
Gérer la fabrique des prévisions, jongler avec la production et les besoins du marché, voilà le défi quotidien d’un manager S&OP. Entre expertise logistique et diplomatie en interne, la valeur de leur rôle se traduit aussi bien sur leur fiche de paie que dans les couloirs de l’entreprise. Mais quelles surprises réserve leur rémunération, selon l’expérience ou le secteur ?
Une fiche de paie n’a jamais parlé. Pourtant, pour un manager S&OP, elle en dit beaucoup plus long que le simple chiffre en bas du bulletin. Il y a les montants, bien sûr, mais il y a aussi tout ce bruit autour : discussions à demi-mot à la machine à café, promesses en entretien, fantasmes sur les salaires du privé ou du public. Pas évident de s’y retrouver.
D’un côté, les annonces sont pleines de chiffres alléchants. Un S&OP manager débutant ? On évoque des 45 000 à 55 000 € brut par an. Puis, arrive cette fameuse progression “au mérite” – sous-entendu, “quand tu auras avalé quelques budgets serrés, des nuits blanches et résolu deux ou trois imprévus de livraison”. La fourchette monte, parfois rapidement : 65 000 euros, 70 000, voire 90 000 et plus dans certains groupes privés, surtout si vous avez le goût du risque ou de l’aventure.
Souvent, le secteur d’activité vient chambouler la donne. Entre une grosse industrie et un acteur public, la différence salariale est réelle. Les managers S&OP du public plafonnent bien souvent entre 45 000 et 60 000 annuels. Ce n’est pas que la mission est moins prenante, c’est simplement que la grille de salaire a ses propres barrières invisibles et, parfois, têtues.
On imagine parfois que les S&OP managers sont tous gavés de primes, de bonus ou d’avantages comme le télétravail illimité ou la voiture de fonction. Ce que peu de gens voient, c’est la réalité du quotidien : des réunions qui n’en finissent pas, une circulation constante entre les équipes production, marketing et achat. Ce n’est pas un salaire qui tombe du ciel, mais bien le prix d’un funambule sur le fil entre différents services.
C’est là que ça devient intéressant. L’indépendance fait rêver : pas d’horaires fixes, des missions qui changent au gré des clients, et parfois (vraiment parfois), des honoraires à faire pâlir un cadre du secteur privé. Mais il y a la face moins visible : la chasse perpétuelle aux contrats, ce stress du “et le mois prochain, je facture combien ?”. La rémunération peut être belle, mais elle aime jouer avec vos nerfs.
En réalité, le parcours d’un manager S&OP oscille entre fierté de tenir la barre et sentiment de naviguer à vue. On attend de lui qu’il devienne rapidement responsable de la chaîne logistique, voire directeur des opérations. Là, les fiches de paie changent de visage : cap des 100 000 euros, parfois dépassé, mais à ce niveau, il faut aimer le goût du stress et de la décision à l’arrachée.
Une histoire pour l’illustrer ? Il y avait ce collègue, passé de jeune S&OP à responsable supply chain. Il croyait toucher le jackpot et pourtant, le marchandage du bonus annuel n’a jamais été aussi tendu. La reconnaissance ne passe pas que par les euros – l’équilibre, c’est parfois l’honneur de tenir le système debout sans craquer.
Ce qui est étrange – et presque paradoxal –, c’est que les plus aguerris cherchent rarement à discuter salaire. Ils veulent des marges de manœuvre, l’assurance de pouvoir piloter, influencer, créer du lien. Là est la vraie “rémunération”. Et bref, à force de courir après la grille, on oublie de regarder la qualité du tracé.
Parfois, on croit avoir tout compris à la fiche de paie ; mais on s’aperçoit qu’elle ne raconte jamais toute l’histoire.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.