Marvel a trouvé son Angel, et il vient de l’écurie The Boys : Asa Germann, révélé dans Gen V, rejoint le reboot X-Men dans la peau de Warren Worthington III. Le genre adore recycler ses propres enfants prodiges, surtout quand la machine à fantasmes des mutants remet le couvert.

Pour rappel, Gen V a été arrêtée après sa deuxième saison, mais l’un de ses visages les plus marquants ne quitte pas la zone radioactive des super-héros. Selon The Hollywood Reporter, Asa Germann a été choisi par Marvel Studios pour incarner Angel dans le prochain X-Men, un projet qui s’inscrit dans la nouvelle phase de casting dévoilée en août 2026 lors de D23. On y retrouve Christopher Abbott en Professor X, Kit Connor en Cyclops, Samara Weaving en Emma Frost, Inde Navarrette en Rogue, Maya Boyd en Storm, Sadie Sink en Jean Grey et Adam Driver en Mister Sinister. Oui, ça commence à sentir le casting qui veut faire événement à chaque nom lâché. Et franchement, on comprend pourquoi : les mutants restent l’un des derniers grands totems pop capables de faire saliver les fans sans qu’on leur vende une énième table rase.

Il faut dire que X-Men n’est pas juste une franchise de plus dans l’écurie Marvel. C’est un morceau d’histoire du comic book américain, né en 1963 sous la plume de Stan Lee et le trait de Jack Kirby, avec cette idée simple et géniale : les super-héros les plus intéressants sont souvent ceux que la société regarde de travers. Angel faisait partie du groupe originel, avec ses ailes plumeuses, son élégance de demi-dieu et cette mélancolie très particulière des personnages qui ont l’air de planer au-dessus du monde tout en s’y cognant régulièrement. Chez Marvel, les mutants ne sont jamais seulement des mutants : ce sont des métaphores qui marchent sur deux jambes et qui, parfois, se prennent les pieds dans le tapis du blockbuster.

Des ailes, du casting et un petit parfum de passage de flambeau

Le choix d’Asa Germann n’a rien d’anodin. Dans Gen V, il incarnait Sam Riordan, personnage à la fois fragile, imprévisible et traversé de pulsions violentes, ce qui donne déjà une idée de la palette émotionnelle qu’il peut apporter à Angel. Et puis il y a ce détail délicieux : passer de l’univers détraqué de The Boys à l’univers étendu Marvel, c’est presque un gag industriel. On change de maison, mais on reste dans la grande foire aux super-pouvoirs. Le costume change, la logique de franchise, elle, ne bouge pas d’un poil.

Angel, lui, a déjà connu plusieurs vies au cinéma. Ben Foster l’a incarné dans X-Men: The Last Stand en 2006, puis Ben Hardy a repris le rôle dans X-Men: Apocalypse en 2016. Deux interprétations, deux époques, deux visions d’un personnage qui peut vite devenir décoratif si le scénario le traite comme un simple gars avec des ailes. C’est là que Marvel joue gros : faire exister Angel autrement qu’en joli accessoire volant. D’autant que le personnage porte en lui une tension très fertile entre grâce et violence, héritage aristocratique et corps monstrueux, image céleste et réalité charnelle. Bref, tout ce que les studios adorent quand ça peut se vendre en IMAX et en figurines.

Affiche de The Boys
Affiche de The Boys

Les mutants, cette vieille machine à fantasmes qui refuse de crever

En réalité, le retour des X-Men chez Marvel Studios raconte aussi une stratégie plus large. Après le rachat de la Fox par Disney en 2019, les mutants sont devenus l’un des derniers gros morceaux à intégrer proprement dans le grand récit Marvel. On parle ici d’une franchise qui a rapporté plusieurs milliards de dollars au box-office mondial sur ses différentes incarnations, et qui reste un fer de lance potentiel au moment où le MCU cherche à retrouver un peu d’élan. Les super-héros, on le sait, vivent par cycles : emballement, saturation, reflux, puis renaissance sous une nouvelle bannière. Les mutants reviennent toujours parce qu’ils sont moins des personnages que des symptômes de l’époque.

Et puis il y a la question du ton. X-Men a toujours été plus intéressant quand il accepte sa part de tragédie, de discrimination et de corps cabossés, plutôt que quand il se prend pour une parade de CGI. Angel, dans cette équation, peut devenir un personnage bien plus riche qu’un simple membre d’équipe. Il y a chez lui une dimension quasi biblique, mais aussi une vulnérabilité très humaine : voler ne protège pas de la chute. Ça, les scénaristes le savent. Reste à voir s’ils auront le cran de ne pas le lisser jusqu’à l’os. Parce qu’entre nous, un mutant trop propre, c’est un peu comme un concert sans larsen : ça fait joli, mais ça manque de nerf.

Le ciel, les plumes et le piège du joli garçon

Le vrai enjeu pour Asa Germann sera sans doute là : éviter que Angel ne soit réduit à son apparence. Le personnage a souvent souffert de cette image de beau gosse ailé, presque trop parfait pour exister dramatiquement. Or le matériau de départ est autrement plus tordu. Dans les comics, Warren Worthington III traîne une identité sociale bourgeoise, une relation compliquée à son corps, et une place ambiguë au sein des mutants. Tout ça peut donner un rôle de premier plan si Marvel accepte de le traiter comme un personnage de chair et de nerfs, pas comme une simple carte de collection premium.

On en revient toujours au même point avec les reboots : soit ils ressassent la nostalgie, soit ils prennent le risque de réinventer le centre de gravité. Le casting annoncé à D23 laisse espérer la deuxième option, au moins sur le papier. Si Marvel veut que ses mutants respirent, il va falloir leur laisser autre chose que des poses et des punchlines. Sinon, on aura encore un beau défilé de costumes, et un peu de vide sous les plumes. Ce qui serait dommage, quand on tient enfin un Angel qui a déjà prouvé qu’il savait survivre à la tempête des super-héros. Le ciel est grand, mais les pièges du genre le sont encore plus.

Bande-annonce VF de The Boys

Part.
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