Dragon Ball Super : La Patrouille Galactique est-elle officielle dans la chronologie ?

Accroche : le mot “canon”, ou l’art d’aimer une histoire en la classant

Dans le cinéma comme dans l’animation, il y a des questions qui dépassent la simple curiosité et révèlent notre manière de regarder une œuvre. Demander si Dragon Ball Super : La Patrouille Galactique est “officielle” dans la chronologie, c’est demander si l’on doit la considérer comme une pièce maîtresse, un chapitre intermédiaire, ou une variation parallèle. Et, au fond, c’est interroger la valeur que l’on accorde à la continuité face au plaisir brut de retrouver Goku et son monde.

Contexte : une franchise qui vit après sa fin, comme beaucoup de mythes populaires

Le Dragon Ball d’Akira Toriyama possède une singularité rare pour une saga aussi longue : une fin nette, datée, assumée. L’histoire principale s’achève en 1995 sur le papier, avec une dernière ligne droite qui verrouille l’arc narratif comme le ferait un dernier plan soigneusement tenu au montage. Mais l’animation, elle, n’a jamais vraiment quitté le plateau.

Comme souvent avec les grandes franchises, la suite ne s’est pas écrite en ligne droite, mais dans les interstices. Pour continuer à raconter sans défaire la conclusion, Toei Animation a investi un espace-temps stratégique : l’ellipse de dix ans qui précède l’épilogue de Dragon Ball Z. C’est là que se logent plusieurs prolongements modernes, dont Dragon Ball Super, et plus récemment Daima. Cette zone est fascinante : elle fonctionne comme un décor de cinéma laissé volontairement ouvert, où l’on peut tourner de nouveaux récits tout en prétendant préserver le “dernier acte”.

Le retour d’une nouvelle série, annoncée dans un contexte commémoratif autour de l’héritage de Toriyama, a relancé un débat que l’on croyait réservé aux forums. L’annonce de Dragon Ball Super : The Galactic Patrol n’est pas seulement un “encore” : elle s’inscrit comme une continuation après l’arrêt abrupt de l’anime Super en 2018, tout en dialoguant avec des films récents qui ont redéfini l’énergie de la saga au cinéma (notamment via un regain de popularité en salles). Pour prendre le pouls des réactions et du débat côté fans, on peut consulter cet article : https://www.nrmagazine.com/les-fans-de-dragon-ball-unanimes-face-a-la-nouvelle-serie-animee-de-la-patrouille-galactique/.

Le cœur du sujet : “officielle”, oui… mais officielle comment ?

La réponse la plus utile, si l’on veut être rigoureux sans être dogmatique, tient en deux temps. Oui, La Patrouille Galactique est canon au sens où elle s’inscrit dans la continuité estampillée Dragon Ball Super, continuité elle-même adossée à l’implication créative de Toriyama sur ses grandes orientations, son imaginaire, et certains éléments déterminants de conception.

Mais cette officialité n’a pas la même nature que celle du matériau originel. Dans mon œil de cinéaste amateur, la différence ressemble à celle qui sépare un film “réalisé par” d’un film “présenté par”. La signature n’engage pas toujours le même niveau de contrôle plan par plan, ni la même densité d’intentions formelles. Dragon Ball Super s’est construit sur plusieurs supports (série, manga, films) avec des zones de recouvrement imparfaites : un peu comme si l’on montait plusieurs versions d’un même récit, chacune avec ses rythmes, ses ellipses, ses priorités.

C’est là que naît la sensation de complication : Super n’est pas exactement “dans” le manga original, puisqu’il s’installe dans l’entre-deux de la grande ellipse. Les longs métrages liés à cette ère récente, eux, incarnent encore une autre logique : ils ont leur propre cadence, leur propre mise en scène, et parfois une autonomie narrative qui ne cherche pas l’adaptation stricte. On se retrouve alors avec une franchise qui fonctionne comme un univers filmique étendu : cohérent en intention, mais hybride en fabrication.

La place de la Patrouille Galactique : un chapitre d’intervalle, pas une pierre fondatrice

Si l’on veut situer Dragon Ball Super : La Patrouille Galactique avec la précision d’un storyboard, il faut la penser comme un segment de cette période tampon : à la fois suite de Dragon Ball Z (puisqu’on retrouve les personnages après la fin “classique”) et préambule à l’épilogue (puisqu’on ne doit pas détruire ce qui est déjà scellé).

Dans cette configuration, l’officialité devient une question de fonction dramatique. Est-ce que la série est indispensable pour comprendre l’arc fondamental de Goku ? Probablement pas. Est-ce qu’elle est légitime dans la continuité moderne ? Oui, dans la mesure où la franchise a décidé que cet entre-deux est devenu son territoire naturel. Autrement dit : c’est canon au sein du canon “Super”, mais c’est un canon qui vit en périphérie du récit originel, comme une annexe vivante.

Lecture cinéma : continuité, montage, et l’illusion d’un monde “sans coutures”

On parle souvent de chronologie comme d’une ligne, mais une saga comme Dragon Ball se lit mieux comme un montage. Il y a le montage “théorique”, celui de la timeline parfaite, et le montage “réel”, fait de productions successives, de choix industriels, de réponses au public, d’opportunités esthétiques. Dans ce montage réel, la cohérence n’est pas tant un verrou qu’un art de la raccord.

Ce qui rend Super — et donc La Patrouille Galactique par extension — intéressant, c’est que Toriyama y a été associé d’une manière qui dépasse le simple tampon. Selon les projets, son rôle a varié : conceptions d’histoire, dessins préparatoires, supervision, et implication plus directe dans l’écriture pour certains volets. Cette présence, même fluctuante, agit comme une continuité d’auteur, une sorte de “regard producteur” qui, au cinéma, peut suffire à donner un axe tonal et thématique.

Mais le spectateur doit accepter une réalité : l’univers Dragon Ball n’est plus un bloc monolithique. C’est un ensemble de récits de statuts différents, certains plus centraux, d’autres plus latéraux. Le label “canon” sert alors autant à rassurer qu’à hiérarchiser, parfois au détriment d’une évidence : on peut aimer une branche secondaire pour ce qu’elle tente, sans la confondre avec la colonne vertébrale.

Mise en perspective : Toei, l’héritage, et la mécanique des grandes sagas animées

Ce cas n’est pas isolé. Les grandes franchises d’animation finissent souvent par ressembler aux univers sériels du cinéma populaire : elles alternent épisodes pivots et récits satellites, films-événements et chapitres de transition. Chez Toei Animation, cette logique s’affine depuis des décennies : tenir un imaginaire collectif, renouveler les portes d’entrée, et gérer l’équilibre entre nostalgie et innovation.

Dans cette perspective, La Patrouille Galactique a un rôle clair : étendre le terrain de jeu sans forcer le verrou de la fin historique. C’est une stratégie de narration comparable à celle d’un “spin-off intégré” : suffisamment connecté pour compter, suffisamment autonome pour ne pas casser la table.

Et si l’on veut replacer le débat dans une culture plus large de l’animation télévisée — celle où les mythologies partagées et les séries longues ont redéfini les habitudes de spectateurs — il est intéressant de parcourir des panoramas qui rappellent à quel point les années 2000 ont consolidé cette manière de consommer des univers : https://www.nrmagazine.com/top-100-des-meilleurs-dessins-animes-des-annees-2000/.

Ce qui fonctionne dans l’idée… et ce qui peut résist(er) chez certains spectateurs

Ce qui séduit, dans l’intégration “officielle” de La Patrouille Galactique, c’est la promesse d’un monde qui continue de respirer : de nouveaux cadres, un autre angle d’attaque que le simple tournoi ou l’escalade de puissance, un changement de focale potentiel. En termes de narration, la Patrouille peut jouer le rôle d’un dispositif : une institution qui permet d’organiser des missions, d’ouvrir des décors, de varier les enjeux, presque comme un genre à l’intérieur du genre (l’aventure spatiale cadrée par une structure).

Ce qui résiste, c’est la nature même de cet “entre-deux”. Certains spectateurs aiment que la fin reste la fin, et voient ces ajouts comme des raccords trop visibles, des plans rajoutés après coup. D’autres, au contraire, acceptent la logique sérielle : tant que l’esprit, le rythme et l’inventivité sont là, la chronologie devient un outil, pas un tribunal.

Fin ouverte : faut-il regarder la chronologie, ou la mise en scène d’un retour ?

Au fond, la meilleure question n’est peut-être pas “est-ce canon ?” mais “qu’est-ce que cette série veut raconter, et comment choisit-elle de le mettre en images ?”. Une chronologie officielle peut certifier une place, elle ne garantit ni une nécessité dramatique, ni une justesse de ton, ni un regard. Et c’est peut-être là, pour le spectateur attentif, que se joue l’essentiel : dans la façon dont Dragon Ball Super : La Patrouille Galactique raccorde son énergie au mythe, et dans ce que ce raccord dit de notre besoin permanent de revenir à des personnages qui, depuis quarante ans, continuent de courir hors-champ.

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