Homelander
Le point de départ est d’une clarté presque clinique. Homelander a gagné. Pas à moitié, pas de justesse, complètement. Les États-Unis sont tombés. La démocratie est devenue un décor de carton-pâte derrière lequel Vought organise ses rafles, ses camps d’internement pour opposants, ses messes médiatiques avec influenceurs payés à la story. Hughie, La Crème et le Français croupissent dans un « Camp de la Liberté » (attention euphémisme) pendant qu’Annie/Starlight tente de ressusciter une résistance qui ressemble surtout à un groupe de messagerie instantanée mal organisé. Et Butcher, lui, refait surface avec un virus hérité de Gen V, capable d’anéantir tous les Supers de la planète, dans la poche et le sourire de quelqu’un qui a définitivement décidé que la fin justifie les moyens.
C’est le climax qu’Eric Kripke promettait depuis des années. Et pour une fois, le showrunner tient sa parole. Le monde de la série s’est logiquement accompli : si vous dessinez pendant quatre saisons la trajectoire d’un narcissique surpuissant qui se croit au-dessus de toute loi, vous arrivez forcément à ce tableau, un pays qui plie le genou devant son propre bourreau, non pas par stupidité, mais parce que le marketing de la peur, ça marche. Ça a toujours marché. La série le sait. Elle l’a toujours su.
« The series directly speaks to the harried political climate of 2026 with its focus on rising fascism and the ultimate power and subsequent fragility of hope », écrit IGN dans sa critique des sept premiers épisodes. On peut difficilement leur donner tort.
Sauf que, et c’est là où The Boys fait un choix audacieux, ou paresseux selon l’humeur, la série refuse de devenir un cours magistral. Elle tend toujours son miroir à l’Amérique de 2026, elle cite Trump sans le nommer, elle dessine des émeutes d’extrême-droite en laser et en gore. Mais elle préfère tout faire péter plutôt que de vous expliquer ce que vous voyez.
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Sale gosse jusqu’au bout des tripes
Parce qu’il faut en parler : The Boys saison 5 est encore plus scato, encore plus trash, encore plus puérilement excessive que tout ce qui précède. Plus de caca, plus de sperme, plus de démembrements réjouissants filmés avec l’amour du détail d’un artisan charcutier. Première résume ça avec une formule qu’on aurait aimé trouver : la série « continue d’asseoir ses personnages sur des coussins pèteurs, histoire de détendre l’atmosphère. » On rit. On grimace. On rit encore. C’est le contrat depuis 2019, et Kripke ne le rompt pas.
Ce refus obstiné de grandir, de se prendre au sérieux, de troquer le gore jubilatoire contre un finale émo et moralisateur, c’est à la fois la plus grande force et la plus grosse limite de cette saison conclusive. La série reste un sale gosse insolent. Et ça lui va très bien. Le problème, c’est qu’un sale gosse qui répète toujours les mêmes blagues finit par lasser même ses meilleurs potes.
Car oui, il y a un problème de rythme. IGN parle d’une intrigue molle, qui s’étire. Empire note que la progression dramatique prend tout son temps. En français dans le texte : les épisodes font tous plus d’une heure (histoire de tester les limites des vessies humaines), et la première partie de saison tourne légèrement en rond autour du fameux virus anti-Supers, leitmotiv qui commence à ressembler à un prétexte narratif qu’on sort du tiroir faute de mieux. Ce n’est pas rédhibitoire. C’est juste un peu répétitif pour une série qui a construit sa réputation sur la surprise.
Butcher contre Dieu, Round Final
Ce qui sauve tout, absolument tout, c’est le duo Karl Urban / Antony Starr, qui pousse ici ses performances dans une zone qu’on ne leur connaissait pas encore. Starr en particulier livre quelque chose de proprement dingue : Homelander en phase terminale de messianisme, convaincu de sa propre divinité, oscillant entre la tendresse d’un père de banlieue et la terreur d’un dictateur qui a raté son shot de lithium. C’est le rêve ultime du personnage de super-héros retourné. Un miroir concave qui grossit jusqu’à l’absurde tout ce que le genre superhéroïque a toujours refoulé.
Urban, de son côté, joue Butcher comme un homme qui a décidé d’embrasser sa propre damnation avec le sourire. La dynamique entre les deux, pas vraiment des ennemis, pas vraiment des semblables, quelque part entre Moby Dick et Macbeth, reste le fer de lance émotionnel de la série. Et la saison 5 le sait. Elle mise dessus. Pas toujours avec subtilité, mais avec une conviction qui emporte le morceau.
À noter aussi le retour de Jensen Ackles en Soldier Boy, et l’arrivée de Jared Padalecki dans ce qui constitue officiellement la réunion la plus gore de l’histoire de Supernatural (oui, encore). Jeffrey Dean Morgan complète le tableau. Kripke n’a jamais caché son affection pour ses anciens partenaires, on se demande juste si cette triple présence relève de la fidélité artistique ou du fan service bien huilé. La réponse est probablement les deux.
Kripke ne relit pas Garth Ennis, il lui rend les clés
Ce qui frappe dans cette saison finale, c’est la conscience qu’a Kripke de ce qu’il a créé, et de ce qu’il ne peut pas, ne veut pas, changer. L’adaptation des comics de Garth Ennis et Darick Robertson a toujours assumé son côté bande dessinée ultraviolente, refusant la respectabilité des productions câblées premium au profit d’une ambition plus sale, plus directe, plus viscérale. Cette saison 5 ne cherche pas la rédemption narrative. Elle cherche la cohérence. Et sur ce point, elle réussit.
Variety titrait sa critique : « The Boys ends right on time », se termine au bon moment. C’est dit sans cruauté, mais c’est dit quand même. La série n’avait probablement pas deux saisons de plus en elle. À trop repousser le climax, Kripke aurait fini par diluer ce qu’il avait construit. Huit épisodes. Une conclusion qui fait le job. La machine s’arrête proprement, dans un bain de sang digne du meilleur Ennis.
The Guardian parle d’un « horrifying pleasure » pour qualifier ces derniers épisodes. L’expression est parfaite. The Boys a toujours été une série inconfortable, inconfortable pour le genre qu’elle parodie, inconfortable pour le pays qu’elle dissèque, inconfortable pour le spectateur qui rit et se demande ensuite pourquoi il rit. Cette saison finale ne guérit pas cet inconfort. Elle l’emporte avec elle, comme un souvenir qu’on n’est pas sûr de vouloir garder mais qu’on garde quand même.
Le Verdict des Supers (et des humains)
Au fond, The Boys saison 5 sera probablement jugée à l’aune de son finale, le 20 mai 2026, dernier épisode, rideau. Ce qu’on peut dire en l’état : la série aborde sa ligne d’arrivée debout, couverte de sang et avec un sourire narquois. Elle n’a pas mué. Elle n’a pas cherché à se racheter une conduite. Elle a juste été, jusqu’au bout, exactement ce qu’elle a toujours promis d’être : la série de super-héros la plus cynique, la plus drôle et la plus politiquement chargée que la télévision ait produite depuis le Nouvel Hollywood des années 70.
Répétitive ? Oui. Vulgaire au-delà du raisonnable ? Franchement oui. Mais dans un paysage sériel où les franchises superhéroïques s’étiolent dans leur propre légèreté (le MCU tousse, le DCEU s’est reconstruit de zéro), Kripke a eu le culot de faire le contraire, densifier, noircir, radicaliser. C’est la meilleure chose qui pouvait arriver au genre.
Et si la satire finit par être dépassée par la réalité qu’elle dépeint, si Homelander ressemble de moins en moins à une exagération et de plus en plus à un reportage, ce n’est plus vraiment le problème de la série.
C’est le nôtre.
The Boys, Saison 5
Showrunner : Eric Kripke
D’après les comics de Garth Ennis et Darick Robertson
Avec : Karl Urban, Antony Starr, Jensen Ackles, Jared Padalecki, Jeffrey Dean Morgan
8 épisodes, durée par épisode : 60 à 75 min
Disponible sur Prime Video depuis le 8 avril 2026, Finale le 20 mai 2026
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.
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