu’elle est juste. La pierre polie qui se déguise en diamant. Le problème n’est pas que Citadel soit une catastrophe à regarder, on peut facilement trouver plus affreux sur les services de vidéo à la demande. Le problème est que pour 300 millions de dollars, on est en droit d’attendre autre chose que « correcte ». Pour ce budget, on a The Day of the Jackal qui enterre son camarade sans même transpirer, jetez un œil à sa fiche NRmagazine. Eddie Redmayne y prouve ce qu’un thriller peut faire quand il choisit la tension sur la pyrotechnie.
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La Franchise Qui Ne Voulait Pas Mourir
La question stratégique est, à ce stade, aussi intéressante que la série elle-même. Prime Video avait une ambition claire : installer Citadel comme fer de lance d’une grande marque d’espionnage mondiale, capable de rivaliser avec le modèle Marvel, des œuvres nationales interconnectées, un univers étendu qui traverse les langues et les cultures. L’Italie. L’Inde. Et ensuite, le monde entier. Sauf que les spin-offs sont morts avant même d’avoir été vus par 5 % du public cible, Jen Salke est partie, et les projets d’extension ont été suspendus sine die. Ce qui reste, c’est une série principale qui doit porter à elle seule le poids d’un univers entier, et qui n’avait déjà pas les épaules pour ça en saison 1.
Joe Russo, qui réalise lui-même l’intégralité des sept épisodes cette fois, semble avoir compris qu’il fallait resserrer la vis. Plus de cohérence de mise en scène, un ton plus affirmé, une conscience plus aiguë de ce que la série veut être. C’est perceptible. Le problème, c’est que ce que la série veut être reste un produit intermédiaire entre le blockbuster de salle et la série de prestige, qui échoue à atteindre pleinement les deux. On n’est ni dans Jason Bourne ni dans The Americans. On est dans le couloir entre les deux, à regarder les panneaux sans vraiment entrer nulle part.
300 Millions, C’est le Prix du Ticket
Alors, raté ou pas ? La réponse honnête est : à moitié, ce qui dans ce contexte budgétaire ressemble à un échec complet. Citadel saison 2 est une série fonctionnelle, esthétiquement soignée, portée par un casting qui s’amuse davantage qu’en 2023, avec Stanley Tucci en tête de peloton et Matt Berry en bonus inattendu. Elle est regardable, bingeable, consommable, digeste. Elle répond aux critères de ce que Prime Video fabrique désormais : du divertissement calibré pour les soirées sans prise de tête, globalement satisfaisant, rapidement oublié. Le problème, c’est qu’elle coûte le PIB d’un pays de taille intermédiaire pour vous offrir exactement ça.
Le Journal du Geek le formule avec une froideur chirurgicale : on pourrait comprendre que les dirigeants de Prime Video décident de fermer définitivement les vannes en se disant « ce n’est pas un échec, ça n’a pas marché. Trop cher pour ce que c’est ». Et c’est précisément là que Citadel saison 2 se joue son propre avenir, dans les prochaines semaines, sur des tableaux Excel que personne en dehors de Santa Monica ne verra jamais. Richard Madden peut avoir les plus belles pommettes du streaming international, et il les a, mais aucun profil suffisamment sculpté ne justifie une troisième saison si les chiffres ne suivent pas.
En attendant, les sept épisodes sont là, disponibles d’un bloc depuis le 6 mai. On peut se les faire en un week-end, oublier les trois quarts une semaine plus tard, et se souvenir vaguement que Tucci était bien. C’est le destin de Citadel : être la série dont on retient un acteur secondaire, jamais le titre.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.
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