Au premier trimestre 2026, le marché du streaming français reste un oligopole de fait, où trois plateformes se partagent 65 % de l’intérêt des spectateurs. Netflix trône à 24 % de parts de marché selon le baromètre trimestriel JustWatch publié en mai 2026, Prime Video recule légèrement à 21 % (un point perdu par rapport à fin 2025), et Disney+ se stabilise à 20 %. Trois géants américains, un quasi-monopole, et six autres plateformes qui se disputent le quart restant.
Pour rappel, à l’été 2025, Netflix et Prime Video se tenaient à un point d’écart. La légère reconstitution de l’écart en début 2026 confirme une chose que les analystes avaient arrêté de pronostiquer depuis 2022 : Netflix reste la valeur refuge du streaming hexagonal, et personne ne le détrône dans un futur proche.
Le tableau des parts, ou qui grignote qui
| Plateforme | Part T1 2026 | Tendance | Visualisation |
|---|---|---|---|
| Netflix | 24 % | Stable | |
| Prime Video | 21 % | ▼ −1 pt | |
| Disney+ | 20 % | Stable | |
| Apple TV+ | 12 % | ▲ progression | |
| Canal+ | 8 % | ▲ +2 pts | |
| Paramount+ | 5 % | ▲ progression | |
| HBO Max | < 5 % | ▼ −3 pts |
Apple TV+ et Canal+ : la chirurgie et le retour du natif
Plus bas dans le classement, Apple TV+ grimpe à 12 % de parts de marché au T1 2026, en progression constante depuis plusieurs trimestres. Sur l’ensemble de 2025, la plateforme d’Apple a signé la plus forte croissance du marché français selon JustWatch, gagnant deux points au premier semestre. La recette tient en peu de mots : un catalogue restreint mais chirurgicalement précis, entre Silo, The Morning Show, et une politique d’acquisition de films à gros budget qui commence à peser.
Canal+ de son côté affiche 8 % de parts de marché, en progression nette de deux points depuis fin 2025. C’est le vrai séisme discret du début d’année : la plateforme française dépasse désormais HBO Max, qui perd environ trois points entre décembre 2025 et mars 2026. Canal+ a décidé d’arrêter de mourir, ce qui est déjà un début. Paramount+ ferme le classement à 5 %, en progression régulière, et confirme une installation durable sur le marché hexagonal.
Prime Video et le churn : 1,2 million de désabonnements par mois, et ça repart quand même
Une étude Spliiit publiée en mars 2026 s’est penchée sur le taux de désabonnement mensuel des plateformes françaises. Netflix affiche un churn mensuel de 5,62 %, ce qui reste remarquablement bas pour un service à ce prix. Disney+ n’est guère plus loin avec 7,25 %, soit 689 000 résiliations par mois sur 9,5 millions d’abonnés.
« La capacité de la plateforme à convertir ses utilisateurs Amazon en vrais fidèles du streaming. », Spliiit, étude sur le churn des plateformes SVOD en France, mars 2026.
Prime Video affiche 12,64 % de désabonnement mensuel, 1,2 million d’utilisateurs qui s’en vont chaque mois, sur 9,5 millions. La plateforme d’Amazon pose une vraie question de fond : à quoi sert un abonnement que personne ne prend vraiment pour le streaming ? La réponse, brutale, tient au réflexe Amazon Prime chez les gros acheteurs en ligne. Ce n’est pas un abonnement streaming, c’est un droit de passage qui donne accès à Prime Video par défaut, que l’utilisateur le veuille ou non.
HBO Max et Apple TV+ ne sont pas en reste côté désabonnement, avec des taux dépassant les 9 % mensuels. La logique est connue : moins ancrées dans les habitudes que Netflix, ces plateformes attirent les utilisateurs pour un programme précis, une série événement, un film exclusif, avant de les voir résilier dès la fin du visionnage. Le binge-and-leave, nouvelle religion du spectateur pressé.
Un tiers des Français paient pour regarder leur plafond
Selon une enquête Ipsos présentée à Médias en Seine 2025 auprès de 1 000 Français, 70 % sont abonnés à au moins une plateforme de streaming, pour une facture mensuelle moyenne de 26 euros. Les moins de 35 ans cumulent en moyenne 2,9 abonnements par personne, contre 1,8 pour l’ensemble de la population. Une étude Spliiit d’octobre 2025 confirme que 15 % des formules payantes actives ne sont jamais ou quasi jamais utilisées, soit plus d’un abonnement actif sur sept. Parmi eux, 38 % déclarent garder l’abonnement dans l’espoir de s’en resservir bientôt. La tranche 18-24 ans représente 45 % de ces zombies d’abonnements.
Les données Arcom pour 2025 complètent le tableau : Netflix capte 55 % des foyers ayant accès au streaming payant, Amazon Prime 42 %, Disney+ 29 %. Et 22 % des utilisateurs accèdent à leur plateforme via des codes extérieurs, partages d’abonnement, offres groupées. Du côté du sport en streaming, près d’un Français sur trois passait par beIN Sports, RMC Sport ou DAZN en 2025, avec des taux de partage records : Crunchyroll à 43 %, RMC Sport à 33 %. Le streaming sportif reste, de très loin, le segment le moins fidélisé du marché.
Croissance à deux chiffres et guerre des catalogues : à qui la prochaine chaise ?
L’Observatoire de la vidéo à la demande du CNC, publié en janvier 2025, indiquait que le marché vidéo français avait renoué avec une croissance à deux chiffres en 2024, après deux années de ralentissement. Le marché mondial du streaming vidéo était valorisé à 811 milliards de dollars en 2025 selon Fortune Business Insights, avec un horizon à 969 milliards en 2026. Des chiffres qui donnent le tournis, mais qui masquent une réalité bien française : la bataille n’est plus sur l’acquisition d’abonnés, elle est sur leur rétention, et dans ce jeu, Netflix joue dans une autre catégorie.
Les catalogues des plateformes disponibles en France s’étoffent chaque trimestre, mais l’équation économique pour les challengers reste brutale. Produire suffisamment de contenus exclusifs pour justifier un abonnement supplémentaire, dans des foyers qui rechignent à multiplier les lignes de prélèvement. Netflix mise sur des blockbusters d’envergure, l’adaptation de Narnia par Greta Gerwig, attendue pour décembre 2026, représente un pari à plusieurs centaines de millions de dollars qui illustre parfaitement la logique de la guerre des catalogues. Quand Horizon de Kevin Costner cartonne sur la plateforme après un échec en salle, on mesure à quel point Netflix est devenu le filet de sécurité de l’industrie cinématographique mondiale.
La question que personne ne pose vraiment à voix haute : le marché français peut-il absorber durablement six à sept plateformes rentables ? L’histoire des médias de masse répond en général non. Reste à savoir qui récupérera la chaise quand la musique s’arrêtera, et si Canal+ a vraiment les moyens de jouer cette partie jusqu’au bout.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



