
Quand un blockbuster à 100 millions de dollars rapporte à peine 51 millions au box-office mondial, ce n’est pas un simple échec. C’est une déroute. Quand ce film obtient le pire score critique de toute sa franchise avec un humiliant 14% sur Rotten Tomatoes, on parle de catastrophe. Mais quand ce désastre intervient neuf ans après le dernier opus, qu’il réunit pourtant Jason Statham, Sylvester Stallone, Megan Fox et 50 Cent, et qu’il échoue à atteindre ne serait-ce qu’un quart des recettes du premier volet, alors on assiste à quelque chose de bien plus rare dans l’industrie hollywoodienne : la mort publique d’une saga autrefois rentable.
Budget : 100 millions de dollars
Recettes mondiales : 51,1 millions de dollars (perte estimée à 50 millions minimum)
Score Rotten Tomatoes : 14% (record négatif de la franchise)
Box-office US : 16,7 millions de dollars sur le premier week-end, contre 34,8 millions pour le premier Expendables en 2010
Entrées France : 325 000 (contre 1,65 million pour le premier volet)
Constat : Le quatrième opus représente une chute de 84% par rapport au premier film au niveau des recettes américaines

Les statistiques parlent d’elles-mêmes, avec une brutalité cinglante. Lorsque Sylvester Stallone lance la franchise Expendables en août 2010, le pari semble audacieux mais fonctionne : réunir les légendes du cinéma d’action des années 80 et 90 dans une nostalgie musclée qui flirte avec l’auto-parodie. Le premier film récolte 268 millions de dollars dans le monde. Le deuxième opus, en 2012, atteint même le sommet de la franchise avec 312 millions de dollars au compteur. Une performance solide qui valide le concept.
Puis vient la descente. Expendables 3, en 2014, chute à 209 millions. Déjà préoccupant, mais rien de catastrophique. Le vrai effondrement arrive en septembre 2023 avec ce quatrième volet qui, neuf ans plus tard, ne parvient même pas à dépasser les 52 millions de dollars mondiaux. Aux États-Unis, territoire historiquement porteur pour la franchise, le film s’écroule littéralement : 16,7 millions de dollars de recettes totales contre 103 millions pour le premier Expendables. Un ratio qui fait froid dans le dos pour n’importe quel producteur hollywoodien.
En France, le désintérêt atteint des sommets avec seulement 325 000 entrées enregistrées, soit cinq fois moins que le film original. Ce rejet massif du public européen traduit une fatigue profonde face à une formule usée jusqu’à la corde, incapable de renouveler son discours ou même d’assurer un niveau de qualité technique minimal.
| Film | Année | Box-office US | Box-office mondial | Entrées France |
|---|---|---|---|---|
| The Expendables | 2010 | 103 millions $ | 268 millions $ | 1,65 million |
| The Expendables 2 | 2012 | 85 millions $ | 312 millions $ | 1,96 million |
| The Expendables 3 | 2014 | 39 millions $ | 209 millions $ | Non communiqué |
| Expend4bles | 2023 | 16,7 millions $ | 51,1 millions $ | 325 000 |
Rares sont les films qui provoquent un consensus négatif aussi unanime. Avec son score de 14% sur Rotten Tomatoes, Expendables 4 pulvérise tous les records à la baisse de la saga. Pour contextualiser : le premier opus affichait un respectable 41%, tandis que le deuxième atteignait 67%. Même le troisième volet, déjà critiqué, conservait 31%. Mais ce quatrième chapitre franchit une ligne invisible, celle où l’indulgence du public envers une franchise familière bascule dans le rejet pur.
Les journaux anglophones ne prennent aucune précaution. The Sun écrit : “Ennuyeux, prévisible et dépourvu de bonnes punchlines ou de personnages sympathiques, la seule chose que vous recherchez est la fin.” CNN va plus loin en ironisant : “The Disposables le décrirait mieux”, jeu de mots cruel qui remplace “les increvables” par “les jetables”. Le Daily Express ne mâche pas ses mots non plus : “Rien ici n’a de sens.”
Ces critiques ciblent systématiquement les mêmes faiblesses : des effets spéciaux calamiteux, une mise en scène sans âme, un scénario d’une banalité confondante et surtout une impression générale de production bâclée. Pour un film dont le budget atteint 100 millions de dollars, l’incapacité à livrer des séquences d’action convaincantes constitue un mystère autant qu’un scandale. Les explosions ressemblent à des animations de téléfilm des années 2000, les incrustations numériques manquent de finition, et la photographie oscille entre terne et artificielle.
Derrière chaque naufrage cinématographique se cache souvent une erreur de casting derrière la caméra. Scott Waugh, réalisateur choisi pour diriger Expendables 4, n’est pas un inconnu total : il a signé Act of Valor en 2012, un film d’action militaire au budget modeste qui avait surpris par son réalisme brut. Mais entre réaliser un film indépendant à 12 millions de dollars et orchestrer un blockbuster international avec un casting de stars vieillissantes, un gouffre existe.
Waugh, également ancien cascadeur, semblait sur le papier le candidat idéal pour une franchise bâtie sur l’action physique et les cascades spectaculaires. Dans les faits, son manque d’expérience avec des productions de cette envergure transparaît à chaque plan. Le rythme du film souffre d’une incohérence chronique, les scènes d’action manquent de fluidité, et surtout, Waugh ne parvient jamais à insuffler cette énergie ironique qui faisait le charme des premiers Expendables.
On peut légitimement s’interroger sur les circonstances qui ont conduit à ce choix. Sylvester Stallone, qui avait initialement quitté le projet en 2017 en raison de divergences artistiques avec la production, est finalement revenu un an plus tard. Mais son investissement dans ce quatrième volet semble minimal : son rôle est réduit, son personnage Barney Ross meurt rapidement dans le film, et son absence lors de la promotion pèse lourd. Cette désaffection du créateur de la franchise agit comme un signal d’alarme que personne n’a voulu entendre.
Sur le papier, Expendables 4 disposait pourtant d’atouts considérables. Jason Statham reprend le flambeau en leader de l’équipe, secondé par les vétérans Dolph Lundgren et Randy Couture. L’arrivée de nouveaux visages devait insuffler du sang frais : Curtis “50 Cent” Jackson, Megan Fox, les virtuoses des arts martiaux Tony Jaa et Iko Uwais, sans oublier Andy Garcia dans un rôle de soutien. Un casting qui mélange nostalgie et renouveau, expérience et fraîcheur.
Pourtant, rien ne fonctionne. Les nouveaux venus sont sous-exploités, réduits à des rôles fonctionnels sans épaisseur ni développement. Megan Fox, censée apporter une dimension féminine plus affirmée après les critiques sur le machisme des précédents opus, se retrouve cantonnée à un personnage unidimensionnel. Tony Jaa et Iko Uwais, deux prodiges du cinéma d’action asiatique capables de chorégraphies de combat éblouissantes, sont gaspillés dans des séquences banales qui ne valorisent pas leur talent unique.
Quant à Statham, il porte le film sur ses épaules avec professionnalisme mais sans conviction apparente. Son charisme habituel ne suffit pas à compenser un scénario creux et des dialogues embarrassants. L’acteur britannique, pourtant capable de transcender des productions modestes par sa seule présence, semble ici prisonnier d’un navire qui coule, incapable de le redresser malgré tous ses efforts.
Le contexte de sortie n’a rien arrangé. L’été 2023 marque le début de la grève historique des acteurs et scénaristes hollywoodiens, paralyant l’industrie pendant des mois. Cette mobilisation massive interdit aux comédiens de promouvoir leurs films, privant Expendables 4 de toute visibilité médiatique au moment crucial de son lancement. Pas de tournées promotionnelles, pas d’interviews télévisées, pas de présence sur les réseaux sociaux. Le film débarque dans les salles dans un silence assourdissant, comme un fantôme sans ambassadeurs.
Cette absence de promotion amplifie tous les défauts du film. Là où un marketing agressif aurait pu masquer temporairement les faiblesses du produit et générer des entrées initiales respectables, le vide promotionnel expose Expendables 4 dans toute sa médiocrité. Le bouche-à-oreille négatif se répand instantanément, sans contre-offensive possible. Les quelques tentatives de communication via les réseaux sociaux officiels tombent à plat, alimentant davantage le ridicule qu’elles ne suscitent l’intérêt.
Certains analystes estiment que cette grève a coûté au film entre 10 et 15 millions de dollars de recettes potentielles. Un chiffre non négligeable, mais qui n’aurait de toute façon pas sauvé le film d’un échec commercial cuisant. Au mieux, la production aurait limité les dégâts. Au pire, ce qui s’est effectivement produit, Expendables 4 devient un cas d’école d’un projet condamné dès sa conception.

Le concept initial des Expendables reposait sur un pari audacieux : capitaliser sur la nostalgie des amateurs de films d’action des années 80-90 en réunissant leurs idoles sur un même écran. Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis, Jet Li, Chuck Norris, Jean-Claude Van Damme… La liste des apparitions célèbres dans les trois premiers films ressemble à un panthéon du genre. Cette formule a fonctionné un temps, portée par l’affection sincère du public pour ces légendes vieillissantes.
Mais en 2023, treize ans après le premier Expendables, cette nostalgie s’est épuisée. Le public a évolué, ses attentes ont changé. Les blockbusters modernes privilégient des narrations complexes, des personnages nuancés, des effets visuels de pointe et une réflexion thématique minimale. Expendables 4 arrive comme un vestige d’une époque révolue, incapable d’adapter sa formule ou d’offrir quoi que ce soit de nouveau.
La comparaison avec d’autres franchises d’action contemporaines est cruelle. Mission Impossible continue de repousser les limites avec des cascades réelles et une mise en scène virtuose. John Wick a redéfini le film d’action moderne par son style visuel léché et ses chorégraphies millimétrées. Fast and Furious, malgré son absurdité assumée, maintient un succès commercial impressionnant grâce à son évolution constante. Expendables, lui, stagne, prisonnier d’une formule périmée qu’il refuse ou ne sait pas faire évoluer.
Avec de tels résultats, difficile d’imaginer un cinquième volet. Les producteurs Avi Lerner et Millennium Films, habitués à enchaîner les suites rentables, font face à une réalité brutale : la franchise Expendables est morte. Les pertes financières estimées entre 50 et 70 millions de dollars rendent tout investissement futur impensable sans une refonte totale du concept.
Sylvester Stallone, désormais âgé de 77 ans, a probablement tiré un trait définitif sur Barney Ross. Son absence criante lors de la promotion d’Expendables 4 et la mort de son personnage dans le film sonnent comme un adieu symbolique. Jason Statham, lui, poursuivra probablement sa carrière dans d’autres franchises plus lucratives et mieux gérées. Quant aux autres membres du casting, difficile de savoir si cette expérience catastrophique les incitera à revenir un jour.
L’échec d’Expendables 4 pose une question plus large sur la viabilité des franchises basées uniquement sur la nostalgie et le culte des personnalités. Sans vision artistique claire, sans renouvellement créatif et sans respect minimal des standards techniques actuels, aucune saga ne peut survivre indéfiniment sur ses acquis passés. Hollywood regorge de ces cadavres prestigieux, franchises autrefois florissantes réduites au statut de curiosités embarrassantes.
Ce quatrième opus restera dans les mémoires comme l’exemple parfait d’une production qui cumule tous les défauts possibles : réalisation médiocre, effets spéciaux ratés, scénario indigent, contexte de sortie catastrophique et surtout, absence totale de raison d’être. Un film qui n’aurait jamais dû exister, produit par inertie commerciale plutôt que par conviction artistique. Un testament accablant sur les dérives d’une industrie capable de dilapider 100 millions de dollars dans un projet voué à l’échec dès sa conception. L’histoire du cinéma retiendra Expendables 4 non pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il représente : la fin brutale d’une époque où le simple fait de réunir des stars musclées suffisait à remplir les salles.
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