On ne l’attendait pas forcément. Un feuilleton humoristique diffusé sur M6 chaque soir, adapté d’une série espagnole, mettant en scène des couples qui se chamaillent dans leur salon. Sur le papier, rien de révolutionnaire. Et pourtant, à partir du 9 novembre 2009, six acteurs ont transformé cette idée simple en quelque chose d’inattendu : un miroir sans complaisance de nos vies de couple. Le casting de la saison 1 de Scènes de ménages n’a pas seulement lancé une série. Il a posé les bases d’un phénomène télévisuel qui, seize ans et plus de 4 250 épisodes plus tard, continue de faire sourire des millions de Français chaque soir.
⚡ L’essentiel à retenir
- Diffusion : du 9 novembre 2009 au 30 janvier 2010 sur M6
- 200 épisodes composent cette première saison
- 3 couples, 3 générations : trentenaires, quinquagénaires, septuagénaires
- 6 acteurs principaux, dont certains restent à l’antenne encore aujourd’hui
- Adaptation libre de la série espagnole Escenas de matrimonio, créée par Alain Kappauf
- Un casting d’invités d’exception dès la saison 1 : Michel Galabru, Pascal Légitimus, Bruno Solo…
Trois couples pour parler à tout le monde

La force de Scènes de ménages dès sa saison inaugurale réside dans une évidence absolue : tout le monde peut s’y reconnaître. Le concept est d’une simplicité désarmante filmer les conflits ordinaires d’un couple dans son intérieur, sans décor extérieur, sans rebondissements hollywoodiens. Juste la cuisine, le canapé, la salle de bain. Et une caméra posée là, implacable.
Mais cette mécanique n’aurait rien été sans le choix précis des comédiens. Trois duos. Trois dynamiques. Trois façons différentes de se disputer, de se supporter, de s’aimer sans se le dire. La série repose entièrement sur des alchimies humaines réelles entre acteurs un regard, un timing, une intonation décalée et pour la saison 1, ces alchimies ont été trouvées du premier coup.
Raymond et Huguette : la paire indestructible
Gérard Hernandez et Marion Game, deux monstres sacrés face caméra
Gérard Hernandez incarne Raymond dès le premier épisode. Gendarme en retraite acariâtre, misanthrope et sarcastique, il passe ses journées à espionner ses voisins avec des jumelles, à critiquer la cuisine de sa femme, à parier sur des chevaux qui ne gagnent jamais. Marion Game, elle, joue Huguette, son pendant parfait : une femme au foyer piètre cuisinière, fanatique d’un chanteur ringard imaginaire nommé Michaël François, et maîtresse discrète du couple malgré les apparences. Ensemble, ils forment le tandem le plus iconique de la série.
Ce qui frappe dans leur duo, c’est l’absence totale d’attendrissement factice. Raymond et Huguette sont méchants, jaloux, rancuniers. Ils s’ennuient tellement qu’ils rendent la vie impossible à leur entourage juste pour se distraire. Et pourtant, sous cette carapace d’aigreur se cache quelque chose de profondément humain et bouleversant : ils ne pourraient pas vivre l’un sans l’autre. Marion Game a incarné Huguette pendant quinze saisons entières. Sa disparition a laissé un vide immense dans la série et dans le cœur des spectateurs qui avaient vieilli avec elle.
Liliane et José : le couple qui nous ressemble trop
Valérie Karsenti et Frédéric Bouraly, une alchimie qui traverse le temps
S’il y a un duo qui reste le cœur battant de Scènes de ménages depuis le premier épisode, c’est bien Liliane et José. Valérie Karsenti prête ses traits à Liliane, esthéticienne perfectionniste, passionnée de Diana Spencer, obsédée par son fils Manu parti travailler en Chine. Frédéric Bouraly campe José, employé municipal angoissé, fan de football, inventeur chroniquement raté, dont la réplique fétiche « Ah non mais, lààà ! » est devenue un code culturel à part entière.
Dès la saison 1, ces deux acteurs installent une dynamique conjugale d’une précision chirurgicale. Elle qui tente de rallumer la flamme à travers des jeux érotiques qui tournent mal. Lui qui ne comprend pas les enjeux et se perd dans des questions absurdes au pire moment. Le public ne pouvait pas résister à tant de vérité quotidienne emballée dans du rire. Seize ans après, le duo est toujours là. Toujours aussi juste. Toujours aussi reconnaissable. C’est rare, et cela mérite d’être dit.
Marion et Cédric : le couple urbain des origines
Audrey Lamy et Loup-Denis Elion, deux comédiens au sommet de leur timing
Le troisième couple fondateur de la saison 1 représente les trentenaires parisiens dans leur appartement trop petit. Loup-Denis Elion donne vie à Cédric, cadre maniaque et légèrement condescendant, cultivé jusqu’à l’insupportable, qui pratique les arts martiaux et ne perd jamais une occasion de rappeler à Marion à quel point il est supérieur à elle. Audrey Lamy, dans l’un de ses rôles les plus populaires, joue Marion, fainéante attachante, jalouse, menteuse de bonne foi, persuadée d’avoir des talents artistiques que personne autour d’elle ne reconnaît. Le contraste entre ces deux personnalités explosives nourrit une mécanique comique redoutablement efficace.
Leur présence dans la série s’étend sur dix saisons. Le départ d’Audrey Lamy, absorbée par une carrière cinématographique en plein essor, marque la fin d’une ère. Elle laisse derrière elle un personnage si populaire que les spectateurs ont mis plusieurs saisons à s’en remettre. Loup-Denis Elion la suit dans cet au revoir à l’issue de la même période. Deux départs qui prouvent, paradoxalement, combien ces rôles avaient compté.
Le casting principal de la saison 1 en détail
Les guests étoilés qui brillent dès la première saison
Dès la saison inaugurale, Scènes de ménages accueille des invités de marque dont la présence renforce immédiatement la crédibilité artistique de la série. On retrouve notamment Bruno Solo, Yvan le Bolloc’h, Michel Galabru, Claude Gensac, Pascal Légitimus, Marie-Anne Chazel, Lionnel Astier ou encore Jean-Luc Bideau parmi les guests de cette première vague. Des noms du cinéma et du théâtre français qui viennent se frotter aux absurdités conjugales avec un naturel déconcertant.
Ce choix n’est pas anodin. Il signale d’emblée que la série n’est pas un produit de remplissage télévisé, mais un terrain de jeu légitime pour des acteurs aguerris. Cette tradition d’invités de qualité se perpétuera bien au-delà de la saison 1, jusqu’aux primes événementiels qui réuniront parfois plusieurs millions de téléspectateurs.
Le succès d’audience : de 2,6 millions à un record historique
Dès novembre 2010, soit un an seulement après le lancement, la série réunit 2,6 millions de téléspectateurs lors d’une soirée ordinaire un chiffre déjà remarquable pour un feuilleton quotidien. La progression ne s’arrête pas là. En octobre 2011, Scènes de ménages établit un record historique avec plus de 4,3 millions de téléspectateurs et près de 16 % de parts de marché, faisant de la série la première chaîne nationale ce soir-là. Chez les ménagères de moins de 50 ans, la part de marché atteint presque 25 %.
Ce triomphe ne doit rien au hasard ni à l’algorithme. Il est la conséquence directe d’un casting de départ parfaitement calibré : des acteurs qui font rire sans grimper sur les meubles, qui touchent sans sombrer dans le mélo, et qui savent jouer la petite musique du quotidien mieux que quiconque.
Ce que le casting originel dit de la série
Regarder le casting de la saison 1 de Scènes de ménages, c’est comprendre une philosophie de création. Aucun personnage n’est parfait. Aucun couple n’est idéal. Chaque duo est assemblé autour d’une friction fondamentale un écart de vision du monde qui ne se résoudra jamais vraiment et c’est précisément ce qui crée l’attachement du public. Ces personnages ressemblent à nos parents, à nos grands-parents, à nous-mêmes dans nos pires moments.
La saison 1 n’était pas seulement un lancement. C’était une déclaration d’intention signée par six acteurs qui ont accepté de jouer des anti-héros du quotidien, sans glamour, sans artifices. C’est ce choix-là, audacieux et humble à la fois, qui a tout rendu possible.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



