Aaron Sorkin relie radicalisation numérique et assaut du Capitole dans un dernier acte qui laisse peu de place à la subtilité.
Dans The Social Reckoning, la reconstitution du 6 janvier 2021 donne un visage au passage de la radicalisation en ligne à la violence. Un choix lisible, mais dont l’insistance nourrit la réserve critique : faut-il encore souligner un lien que le récit a déjà installé?
Le long métrage d’Aaron Sorkin, un drame et thriller de 112 minutes, suit notamment Frances Haugen et le journaliste Jeff Horwitz dans leur démarche pour révéler les effets de Facebook sur ses utilisateurs. Son dernier acte change de terrain : il reconstitue l’assaut du Capitole, avec les attaques contre les policiers. L’enquête sur les effets du réseau social rencontre alors la violence physique.

Ce déplacement ne repose pas seulement sur la représentation d’un événement historique. Une jeune femme présentée auparavant comme radicalisée par les réseaux sociaux apparaît parmi les assaillants. Le film raccorde son parcours à l’insurrection. Le problème n’est pas ce qu’il veut montrer, mais la force avec laquelle il appuie sur le raccord.
Du fil d’actualité à la ligne de front
Le retour de ce personnage donne une continuité au récit. La radicalisation n’est plus uniquement un phénomène que Haugen et Horwitz cherchent à exposer : elle trouve un prolongement dans les actes d’une personne déjà introduite. On comprend le geste dramaturgique. Une trajectoire individuelle sert de point de contact entre les effets des réseaux sociaux et une scène collective de violence.
La réserve critique porte précisément sur cette fonction démonstrative. En plaçant la jeune femme parmi les assaillants, le film rend son argument particulièrement explicite. Le personnage risque alors de devenir moins une présence dramatique qu’une preuve à l’intérieur du récit. Le trait est clair, peut-être trop : le spectateur n’a plus beaucoup de chemin à faire lui-même.

Cette objection ne conteste pas la présence du 6 janvier dans le film. Elle vise le degré de subtilité du dispositif. Reconstituer l’assaut et faire revenir ce personnage sont deux décisions distinctes; leur combinaison transforme la séquence en aboutissement très appuyé de son parcours. Pas besoin de sortir le surligneur, on a compris.
Quand la preuve prend toute la place
Le récit consacré à Haugen et Horwitz possède déjà un objet concret : révéler les effets de Facebook sur ses utilisateurs. La séquence du Capitole ajoute une autre manière de les représenter, en passant par une participation à la violence. L’enquête expose; le dernier acte veut donner corps à l’exposition. C’est dans cette seconde opération que se situe la limite relevée.
La lisibilité du lien constitue aussi l’intérêt du choix : le film ne laisse pas la radicalisation numérique dans l’abstraction. Mais cette clarté a son revers lorsqu’un personnage porte aussi nettement la démonstration. La réserve concerne donc ce raccord précis, pas un jugement exhaustif sur les 112 minutes du long métrage. Dans le dernier acte, la jeune femme présentée auparavant comme radicalisée rejoint les assaillants du Capitole.


Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.