Ce qu’il faut savoir
- Expendables 4 a généré seulement 51 millions de dollars mondial pour un budget de 100 millions.
- Le film est le pire démarrage de la franchise avec 8,3 millions de dollars lors du premier week-end américain.
- Stallone n’était pas impliqué créativement dans le quatrième opus, il s’est contenté de jouer un rôle secondaire.
- Un accord entre Lionsgate et Millennium Media, signé en novembre 2025, relance officiellement la franchise.
- Un cinquième volet est envisagé mais pas confirmé : il pourrait prendre une forme radicalement différente.
- Jean-Claude Van Damme aurait manqué le film pour deux millions de dollars de différence sur son cachet.
Il y a des naufrages qui font du bruit. Il y en a d’autres qui, dans un silence gêné, coulent à pic devant tout le monde, sans que personne ne veuille vraiment en parler. Expendables 4, sorti en septembre 2023, appartient à la seconde catégorie. Un budget de 100 millions de dollars. Un casting « rajeuni » avec 50 Cent, Megan Fox et Tony Jaa. Et une ouverture américaine si catastrophique qu’elle a laissé l’industrie sans voix. La question n’est donc plus de savoir si le film a échoué. Elle est plus brutale que ça : la franchise peut-elle encore se relever ?
La réponse, mi-2026, tient en un mot : peut-être. Pas de date. Pas de scénario officiel. Pas de casting confirmé. Mais un accord industriel qui change tout, et des intentions affichées qui méritent qu’on les prenne au sérieux.
Quand un blockbuster tombe plus bas que ses propres attentes

Le 22 septembre 2023, Expend4bles débarque dans les salles américaines. Le lendemain matin, les chiffres tombent : 8,3 millions de dollars de recettes lors du premier week-end. C’est quatre fois moins que le lancement du premier opus en 2010, qui lui avait récolté 34 millions. La concurrence ? La Nonne II de Warner Bros., un film d’horreur à l’univers épuisé, et pourtant, c’est lui qui remporte le week-end haut la main.
En France, le bilan est à l’avenant. Là où le premier Expendables avait séduit 1,6 million de spectateurs et le second près de 1,9 million, le quatrième volet ne réunit que 327 756 entrées. Nommé aux Razzie Awards 2024, récompenses parodiques des pires films de l’année, Expendables 4 termine son parcours avec un total mondial d’environ 51 millions de dollars, bien loin de rembourser ses coûts de production, sans même parler du marketing.
| Film | Année | Budget | Ouverture US | Total mondial | Entrées France |
|---|---|---|---|---|---|
| The Expendables | 2010 | 80 M$ | 34 M$ | 274 M$ | 1 600 000 |
| The Expendables 2 | 2012 | 100 M$ | 28 M$ | 314 M$ | 1 900 000 |
| The Expendables 3 | 2014 | 90 M$ | 15 M$ | 214 M$ | 1 000 000 |
| Expendables 4 | 2023 | 100 M$ | 8,3 M$ | ~51 M$ | 327 756 |
Stallone absent, scénario bâclé : l’autopsie d’un échec annoncé

Dolph Lundgren, l’une des figures les plus honnêtes de la franchise, n’a pas mâché ses mots dans les semaines qui ont suivi la sortie du film. Pour lui, le mal est identifié clairement : « Le problème est venu du scénario, qui n’était pas bon. Et le réalisateur a été remplacé un mois avant le tournage. » Scott Waugh, propulsé à la tête du projet dans un contexte de chaos organisationnel, n’a pas pu redresser la barre. Le film souffre d’un CGI très critiqué, d’une narration molle et d’un manque de cohésion flagrant entre ses personnages.
Mais le vrai problème, celui que personne ne voulait admettre à l’époque, est simple : Sylvester Stallone n’était pas aux commandes. Il n’a fait qu’interpréter un personnage secondaire, laissant Jason Statham porter le film sur ses épaules. Or, la magie d’Expendables, depuis le début, c’est Stallone : sa vision de la nostalgie, son obsession de réunir les icônes de l’action, son sens du spectacle old school. Quand il s’efface, la saga perd son âme.
À cela s’ajoute le cas Jean-Claude Van Damme. L’acteur belge, absent du quatrième opus, a confié qu’il avait failli y participer, mais que les négociations ont capoté à cause de deux millions de dollars de différence sur son cachet. Le producteur avait proposé 18 millions, lui en demandait 20. La discussion s’est arrêtée là. Deux millions entre un acteur et un rôle dans une franchise déjà fragilisée : la symbolique dit tout d’un projet qui avait perdu le sens des priorités avant même de tourner la première scène.
Le grand rachat de novembre 2025 : Lionsgate relance la machine
Tout semblait enterré. Et pourtant. En novembre 2025, un accord majeur entre Lionsgate et Millennium Media vient rebattre les cartes. Lionsgate acquiert les droits de développement et de production de toutes les œuvres dérivées de la franchise : films, séries, jeux vidéo, expériences immersives. Le studio récupère aussi, dans la foulée, les droits mondiaux de distribution du futur volet Rambo.
Le COO de Lionsgate, Brian Goldsmith, ne cache pas ses ambitions : « Cet accord élargit notre portefeuille de franchises d’action emblématiques et réaffirme notre engagement à les faire vivre sur tous les supports. Nous avons hâte de réinventer The Expendables. » Le mot est lâché : réinventer. Ce n’est pas « continuer », ce n’est pas « produire une suite ». C’est repartir d’une nouvelle vision.
Lionsgate, c’est le studio derrière John Wick et Hunger Games, deux franchises qui ont su renouveler leur formule tout en restant fidèles à leur ADN. Ce n’est pas anodin. Si quelqu’un sait comment transformer une marque vieillissante en or contemporain, c’est bien ce studio-là. Jonathan Yunger, président de Millennium Media, évoque un partenaire qui saura redonner « l’envergure et la puissance » que la saga mérite.
À quoi pourrait ressembler Expendables 5 ?
L’état actuel du projet est un brouillard stratégique assumé. Stallone, selon les déclarations de Dolph Lundgren, travaillerait sur un scénario depuis 2024. Sa vision semble plus personnelle, plus centrée sur le personnage de Barney Ross, peut-être comme un chapitre final. Mais entre les intentions d’un acteur de 79 ans et le calendrier d’un studio qui veut « réinventer » la franchise, le fossé peut être immense.
Plusieurs scénarios coexistent dans les coulisses d’Hollywood. Le premier : un cinquième film canonique, porté par Stallone et Statham avec un budget maîtrisé. Le second, et c’est celui qui circule le plus sérieusement, : une série streaming qui relancerait la franchise à moindre risque financier, avec un casting élargi et plus de liberté narrative. Le troisième : un soft-reboot au cinéma, confiant le flambeau à une nouvelle génération tout en conservant quelques figures historiques.
Ce qui est certain, c’est que le modèle original, rassembler des stars vieillissantes pour une ode à la virilité explosée, ne fonctionne plus en l’état. Le public l’a dit clairement avec ses absences en salles. La prochaine itération devra choisir : nostalgie assumée avec une production irréprochable, ou rupture courageuse avec le passé. L’une ou l’autre option peut fonctionner. Les deux à moitié, comme Expendables 4 l’a prouvé, mènent droit au désastre.

Une franchise qui vaut encore quelque chose
Malgré tout, une chose reste vraie : la marque Expendables existe. Elle a une histoire, une fidélité, un imaginaire. Les trois premiers films ont cumulé plus de 800 millions de dollars de recettes mondiales. Ce patrimoine ne disparaît pas en un échec. Et l’appétit du public pour l’action au cinéma, comme le prouvent les succès de John Wick 4 ou de Mission Impossible : Dead Reckoning, est loin d’être mort.
Le problème d’Expendables n’est pas le genre. C’est la qualité d’exécution. Un scénario tenu, une mise en scène incarnée, un ou deux acteurs bankable véritablement investis, et la recette peut de nouveau opérer. Lionsgate semble avoir compris cela. Ce qui reste à voir, c’est si les ambitions affichées survivront au premier contact avec la réalité d’une production hollywoodienne contemporaine.
Expendables 5 n’est ni mort ni vivant. Il est en suspension. Dans cet espace précis où les franchises décident de ce qu’elles veulent être. Certaines en sortent transformées. D’autres n’en sortent pas.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



