
Vous pensiez avoir tout vu avec Shein ? Détrompez-vous. Une nouvelle déferlante chinoise s’apprête à secouer le marché français, et cette fois, elle vise vos yeux. Blacksheep, l’opticien qui promet des montures à 2,95 euros et des verres correcteurs à 5,95 euros, ouvre sa première boutique au BHV Marais en décembre 2025. Pendant que les opticiens traditionnels facturent 300 euros une paire de lunettes, cette marque venue d’ailleurs affirme pouvoir diviser les prix par cent. Trop beau pour être vrai ? Révolution salvatrice ou nouveau cauchemar consumériste ? Bienvenue dans l’ère où même votre vision a un prix plancher.
Blacksheep ne cache pas son jeu. Le nom lui-même signifie “mouton noir” en anglais, celui qui sort du troupeau, qui refuse les règles établies. Derrière cette marque provocatrice se trouve Pierre Wizman, entrepreneur français déjà connu pour avoir créé Polette en 2011, un autre acteur de l’optique low-cost. Mais avec Blacksheep, il franchit un cap supplémentaire : celui de l’ultra-transparence sur l’origine chinoise de ses produits.
L’ouverture au BHV Marais n’est pas anodine. Ce grand magasin parisien, situé face à l’Hôtel de Ville depuis 169 ans, a récemment accueilli Shein dans ses murs, provoquant une vague d’indignation. En ajoutant Blacksheep à son catalogue, le BHV confirme son virage stratégique vers l’ultra-bas coût made in China, au risque de froisser une clientèle traditionnellement attachée au commerce de proximité et à la qualité française.
Sur 200 m², les visiteurs découvriront plus de 3000 modèles à essayer, avec une particularité troublante : une webcam branchée en direct sur l’une des usines chinoises de fabrication. Cette mise en scène osée vise à transformer ce qui pourrait être perçu comme une honte en argument marketing : “Oui, c’est fait en Chine. Et alors ?”
Combien payez-vous actuellement vos lunettes ? 150 euros ? 300 euros ? Peut-être même 500 euros pour une monture griffée ? Blacksheep pulvérise ces repères avec un tarif qui semble surréaliste. Une monture basique démarre à 2,95 euros. Les verres unifocaux avec traitement antireflet, résistance aux rayures et protection UV400 coûtent 5,95 euros. Les verres progressifs, généralement facturés entre 300 et 600 euros chez les opticiens traditionnels, affichent un prix de 25 euros.
Comment est-ce possible ? La stratégie repose sur plusieurs piliers. D’abord, l’élimination totale des intermédiaires : pas de distributeurs, pas de réseaux de magasins coûteux, pas de licences de marques de luxe. Ensuite, une connexion directe avec les usines chinoises qui produisent déjà pour les grandes marques mondiales. Enfin, une absence quasi-totale de publicité traditionnelle, remplacée par le bouche-à-oreille et le scandale médiatique.
| Produit | Prix opticien traditionnel | Prix Blacksheep | Différence |
|---|---|---|---|
| Monture basique | 120€ – 300€ | 2,95€ – 15€ | – 97% |
| Verres unifocaux | 100€ – 250€ | 5,95€ | – 96% |
| Verres progressifs | 300€ – 600€ | 25€ | – 95% |
| Monture titane japonaise | 200€ – 400€ | 12€ | – 94% |
Blacksheep ne joue pas la carte de la dissimulation. Au contraire, la marque revendique son origine chinoise avec une audace déconcertante. Dans un secteur où les grandes enseignes préfèrent masquer la provenance de leurs montures derrière des étiquettes “design européen”, cette franchise brutale détonne. Pierre Wizman l’affirme sans détour : les usines chinoises qui produisent pour Blacksheep sont les mêmes que celles qui fabriquent pour les marques vendues à prix d’or dans vos boutiques habituelles.
Pour crédibiliser cette promesse, la marque mise sur la technologie blockchain. Chaque paire de lunettes possède un historique complet : origine des matériaux, découpe des verres, assemblage des montures, transport. Ce niveau de traçabilité, normalement réservé aux produits de luxe pour authentifier un sac Hermès ou une montre Rolex, s’invite ici dans l’optique accessible. L’objectif ? Démontrer qu’un prix bas n’implique pas forcément l’opacité ou la mauvaise qualité.
La plateforme en ligne propose déjà plus de 20 000 modèles différents, avec une expansion continue. Des fonctionnalités modernes accompagnent l’expérience : reconnaissance d’image par intelligence artificielle, essayage virtuel à venir, service client disponible sept jours sur sept. Le retour est simplifié, les matériaux se veulent éco-conçus. Tout est pensé pour rassurer un consommateur habitué à se méfier des prix trop attractifs.
Cette arrivée fracassante ne passe évidemment pas inaperçue auprès des opticiens établis. Depuis des décennies, le marché français de l’optique fonctionne sur des marges confortables, justifiées par le service, l’expertise, la proximité. Une paire de lunettes coûte régulièrement plus de 300 euros aux Français, malgré une densité record de magasins d’optique dans le pays. Le paradoxe saute aux yeux : comment expliquer des prix aussi élevés dans un environnement théoriquement concurrentiel ?
La réforme “100% Santé” a certes plafonné certains tarifs, mais elle n’a pas fait disparaître la demande pour des lunettes abordables et stylées. Ce créneau, les acteurs historiques l’ont souvent négligé, préférant concentrer leurs efforts sur les gammes premium. Blacksheep s’y engouffre avec l’énergie d’un perturbateur qui n’a rien à perdre.
Pierre Wizman, habitué des controverses depuis son aventure Polette, adopte un discours sans concession : “L’industrie n’avait pas besoin d’être brisée ; elle s’est brisée elle-même en négligeant ses consommateurs.” Cette rhétorique agressive, typique des entrepreneurs de la disruption, vise à positionner Blacksheep comme le sauveur d’un marché dysfonctionnel. Un bout de plastique et deux morceaux de verre, martèle-t-il, ne devraient pas coûter le salaire d’une journée de travail.
Derrière les promesses aguicheuses se cachent des interrogations légitimes. La qualité est-elle vraiment au rendez-vous ? Les normes françaises et européennes sont-elles respectées ? Les conditions de travail dans les usines chinoises partenaires sont-elles éthiques ? Blacksheep assure que les matériaux et les processus de fabrication sont identiques à ceux des marques établies, mais cette affirmation reste difficile à vérifier pour le consommateur lambda.
Le modèle économique soulève également des questions sur la pérennité. Comment une entreprise peut-elle survivre en vendant des montures à moins de 3 euros ? Les volumes doivent être colossaux, la rotation ultra-rapide. Cette logique du flux tendu permanent rappelle furieusement celle de la fast fashion, avec ses dérives écologiques et sociales bien documentées. La promesse d’éco-conception affichée par Blacksheep contraste avec la philosophie même de l’ultra-bas coût : consommer plus, jeter plus, renouveler plus.
Les avis consommateurs sur Trustpilot affichent une note moyenne de 4 étoiles sur 36 avis, un score correct mais encore limité pour juger de la satisfaction à grande échelle. Certains utilisateurs saluent le rapport qualité-prix imbattable, d’autres pointent des délais de livraison variables ou des questions sur l’ajustement des montures. Comme souvent avec les pure players en ligne, l’absence de contact physique initial peut poser problème pour un produit aussi personnel que des lunettes.
L’installation de Blacksheep au BHV Marais en décembre 2025 marque un tournant symbolique pour ce grand magasin parisien. Après l’arrivée controversée de Shein, le BHV confirme son repositionnement stratégique vers une clientèle sensible aux prix, quitte à bousculer son image traditionnelle. Ce lieu historique de 169 ans, face à l’Hôtel de Ville, devient progressivement le temple parisien du made in China ultra-accessible.
Cette transformation ne fait pas l’unanimité. Les puristes y voient une trahison de l’esprit français du commerce de qualité, du conseil personnalisé, de l’artisanat valorisé. Les pragmatiques y décèlent une adaptation nécessaire aux nouvelles attentes d’une partie des consommateurs, notamment les jeunes générations moins attachées aux marques traditionnelles et plus sensibles aux arguments financiers.
Pour Blacksheep, l’enjeu est de taille : transformer l’essai en ligne par une expérience physique convaincante. Les 200 m² du BHV devront prouver que le modèle fonctionne aussi en boutique, avec de vrais clients qui essaient, comparent, hésitent. La webcam branchée sur l’usine chinoise sera-t-elle un gadget marketing ou un véritable outil de réassurance ? La réponse viendra des ventes.
Au-delà de la polémique, Blacksheep soulève une question de fond : pourquoi les lunettes coûtent-elles si cher en France ? L’arrivée de ce nouvel acteur force l’ensemble du secteur à justifier ses tarifs, à expliquer ses marges, à défendre son modèle. Pour le consommateur final, cette mise en tension peut générer des bénéfices concrets : baisse des prix chez les concurrents, transparence accrue, innovation dans les services.
Le marché mondial de l’optique dépasse les 170 milliards de dollars, selon Fortune Business Insights. Un gâteau gigantesque où les marges historiquement élevées ont créé de la place pour des perturbateurs. Blacksheep s’inscrit dans une tendance lourde : celle de la désintermédiation totale, rendue possible par internet, la logistique mondialisée et l’acceptation croissante du made in China quand le prix devient imbattable.
Cette démocratisation de l’accès à l’optique peut être vue comme une victoire sociale. Des millions de Français renoncent ou retardent l’achat de lunettes par contrainte budgétaire. Pour eux, Blacksheep représente une opportunité concrète d’améliorer leur quotidien sans sacrifier un mois de courses. Mais elle peut aussi être perçue comme une course vers le bas, où la compression des coûts finit par impacter la qualité, les emplois locaux, l’environnement.
Blacksheep arrive en France avec un discours rodé, une stratégie claire et des prix qui défient l’entendement. Le pari est audacieux : convaincre les Français qu’ils peuvent obtenir des lunettes de qualité correcte pour le prix d’un café. Dans un contexte de pouvoir d’achat sous tension, l’argument résonne. Mais la question de la durabilité de ce modèle reste entière.
Pierre Wizman et son équipe misent sur les volumes massifs et la fidélisation par l’expérience client. Avec 20 ans d’expertise dans la production de montures et de verres, ils ne débarquent pas en amateurs. La blockchain, l’IA, l’essayage virtuel : tous les outils modernes sont convoqués pour créer une expérience d’achat fluide et rassurante. Reste à voir si ces promesses technologiques suffiront à combler l’absence de conseils d’un opticien diplômé, capable de détecter un problème de vue ou d’ajuster une monture au millimètre près.
L’ouverture de décembre 2025 au BHV sera le premier vrai test grandeur nature. Les Parisiens, réputés exigeants et critiques, ne pardonneront pas une déception. Si la qualité n’est pas au rendez-vous, si les lunettes se cassent après trois semaines, si l’ajustement est approximatif, le bouche-à-oreille négatif sera dévastateur. Mais si Blacksheep tient ses promesses, l’onde de choc pourrait redéfinir durablement le paysage de l’optique en France.
Une certitude demeure : que Blacksheep réussisse ou échoue, le secteur de l’optique français ne sera plus jamais tout à fait le même. Le mouton noir a déjà secoué la bergerie. Maintenant, il reste à voir s’il sera suivi par le troupeau ou rejeté comme un intrus indésirable. Rendez-vous dans quelques mois pour le verdict.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.
LEDRU
Bonjour, actuellement la securité sociale me rembourse une partie et la mutuelle mais aussi sa part en général il me reste a peut pres 50€ a charge pour 2 paires de lunette mais avec vous la sécu et mutuelle ne travail pas avec vous donc je pense pas que cela vos le cout pour moi si je paye tout de ma poche chez vous. Cdt
Francky
Bonjour,
Avez-vous bien regardé les montants remboursés par la CPAM ? Pas plus de 3€ pour des verres complexes (pourquoi d’ailleurs ?). L’essentiel étant couvert par les mutuelles (qui se font grassement payés au passage).
Je ne sais pas ce que vaut cette nouvelle entité mais n’est-elle pas le “Free” dans son domaine ? Beaucoup avait rejeté hier les tarifs agressif de Niel et se sont aujourd’hui grandement aligné après s’être grassement gavé sur le dos des (con)sommateurs.
Faute d’investissements en France, de normes et de fiscalité abject, les pays d’Asie déversent gentiment leurs productions sur l’Europe.
Anonyme
cela vaut le coup
Lucien SAINTE ROSE
Bonjour, avez-vous un site pour commander?
viel
Bonjour
comment accéder à votre site marchand?…
angeluse
je porte des lunette depuis 3 ans se que vous faite et bien mais j’ai la CMU et meme si le prix max autorisé par la sécu et pas élevé je prend que des lunette qui me coute rien apres je vais devoir aller refaire un teste a l’ophtalmo prochainement je vai donc changer de lunette si je vous envoie ma monture pouvais vous mettre des verre progréssiste adapté a ma nouvelle vue? sans que je passe en magasin? je vie dans le pas de calais