Fellowship of the Dull
Sur le papier, Unchosen coche toutes les cases du thriller psychologique britannique qui claque. Une communauté religieuse fictive baptisée la Fellowship of the Divine, isolée dans la campagne du Surrey, filmée à Shepperton Studios dans une lumière basse et des ombres permanentes pour que, selon les mots du réalisateur Jim Loach (Criminal Record), « on sente toujours quelqu’un tapi dans le coin du cadre ». Molly Windsor (impeccable) vit là avec Asa Butterfield, mari doux-amer et dévoué membre de la secte, et leur fille Olivia Pickering dans le rôle de Grace, atteinte d’un trouble auditif. Puis arrive Fra Fee, vagabond mystérieux, ex-détenu, peut-être sauveur, peut-être prédateur, le genre de type dont les yeux disent « je cache quelque chose » depuis la scène d’ouverture jusqu’au générique de fin.
La créatrice Julie Gearey, connue pour Prisoners’ Wives (BBC, 2012-2013) et l’oubliée Intergalactic (Sky, 2021), signe ici un thriller d’emprise où la secte sert de décor à une triangulation sentimentale, puis à un home-invasion, puis à une réflexion sur le pardon chrétien, puis à une critique du patriarcat religieux, puis à… bah on ne sait plus trop. C’est précisément là le problème.
L’Asa des miracles (et des naufrages)
Asa Butterfield, qu’on avait laissé adolescent attachant dans Sex Education, incarne ici Adam avec ce même visage enfantin, cheveux ras, yeux bleus légèrement perdus, désormais retourné contre lui. Le personnage est crédible dans sa servilité, dans sa lâcheté confortable de croyant qui ne pose pas de questions parce que les réponses l’arrangeraient trop. Le problème, ce n’est pas l’acteur. C’est que le scénario ne sait pas quoi faire de lui passé l’épisode 3. Il devient une fonction narrative, mari manipulé puis mari dépassé puis mari en crise, sans jamais atteindre la profondeur psychologique que le sujet réclamait.
Fra Fee joue Sam comme on jouerait une énigme de Sudoku : méthodique, lisible dès la deuxième case, sans surprise dès que la grille se complète. Sa présence déplace la série vers le thriller de genre classique, cet étranger charismatique qui réveille les désirs refoulés de la femme soumise, un schéma aussi vieux qu’Un tramway nommé désir, mais beaucoup moins bien écrit.
« Unchosen n’a rien d’original. C’est un drame convenu », tranche The Guardian, qui poursuit, implacable : « It’s entertaining enough, undemanding fare, but you might wish you had chosen other ways to spend your four hours. »
On ne dira pas qu’ils ont tort.
Eccleston et Finneran : les vrais élus d’une série qui les gaspille
Christopher Eccleston en Mr. Phillips, chef patriarcal de la Fellowship, est la seule vraie raison de s’accrocher aux trois premiers épisodes. L’acteur fait ce qu’il fait de mieux depuis des années : incarner la violence institutionnelle avec un sourire de dimanche matin. Siobhan Finneran (Mrs. Phillips) apporte cette solidité glaçante qui transforme chaque scène en terrain miné. Ces deux-là méritaient une autre série. Ou au moins un scénario qui leur offre une vraie chute.
The Times note, avec cette bienveillance britonnique polie, que ce qui suit est « un drame psychologique imprévisible, si finalement mélodramatique, propulsé par de sombres manipulations », ce qui est une façon très élégante de dire que ça part dans tous les sens sans jamais décoller vraiment. Metacritic plafonne à 40/100 côté Guardian, 60/100 côté Times. Le public AlloCiné est, comme toujours, coupé en deux : entre ceux qui ont dévoré les six épisodes d’une traite et ceux qui n’ont pas tenu une demi-heure face à l’accumulation de clichés.
Le Problème de la Secte (qui n’est pas vraiment une secte)
C’est là que Unchosen commet son péché originel. La Fellowship of the Divine n’existe que comme toile de fond, jamais comme sujet. Gearey esquisse les rituels, les punishments (isolement, humiliation), la répartition genrée des rôles, mais refuse de s’y enfoncer vraiment. Quand a-t-elle été fondée ? Comment recrute-t-elle ? Qu’est-ce qui pousse des gens à rester ? Mystère. La série survole son propre sujet central avec une désinvolture qui finit par énerver. On a vu The Path (Hulu, 2016-2018), Wild Wild Country, The Vow, Under the Banner of Heaven, on sait ce que ça donne quand quelqu’un prend le mécanisme sectaire au sérieux. Ici, la secte n’est qu’un décor gothique de campagne anglaise, un prétexte à la claustrophobie, une boîte à tensions conjugales.
Jim Loach filme ça avec de jolies intentions esthétiques, la lumière basse du Surrey, les bois de la première scène que Molly Windsor elle-même décrit comme « quelque chose de beau et de serein », mais la mise en scène reste au service d’une atmosphère qui ne se densifie jamais en véritable angoisse psychologique. C’est beau à regarder. Mais un beau vide reste un vide.
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Six Épisodes pour Rien de Divin
La structure en six épisodes, qui devrait être un avantage (pas de remplissage, pas de saison 3 de trop), devient ici un handicap révélateur. La première moitié est trop lente, installant des personnages que le scénario ne développera jamais vraiment. La seconde moitié accélère dans la mauvaise direction, vers le thriller d’action domestique, gonflant le tout de rebondissements qui sentent le retournement de situation pour retournement de situation. Tournage commencé en août 2024, bouclé en décembre, mis en ligne le 21 avril 2026, il a fallu presque deux ans pour aboutir à un résultat que The Guardian résume en quatre mots : « a total waste of talent ».
Molly Windsor porte l’ensemble avec une sincérité qu’elle ne doit rien au script. Elle est le seul personnage dont on ressent vraiment les contradictions internes, la foi conditionnée, le désir refoulé, la culpabilité maternelle. Dans une meilleure série, elle crèverait l’écran. Ici, elle fait le job dans un véhicule qui ne va nulle part.
« Unchosen raises absorbing questions but never develops them into something psychologically compelling or narratively suspenseful », conclut Moviesr.net, avec la précision chirurgicale d’un diagnostic qu’on ne peut pas vraiment contester.
Verdict : Tu Peux Passer Ton Chemin, Mais Molly Mérite Mieux
Unchosen est numéro 1 au classement JustWatch France ce 22 avril 2026 (oui, ça aussi ça dit quelque chose, pas forcément de flatteur sur l’état du catalogue Netflix cette semaine). C’est le genre de série qu’on se farcit un dimanche après-midi de pluie, qu’on ne déteste pas vraiment, et qu’on aura oublié avant le prochain dîner. Un potentiel de Sharp Objects, une exécution de téléfilm de troisième saison. Christopher Eccleston, Siobhan Finneran, Asa Butterfield, Molly Windsor : c’est un casting de prestige au service d’un scénario qui n’a pas su choisir son camp entre l’étude de mœurs et le thriller de gare. La Fellowship of the Divine a au moins le mérite d’être cohérente dans ses croyances. La série, beaucoup moins.
Julie Gearey a été nominée aux BAFTA. On lui souhaite sincèrement une meilleure prochaine fois.
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La bande-annonce qui promettait plus que la série ne tiendrait, une tradition Netflix bien établie.
Unchosen, Créé par Julie Gearey. Réalisé par Jim Loach et Philippa Langdale. Avec Molly Windsor, Asa Butterfield, Fra Fee, Christopher Eccleston, Siobhan Finneran. 6 épisodes. Disponible sur Netflix depuis le 21 avril 2026.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.
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