
Qui n’a jamais hésité avant de franchir le pas du bilan de compétences, justement à cause du prix ? Salarié, demandeur d’emploi ou en pleine reconversion, les règles du jeu changent selon votre parcours. Et parfois, une surprise se cache derrière le chiffre affiché.
Dès les premières recherches, la fourchette des tarifs pour un bilan de compétences désoriente : 1 450 € ici, 1 800 € là, parfois plus de 2 000 €. Ce n’est jamais net et carré, sauf sur les devis. Pourtant, on sent vite que derrière les chiffres s’entremêlent des histoires de vie, des contextes de travail, des envies d’ailleurs ou juste un besoin de souffler un peu. On aimerait que tout soit simple, affiché noir sur blanc, mais non : tout dépend de la manière, du temps, de l’accompagnement et du moment où l’on frappe à la bonne porte.
On pense toujours que le prix dépend d’une règle stricte. En réalité, la durée change tout. Un bilan de moins de 10 heures ? Moins cher… mais parfois bâclé, trop superficiel. Entre 10 et 20 heures, c’est là qu’on se donne vraiment l’espace de réfléchir, de rallumer la petite lueur sur son propre parcours. Plus de 20 heures, c’est un tunnel, mais il peut révéler l’improbable. S’ajoutent le format – présentiel, distanciel, hybride – et la notoriété du cabinet ou du consultant. Les réussites passées ont un prix. Certains affichent leur expérience, d’autres surfent sur la nouveauté façon start-up. Ça se paie ou ça se tente.
Souvent, on imagine que le CIF (anciennement) ou le CPF de transition professionnelle va tout prendre en charge. Pour les salariés en CDI – cinq ans d’expérience dont un an dans la boîte – la porte est ouverte. En CDD, c’est plus compliqué : coups de tampon administratifs, conditions d’ancienneté, parfois l’impression de grimper un col alors qu’il fait déjà chaud. Et pourtant, la prise en charge, c’est alléchant, surtout lorsque l’OPACIF ou le FONGECIF couvre l’intégralité. Les attributions régionales restent mouvantes et tout le monde ne rentre pas dans la case.
Avec France Compétences qui plafonne le financement par le CPF à 1 750 € TTC depuis 2024, on sent venir la tension. Les prestataires doivent s’adapter, certains raccourcissent leurs formules, d’autres proposent des modules à la carte, payables en plusieurs fois. Beaucoup râlent en sourdine, pas toujours à cause du montant, mais de ce qui se perd dans la translation : l’accompagnement, la patience, le temps long. Les offres qui débordent du plafond ? Parfois prises en charge en partie par l’entreprise, parfois bricolées au coude à coude avec Pôle Emploi grâce à des aides individuelles à la formation. Rien n’est figé, et tout évolue à petits pas.
On se focalise souvent sur le prix. Pourtant, derrière, il y a le contenu : entretiens individuels, tests psychométriques, analyses du chemin parcouru. Le document de synthèse, ce petit livret parfois plus précieux qu’un diplôme. Le suivi, souvent négligé, qui permet de ne pas retomber dans les mêmes chaussettes au bout de six mois. Ce que peu de gens voient, ce sont aussi les simulacres : de faux bilans proposés au rabais, là où le suivi se limite à deux visios et trois fichiers PDF. D’où l’importance de comparer et d’interroger les prestataires sur ce qui est réellement inclus.
Il arrive que le bilan de compétences soit initié par l’entreprise, surtout dans les sociétés de plus de 50 salariés, inscrivant cela au plan de formation. La demande se discute lors de l’entretien annuel, se traduit par une convention tripartite : employeur, salarié, prestataire. Là, on croit souvent que tout est gagné. Pourtant, les modalités et le budget se discutent au cas par cas, le contenu du bilan aussi. Parfois perçu comme une faveur, parfois comme une obligation embarrassante, tout dépend de la manière dont c’est amené.
Claire, c’est l’ombre des open-spaces, les cafés avalés debout et les réunions interminables. Après quinze ans dans la même entreprise, elle a demandé un bilan de compétences presque à voix basse. Le devis affichait 1850 €. Grâce au CPF et au soutien de son manager, elle n’a rien payé. Sauf… le temps investi et l’énergie pour faire face à ses propres questions. Ce qui est étrange, c’est qu’au bout du compte, elle n’a pas changé de voie. Mais elle a retrouvé un sens, de vieux projets rangés, et son rire à la pause de 10 heures.
Ce que tout le monde redoute : sortir du cadre, dépasser le plafond CPF et payer de sa poche. Mais ces montants, parfois impressionnants, peuvent être fractionnés. Les organismes proposent de payer en plusieurs fois, les employeurs débloquent des fonds oubliés, et des aides existent, parfois insoupçonnées, listées sur des sites spécialisés. Les demandeurs d’emploi disposent aussi de solutions, via l’AIF, détaillées ici : CPF après licenciement ou inaptitude. Ne pas demander, c’est passer à côté. Une prudence peut coûter plus cher qu’on ne croit.
C’est là que ça devient intéressant. Faire un bilan de compétences, c’est injecter de l’humain dans les chiffres. Payer pour rencontrer une version plus lucide de soi-même. On croit choisir une prestation, on adopte surtout une posture : celle de s’offrir un espace pour (re)penser sa place. Rien de plus personnel – et, oui, parfois, étrange dans sa simplicité.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.