
À force d’écouter les confidences de naturopathes, une chose saute aux oreilles : tous ne vivent pas de leur passion de la même façon. Le métier, réputé pour offrir liberté et écoute, cache pourtant de vraies questions côté rémunération. Au fond, combien peut espérer gagner un praticien qui s’installe ou qui rêve d’en faire sa carrière ?

L’horloge accrochée au mur ne ment jamais : la journée d’un naturopathe commence souvent plus tôt qu’on ne le pense. Certains reçoivent les patients dès l’aube, d’autres jonglent entre mails de suivi, commandes de produits naturels, et préparation d’ateliers. Pas de blouse blanche ni de badge officiel, mais derrière le sourire, il y a des factures, des doutes sur la prochaine semaine, et une liberté qui n’empêche pas les calculs. L’argent, c’est un sujet qui n’est jamais vraiment assumé dans ce métier ; il rampe comme un filigrane sous chaque rendez-vous.
Un cabinet en plein centre-ville de Lyon ne facture pas les mêmes séances que dans un village de la Creuse. Le revenu fluctue : parfois intense, parfois timide. Fixer ses tarifs, c’est oser s’affirmer sans perdre les gens qu’on veut aider. Cette liberté de tarif, c’est aussi une angoisse. On le sent tout de suite, il y a un tabou : qui gagne combien ? Certains mois, la salle d’attente est pleine, les soirs sont longs, et le carnet s’étoffe ; d’autres fois, on comble les trous avec des articles, des ateliers dans des associations ou des heures passées à soigner la vitrine de son site web.
Ce qui est étrange… peu de gens savent qu’il est presque impossible de croiser un naturopathe installé dans le service public. Quelques exceptions : rares contrats en centre de santé ou dans une structure municipale, mais les salaires, ici, dépendent d’enveloppes serrées et de grilles qui ne laissent pas de place à l’improvisation. La plupart travaillent donc en indépendant. Pas d’illusion : pas de fiche de paie, pas de sécurité, rien qui ressemble à une routine d’employé traditionnel.
Souvent, on imagine que le naturopathe vit de consultations pleines, à en oublier le frigo. Pourtant, beaucoup rament la première année. Les clients réguliers, c’est une conquête au long cours, pas un acquis au bout de trois affiches dans le quartier. La notoriété se construit lentement. Et puis, il faut apprendre à gérer les charges, à cotiser sans se tromper, à mettre de côté pour les mois creux. C’est là que ça devient intéressant : peu avouent que, le premier hiver, certains font caisse commune avec un autre praticien ou retournent vendre des produits en magasin bio le samedi…
Un praticien célèbre dans sa région, qui affiche bientôt dix ans d’expérience et collectionne les formations en phytothérapie ou en nutrition, se permet d’augmenter ses honoraires. Ceux qui ajoutent la réflexologie, l’accompagnement grossesse ou le sport élargissent leur clientèle – et leur chiffre d’affaires. Ce que peu de gens voient, c’est cette envie de formation continue, de se prouver à soi-même qu’on mérite ses honoraires.
Il n’y a pas de secret : pour vraiment décoller, il faut savoir sortir de son cabinet. Organiser des ateliers, proposer des conférences, intervenir dans une entreprise ou ouvrir des portes à des collaborations. Et puis, il y a le digital… réseaux sociaux, référencement, création d’un site performant (comme ceux qu’on découvre sur NR Magazine). Certains s’y accrochent, d’autres s’essoufflent : chacun son rythme, chacun son histoire.
Passion, dévouement, voilà les arguments de départ. Mais le réel reprend vite ses droits. Le piège, c’est d’oublier qu’un métier-passion peut devenir un travail à la chaîne si l’on ne valorise pas ses compétences ou si l’on ne pose pas ses propres limites. On rencontre des collègues qui n’osent pas facturer, qui s’épuisent à la tâche, parfois jusqu’à douter de continuer. Il y a pourtant ceux qui parviennent à rétablir l’équilibre : une approche plus juste, mi-bienveillance, mi-négociation.
En réalité, le revenu du naturopathe reste un paysage mouvant, fait de choix, de patience, de clairvoyance aussi. Le chemin n’est jamais tout droit, il y a des virages, des surprises. Ce n’est pas tant le chiffre qui compte, mais la façon de tenir debout dans la durée, sans trahir sa vocation ni sacrifier sa vie.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.