
Le compteur tourne, les kilomètres s’enchaînent, mais le salaire d’un chauffeur VTC réserve souvent bien des surprises. Entre statut, ville et stratégie perso, les écarts de revenus font grincer des dents. Alors, combien reste-t-il vraiment à la fin du mois ?

Il est midi passé, sur le pare-brise quelques traces de buée, moteur encore tiède. Le compteur affiche souvent plus qu’on ne l’aurait voulu. Le revenu d’un chauffeur VTC, ce n’est pas une histoire de fiche de paie simple et nette. C’est le résultat brut, parfois ingrat, d’une addition de courses, de retours à vide, d’arrêts imprévus et de majorations impromptues. L’argent circule… mais jamais en ligne droite.
Pas de carte professionnelle VTC ? Pas de courses. Pour en avoir une, il faut passer un examen, s’aligner sur la législation, et choisir : voler de ses propres ailes comme auto-entrepreneur ou s’effacer un peu derrière la structure (et la paie fixe) d’un employeur. L’indépendant encaisse d’un côté et supporte l’intégralité des charges. Le salarié, lui, ressent la sécurité sociale, la mensualisation, et un SMIC VTC à respecter : 10,03 € de l’heure, rien en dessous.
Mais ce n’est ni juste, ni automatique. Travailler douze heures ne veut pas dire gagner douze heures bien comptées. Le tarif minimum concerne l’employé, pas celui qui tente sa chance sur le bitume parisien en solo.
Alors, de quoi parle-t-on ? Les courses réalisées, c’est la base. Distance, durée, embouteillages : tout compte, tout se compte. Parfois un pourboire, pas toujours, la France n’aime pas le supplément sans raison. Les applis – Uber, Bolt, Kapten – lancent de temps en temps des bonus, histoire de garder les motivés sur la route.
Et puis il y a les charges, la soupe populaire de la vie de travailleur indépendant : charges sociales qui mordent 22% du chiffre d’affaires, TVA à saisir dès que le plafond saute. Le véhicule, gourmand : entre carburant, entretien, assurance, location de terminal… Personne n’en sort indemne, chacun fait sa balance.
Dans une grande ville, les commissions des applis mangent entre 5 et 25% au passage. Paris, plus dure, permet des facturations plus fortes mais… tout coûte plus cher. Le revenu d’un chauffeur de taxi garde des airs de cousin, mais avec des règles encore différentes.
Sur le papier, l’INSEE donne des chiffres : entre 2 000 et 3 500 € par mois pour un chauffeur VTC plein temps. Paris grimpe jusqu’à 5 000 €, Marseille, Lyon, Nice suivent de loin, chacun avec son décor, sa demande, ses temps morts. Mais qui lève le nez du tableau sait une chose : c’est bien souvent l’année qui fait la moyenne, qu’on fasse 1 700 un mauvais mois ou qu’on touche du doigt les 4 000 € après un marathon de festivals.
Ce que peu de gens voient ? L’accumulation. L’achat de la voiture – 900 € à éponger chaque mois pendant trois ans –, la petite assurance oubliée, le nettoyage à force de sandwichs déballés à la hâte. La commission avalée par l’application, les primes qui tombent… ou pas. Et puis l’usure : fatigue, santé, soirées écourtées. À comparer, on se croirait presque chez les conducteurs de train ou face au revenu d’un cariste : chacun a sa part d’ombre, sa mécanique à secrets.
On croit souvent que l’autonomie, c’est la solution. Ne rien devoir à personne. Mais la liberté a un prix, et tous n’ont pas la même capacité à avaler les heures creuses, les frais surprises, les applications qui réduisent un peu plus la part du gâteau. Beaucoup le font pour ne pas avoir de patron ; ils se retrouvent avec l’algorithme comme employeur invisible, main de fer dans un smartphone brillant.
Un jour, à la sortie d’un club sur les quais, un chauffeur d’origine ivoirienne racontait ses horaires : « J’ai choisi la nuit, je gagne parfois mieux, mais je ne vois plus ni ma femme ni mes enfants la semaine. » D’autres cabotent à Nantes en journée pour fuir ces absences, gagnent moins, s’épuisent moins. Derrière chaque chiffre, il y a ce genre de choix muets.
Ce qui est étrange, c’est la manière dont certains chauffeurs bricolent leur trajectoire. Ils livrent des colis entre deux clients, testent d’autres métiers (taxi, transport scolaire, agent de sécurité – leurs revenus aussi intriguent), jouent sur plusieurs tableaux. Parfois, la course, ce n’est plus le cœur du métier, juste le passage obligé.
En réalité, la ville, la saison, la fatigue, la capacité à résister aux fluctuations rendent chaque revenu unique, instable, parfois frustrant, parfois grisant.
On cherche la recette, le bon horaire, la boucle parfaite où chaque kilomètre paie. Il y aura toujours des astuces : travailler pendant les événements, viser les aéroports, espérer le pourboire miraculeux. Mais la part d’incertitude, elle, ne disparaît jamais complètement. Ce qui est vrai demain ne l’était pas hier, ça tangue, ça s’ajuste.
On compare, forcément : à la paie d’un vendeur automobile, à la sécurité d’un emploi salarié. On se demande si la liberté vaut le coût, si ce salaire, parfois attractif, mérite l’endurance. Beaucoup finissent par rêver d’autre chose, de stabilité ou d’un autre danger, mais gardent, pour un temps, le goût du bitume et le frisson de la course imprévue.
C’est là que ça devient intéressant : chaque revenu VTC, ce n’est jamais seulement une somme, mais une histoire. Et la route, pour ceux qui l’arpentent, n’a pas fini d’être sinueuse.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.