Garance : Adèle Exarchopoulos joue une actrice qu’on oublie de rappeler

Une comédienne qui décroche des rôles sans percer, boit pour tenir le coup et répond « ça va » quand ça ne va plus du tout : dans Garance, sorti le 23 septembre 2026, Adèle Exarchopoulos joue loin de son statut de star. C’est là que le film de Jeanne Herry devient intéressant.

Garance n’est pas une actrice ratée. Elle travaille, passe des auditions, monte sur scène, fait du doublage. Elle a même une vie amoureuse. Seulement voilà : sur les huit années que traverse le film, l’alcool passe peu à peu du verre pris pour souffler au réflexe dont elle ne sait plus se défaire. Pas de chute spectaculaire dès le premier quart d’heure. Plutôt une série de petits arrangements avec soi-même, ceux qu’on trouve encore raisonnables le mardi et qu’on ne sait plus expliquer le vendredi.

La star joue les seconds choix

Le rôle a quelque chose d’assez cruel pour Exarchopoulos. En 2013, elle partageait exceptionnellement la Palme d’or de La Vie d’Adèle avec Léa Seydoux et Abdellatif Kechiche. En 2024, elle recevait le César du second rôle pour Je verrai toujours vos visages, déjà signé Jeanne Herry. Sa filmographie raconte une actrice que les cinéastes s’arrachent ; Garance, elle, attend qu’on pense à l’appeler.

Ce n’est pas seulement un joli contraste pour les interviews. Dans sa présentation au Festival de Cannes, Herry explique avoir puisé dans son passé de comédienne pour écrire ce quotidien de travail et d’attente. Elle s’est aussi nourrie du témoignage d’une jeune femme sur sa dépendance à l’alcool. Le film tient dans ce frottement : devoir se montrer, séduire, assurer, quand une partie de sa vie commence à vous échapper. La méthode Coué, avec des horaires de répétition.

Un verre, puis l’addition

Garance continue longtemps à faire ce qu’on attend d’elle. C’est précisément le problème. Si elle avait cessé de travailler du jour au lendemain, son entourage aurait peut-être su nommer ce qui se passait. Là, les retards et les occasions manquées s’empilent assez lentement pour trouver chaque fois une excuse. Dans Variety, la critique publiée lors de Cannes saluait une interprétation « understated and deeply lived-in », sobre et profondément habitée. Exarchopoulos ne joue pas « l’alcoolique » en lettres capitales. Elle joue quelqu’un qui a encore demain à organiser.

Pauline, incarnée par Sara Giraudeau, entre dans cette vie sans pouvoir la remettre d’aplomb par la seule force de l’amour. Heureusement : la rédemption instantanée au premier baiser, on en a déjà assez bouffé. Leur relation donne au film autre chose qu’un tête-à-tête entre Garance et sa bouteille, même si c’est toujours cette dernière qui finit par réclamer le plus de place.

Bonne actrice, film moins net ?

La prestation fait davantage l’unanimité que le film. The Guardian trouve Exarchopoulos excellente mais juge le portrait de la dépendance peu convaincant. Variety est plus enthousiaste, tout en regrettant une résolution trop ordonnée. Ce désaccord dit quelque chose de Garance : on croit à cette femme quand elle est à l’écran ; on croit moins facilement à tout ce que le scénario décide pour elle.

Le film est passé par Cannes, cette grande machine à fabriquer des images de stars dont on connaît les excès. Exarchopoulos y présentait une femme qui attend qu’on lui donne sa chance. Sur les marches, c’est un rôle. Pour beaucoup de comédiennes, c’est mardi.

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