📋 L’essentiel avant de lire la suite
- Ed Gein est un criminel américain réel, né le 27 août 1906 à Plainfield, Wisconsin, mort en 1984.
- Il a été condamné pour deux meurtres confirmés : Mary Hogan (1954) et Bernice Worden (1957).
- Il a profané une quinzaine de tombes, prélevant organes, peau et ossements.
- La saison 3 de Monstre : L’Histoire d’Ed Gein est disponible sur Netflix depuis le 3 octobre 2025.
- Charlie Hunnam joue Ed Gein. Suzanna Son incarne Adeline Watkins.
- Adeline Watkins a réellement existé, mais son rôle dans la série est largement réinventé.
- Gein a inspiré Psycho, The Texas Chain Saw Massacre et Le Silence des agneaux.
Un homme invisible dans une ville de 700 âmes

Il n’avait pas l’air d’un monstre. C’est précisément ce qui rend toute cette histoire insupportable. Edward Theodore Gein était un fermier solitaire, effacé, que les habitants de Plainfield décrivaient comme serviable et discret. Il gardait parfois les enfants du voisinage. On lui souriait dans la rue. Dans une ville de 700 personnes, il ne dérangeait personne.
Derrière cette apparence anodine se cachait une psyché façonnée par une mère hors du commun. Augusta Gein élevait ses fils dans une religion sévère, coupée du monde, convaincue que toute femme extérieure à la famille était une créature du péché. Ed l’aimait et la craignait. Il l’admirait et l’étouffait. Quand Augusta meurt en 1945, il se retrouve seul dans la ferme familiale. Vraiment seul. Et quelque chose, en lui, commence à se décomposer comme les murs de la bâtisse.
La ferme de l’horreur : les faits que les enquêteurs ont documentés
Le 16 novembre 1957, la quincaillière Bernice Worden disparaît de sa boutique de Plainfield. Son fils découvre du sang sur le sol. Il retrouve un reçu : le dernier client de sa mère était Ed Gein. Quand les enquêteurs poussent la porte de la ferme, ils tombent dans ce que le shérif de l’époque décrira comme une vision cauchemardesque hors de toute réalité.
Bernice Worden était là — décapitée, éviscérée, suspendue par les pieds dans une remise. Autour : des chaises recouvertes de peau humaine, des bols façonnés à partir de crânes, des masques de visages cousus, des bocaux contenant des organes. Et, au centre de tout, un « costume de femme » entièrement fabriqué en peau humaine. Ed Gein avait exhumé une quinzaine de corps dans les cimetières alentour, choisissant exclusivement des femmes d’âge mûr qui lui rappelaient Augusta. Il voulait devenir sa mère. Littéralement.
Il sera déclaré inapte à être jugé pour raisons psychiatriques — schizophrénie, psychopathie sexuelle, dépendance pathologique à sa mère selon les experts. Finalement condamné pour le seul meurtre de Bernice Worden, il passe le reste de sa vie dans un établissement psychiatrique. Il meurt le 26 juillet 1984, d’une insuffisance respiratoire, sans avoir jamais semblé mesurer l’ampleur du traumatisme qu’il avait causé.
Adeline Watkins : une femme réelle, un personnage réinventé
C’est la question qui brûle les lèvres de tous les spectateurs après avoir regardé la série. Adeline Watkins a-t-elle vraiment existé ? Oui — mais pas tout à fait telle que Netflix la présente. La réalité est plus floue, et peut-être plus humaine encore.
Quelques jours après l’arrestation d’Ed Gein, en novembre 1957, une femme d’une cinquantaine d’années vivant à Plainfield accorde une interview au Minneapolis Tribune. Elle s’appelle Adeline Watkins. Elle affirme avoir entretenu une relation de vingt ans avec Ed Gein. Elle dit qu’il avait voulu l’épouser, le 6 février 1955. Elle confie : « Je l’aimais et je l’aime encore. » Elle précise avoir refusé sa demande en mariage non pas parce qu’il avait quelque chose d’anormal, mais parce qu’elle ne se sentait pas à la hauteur de ce qu’il attendait d’elle.
Les journaux s’emballent. Le pays entier est sous le choc. Puis Adeline rétracte l’intégralité de ses déclarations. Dans un second entretien, elle reconnaît que leur relation n’a duré que sept mois en 1954, qu’ils ont fréquenté quelques cinémas et quelques tavernes ensemble, et qu’elle n’a jamais mis les pieds dans la ferme. Elle nie avoir dit qu’il était « doux » ou qu’il l’avait demandée en mariage. Une femme emportée par la spirale médiatique d’une arrestation sans précédent dans l’Amérique des années 50.
Ce que Netflix a choisi de faire de cette relation

Dans la série, Adeline Watkins devient bien davantage qu’une voisine de passage. Elle est la fiancée, la confidente, presque la complice émotionnelle de Gein — une femme qui partage sa fascination pour le morbide et renforce ses pulsions les plus noires. C’est une liberté narrative assumée. Ryan Murphy transforme une relation de sept mois en récit central, parce qu’Adeline représente symboliquement tout ce qu’Ed Gein a toujours cherché : une présence féminine aimante, à mi-chemin entre dévotion et domination. Un écho direct de sa mère.
Vrai ou faux dans la série : ce que les archives confirment
| Ce que montre la série | Ce que l’histoire confirme |
|---|---|
| Ed Gein vit seul sur une ferme à Plainfield, Wisconsin | ✅ Vrai — il y a habité toute sa vie après la mort de sa mère |
| Sa mère Augusta est le pivot de toute sa psychologie | ✅ Vrai — confirmé par tous les psychiatres qui l’ont examiné |
| Il profane des tombes et fabrique des objets en peau humaine | ✅ Vrai — documenté par la police dès novembre 1957 |
| Adeline Watkins est sa fiancée et complice de longue date | ❌ Largement fictif — relation de 7 mois, jamais confirmée romantiquement |
| Il a commis deux meurtres de femmes | ✅ Vrai — Mary Hogan (1954) et Bernice Worden (1957) |
| Alfred Hitchcock s’inspire de son histoire | ✅ Vrai (indirectement) — via le roman de Robert Bloch publié en 1959 |
| Gein finit ses jours en hôpital psychiatrique | ✅ Vrai — il y passe ses dernières décennies et meurt en 1984 |
Ed Gein, père malgré lui du cinéma d’horreur
Voilà ce que peu de gens réalisent pleinement : sans Ed Gein, trois des films d’horreur les plus puissants de l’histoire du cinéma n’existeraient probablement pas. L’écrivain Robert Bloch, fasciné par les crimes de Gein, publie en 1959 un roman intitulé Psycho. Alfred Hitchcock en tire l’année suivante un chef-d’œuvre absolu — et Norman Bates, le gérant de motel habité par l’esprit de sa mère morte, devient l’un des personnages les plus terrifiants jamais mis en scène. La parenté avec Ed Gein est transparente.
Tobe Hooper, en 1974, va plus loin encore. The Texas Chain Saw Massacre puise directement dans l’imagerie de la ferme Gein : Leatherface porte un masque de peau humaine, sa maison est un charnier décoré d’ossements, sa fascination pour le corps féminin est clinique et rituelle. Puis vient Thomas Harris et Le Silence des agneaux (1991). Buffalo Bill — ce tueur qui écorche ses victimes pour se fabriquer un « costume de femme » — est la version la plus littérale de l’obsession de Gein. Trois monstres iconiques du grand écran. Un seul homme ordinaire à la source.
Ryan Murphy et la frontière entre réel et fiction
La saison 3 de Monstre prend un pari audacieux : celui d’intégrer Alfred Hitchcock lui-même dans le récit, incarné par Tom Hollander. Ce choix n’est pas anodin. Il pose frontalement la question de la responsabilité de ceux qui transforment l’horreur réelle en divertissement. Jusqu’où peut-on aller ? Qui profite de qui ? C’est le paradoxe permanent de la série — et peut-être sa plus grande force.
Charlie Hunnam joue un Ed Gein à la fois pitoyable et glaçant : un homme qui ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait d’un monstre, ce qui est précisément le frisson le plus durable. Suzanna Son, dans le rôle d’Adeline, apporte une dimension tragique à un personnage que la réalité n’a dessiné qu’en quelques lignes de journal. La série choisit délibérément la profondeur émotionnelle plutôt que la fidélité documentaire. C’est un choix. C’est aussi ce qui la rend impossible à arrêter.
Ce que Monstre réussit là où d’autres séries échouent, c’est de ne jamais réduire le tueur à son acte. Ed Gein n’est pas un personnage de film d’horreur — il était un être humain abîmé, produit d’une relation toxique avec sa mère, vivant dans un vide social total. La série ne l’excuse pas. Elle l’explique. Et c’est beaucoup plus perturbant.
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Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



