
Un vocabulaire gonflé à bloc pour les sites et documents fédéraux, sans réécriture obligatoire des textes déjà publiés.
Donald Trump a signé un décret demandant aux agences fédérales d’employer Super Intelligence à la place d’artificial intelligence ou d’AI sur leurs sites, dans leurs documents de politique publique et leurs communiqués. Le vocabulaire monte en gamme; les textes déjà publiés n’ont pas à être retouchés.
La consigne vise des supports administratifs précis. Elle ne doit pas être comprise comme une obligation de rebaptiser rétroactivement tout ce que le gouvernement américain a écrit sur le sujet : les réglementations et documents antérieurs peuvent conserver leur terminologie. Ce détail délimite la portée du décret, loin d’une réécriture générale du corpus fédéral.
Le choix des mots mérite pourtant qu’on s’y arrête. Le texte présente Super Intelligence comme le remplacement d’une définition légale plus large de l’IA. Or, dans le secteur technologique, cette expression désigne aussi des systèmes particulièrement puissants. Une désignation administrative et une catégorie de capacités se retrouvent sous la même étiquette.
On peut donc rencontrer le nouveau terme dans un document fédéral sans y lire la description d’un système aux performances exceptionnelles. C’est le point de vigilance : le décret prescrit un vocabulaire, il ne constitue pas une évaluation technique. Prendre cette appellation pour une preuve de puissance reviendrait à confondre l’étiquette avec le contenu de la boîte.
Le décalage tient précisément à l’étendue des deux notions. Une définition légale générale permet de désigner largement une technologie; un terme associé à des systèmes particulièrement puissants suggère un seuil de capacités. Les employer comme des équivalents brouille cette distinction. Le mot fait du muscle, mais ce n’est pas une mesure.
Lors de l’annonce, Trump a défendu ce choix de vocabulaire et déclaré vouloir arrêter les usages nuisibles. Cette volonté présidentielle doit être distinguée de la consigne adressée aux agences : les propos rapportés ne détaillent pas les mesures destinées à atteindre cet objectif. Une promesse de contrôle n’est pas encore un dispositif de contrôle.
Après un déjeuner avec des dirigeants du secteur technologique et des responsables publics, le président a également exprimé une préférence pour l’autorégulation. Il a cité le ministère de la Justice et le FBI comme dispositifs de régulation existants. Deux éléments se côtoient donc dans son discours : laisser les acteurs se réguler et mettre en avant les institutions déjà en place.
Le changement de terminologie est prescrit; les intentions sur l’encadrement restent des déclarations. Cette distinction évite de prêter au décret un mécanisme supplémentaire de surveillance ou de sanction que les annonces ne décrivent pas.
Trump a aussi déclaré que les entreprises devraient contribuer à répondre aux besoins des communautés où elles construisent des centres de données, notamment par des ressources et un soutien économique. Là encore, il s’agit d’une position présidentielle, pas d’un engagement formalisé des entreprises. Aucun engagement de cette nature n’accompagne les déclarations rapportées.