Chez Seth MacFarlane, la blague n’a jamais empêché le sérieux de faire son petit bonhomme de chemin. Avec The Orville, il a bricolé une série qui joue les héritières de Star Trek: The Next Generation tout en gardant l’air de rire sous cape, et les fans ont flairé très vite le vrai truc qui change tout : le son, l’ampleur, la manière de traiter chaque épisode comme un mini long métrage.

Pour situer le terrain, on parle d’une série lancée en 2017 sur Fox, pensée par Seth MacFarlane, déjà bien installé dans le paysage télévisuel américain avec Family Guy, American Dad! et son goût très assumé pour la pop culture qui se regarde dans le miroir. Le bonhomme n’a pas débarqué de nulle part : adolescent, il tournait déjà dans des fan films Star Trek, et il a même fait une apparition dans Star Trek: Enterprise. Autrement dit, The Orville n’est pas un caprice de star en mal de vaisseaux spatiaux, mais une vieille obsession enfin montée à l’échelle industrielle. Et comme souvent à Hollywood, quand un fantasme d’ado passe au budget pro, ça coûte plus cher qu’un simple clin d’œil. Le résultat, lui, sent moins la parodie que l’amour du genre en costume de comédie.

Ce qui a frappé les spectateurs dès le pilote, c’est cette sensation rare à la télévision : on n’est pas dans une série qui économise sa mise en scène à chaque plan. MacFarlane a expliqué à Forbes en 2017 que la série utilisait un orchestre de 75 musiciens pour enregistrer sa musique, et qu’il voulait que l’ensemble sonne comme un film. L’idée n’est pas cosmétique. Elle change la perception du récit, elle donne du poids aux trajectoires, elle installe une gravité presque old school dans un objet qui, en surface, aligne les vannes et les gags de couloir. C’est là que The Orville devient plus malin que son pitch : elle fait croire à une comédie spatiale alors qu’elle vise la grande tradition de l’aventure télévisée à l’ancienne.

Le vaisseau rigole, l’orchestre ne plaisante pas

En réalité, le détail qui a rendu MacFarlane si content, ce n’est pas seulement que les fans aient remarqué la musique. C’est qu’ils aient compris le contrat proposé par la série. Dans une époque où tant de productions de science-fiction se contentent d’un habillage numérique bien lisse et d’un univers étendu vendu en kit, The Orville prend le contre-pied : lumière franche, décors lisibles, effets spéciaux généreux, costumes qui ne cherchent pas à faire « moderne » à tout prix. On est presque dans une logique de studio classique, avec cette volonté de donner au spectateur l’impression qu’on ne l’arnaque pas sur la marchandise. Pas de fausse modestie, pas de faux-fuyant. Ça envoie du bois, point barre.

MacFarlane a d’ailleurs insisté sur le fait que la série ne réservait pas ses gros moyens au seul épisode d’ouverture. Là encore, le sous-texte est limpide : combien de séries de SF claquent leur budget sur un pilote rutilant avant de se replier sur des intérieurs tristes comme un lundi matin ? The Orville veut éviter ce péché originel. Elle promet de maintenir le niveau sur la durée, dans les effets, les maquillages, les décors, les accessoires, bref dans tout ce qui fabrique la crédibilité d’un monde. Et ce n’est pas qu’une question d’argent : c’est une question de foi dans le genre. Quand la série sonne comme un film, elle cesse d’être une simple imitation de Star Trek et devient une machine à fantasmes à part entière.

Affiche de The Orville
Affiche de The Orville

Le clin d’œil qui cache un manifeste

On pourrait croire que le détail musical n’est qu’un gadget de fan. Sauf que non. Il dit quelque chose de plus large sur la manière dont MacFarlane travaille ses œuvres : il adore le décalage, mais il adore encore plus la sincérité derrière le décalage. Dans The Orville, les personnages peuvent être volontairement larges, les situations parfois appuyées, les dialogues souvent taquins ; malgré ça, la série défend une vision étonnamment droite de la science-fiction comme espace d’exploration morale et politique. Pas cynique, pas désabusée, pas en mode « regardez comme on déconstruit tout ». Non. Elle croit encore à l’élan, à la découverte, au collectif. Rien que ça, aujourd’hui, ça a presque des airs de provocation.

Et c’est sans doute pour cela que le public a réagi si vite au score : l’oreille a compris avant le cerveau que la série ne se contentait pas de singer un modèle. Elle voulait retrouver cette sensation de cinéma hebdomadaire, celle où chaque épisode a sa propre respiration, sa propre ampleur, sa propre petite fanfare intérieure. Ce n’est pas un hasard si MacFarlane, qui a longtemps cultivé l’art du contrepoint comique, s’amuse ici à faire cohabiter le gag et le souffle épique. Le bonhomme sait très bien qu’un bon thème orchestral peut faire plus pour l’émotion qu’un monologue bien torché. Et dans The Orville, la musique n’accompagne pas l’image : elle la hisse au niveau du mythe, mine de rien.

Pas juste un délire de geek bien financé

Ce qui rend l’affaire intéressante, c’est que The Orville se situe à un endroit un peu bancal et donc passionnant du marché télévisuel. Ni pure sitcom, ni grande saga dramatique, ni reboot officiel, ni spin-off paresseux, la série s’autorise une hybridation que les plateformes et les chaînes aiment en théorie, mais financent rarement avec autant de conviction. Elle emprunte à la comédie son tempo, à la SF son imaginaire, au cinéma son sens de l’ampleur. Bref, elle refuse de choisir sa case. Et c’est précisément ce qui la rend attachante.

Dans la rédaction, on aime bien ce genre d’objet qui a l’air de partir en vrille mais qui tient debout parce qu’il est pensé de bout en bout. Seth MacFarlane n’a pas seulement voulu faire rire les fans de Star Trek ; il a voulu leur offrir une version qui assume la tendresse, la nostalgie et la dépense. Ce n’est pas si courant. À l’heure où tant de franchises se contentent de recycler leur propre patrimoine comme une vieille poule aux œufs d’or qu’on secoue jusqu’à la dernière pièce, The Orville préfère remettre du panache dans la mécanique. Et ça, franchement, ça change l’air du temps. Le détail que les fans ont repéré n’était pas un détail : c’était la preuve que la série voulait jouer dans la cour des grands sans renoncer à sourire.

Alors oui, on peut toujours réduire The Orville à une blague de passionné devenue série télé. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Le vrai sujet, c’est qu’elle traite la télévision comme un terrain où l’on peut encore faire du grand spectacle avec du cœur, du goût et un peu d’auto-dérision. Pas mal pour un vaisseau qui, sur le papier, avait tout pour finir en gag de plus. Et si le public a entendu l’orchestre avant tout le reste, c’est peut-être parce qu’il reconnaît toujours, au fond, quand une série a décidé de ne pas faire semblant. Le plus drôle, c’est que Seth MacFarlane, lui, n’a jamais prétendu faire autre chose.

Bande-annonce VF de The Orville

Part.
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