Le DCU n’a pas attendu le deuxième épisode pour sortir le couteau. Dans Lanterns, la découverte du corps de Hal Jordan transforme la série en polar cosmique et, au passage, met James Gunn face à un joli casse-tête de continuité.

Depuis le lancement en 2025 de Superman, pensé comme le vrai coup d’envoi du nouvel univers DC, Warner Bros. avance ses pions avec une prudence de comptable et une ambition de joueur de poker. Lanterns, série HBO Max menée par Aaron Pierre, Kyle Chandler et Kelly Macdonald, s’inscrit dans cette stratégie de relance par les genres : moins de grandiloquence super-héroïque, plus de tension à la True Detective et de froideur méthodique à la Slow Horses. On n’est pas dans la parade de costumes, on est dans la mécanique du soupçon. Et le pilote, diffusé en 2026, ne traîne pas pour le faire comprendre : il installe trois temporalités, 1996, 2016 et 2026, avant de balancer son coup de massue final dans la neige de Rushville, Nebraska. Oui, le DCU veut désormais faire du Green Lantern avec des cadavres gelés et des questions de succession.

Et là, on bascule du simple mystère de série au vrai problème d’architecture pour tout l’univers partagé.

Une bague, un mort et beaucoup trop de questions

Le cœur du choc tient en une image très simple, presque insolente : John Stewart retrouve Hal Jordan mort, le front traversé par une balle, le corps figé dans la neige, et surtout son anneau disparu. Pas besoin d’un monologue de quinze minutes pour comprendre que la série vient de planter un drapeau dans la zone rouge. Dans une mythologie où le Power Ring désigne un successeur, où l’héritage compte autant que la puissance brute, la disparition de l’anneau n’est pas un détail de décor. C’est le péché originel du récit. Qui a tiré ? Qui a pris la bague ? Et surtout, pourquoi Stewart n’a-t-il plus rien au doigt en 2026 ? Le pilote ne lance pas une enquête, il lance une bombe à fragmentation.

Ce qui rend le twist malin, c’est qu’il ne joue pas seulement la carte du choc gratuit. Il reconfigure d’un coup la place de John Stewart dans le DCU. Aaron Pierre incarne ici un héros encore en formation, alors que Kyle Chandler, lui, semblait installé dans la fonction de mentor, presque de passeur. Sauf que la série inverse la table : le maître tombe, l’élève se retrouve seul, et l’horizon héroïque devient une affaire de deuil, de culpabilité et de transmission ratée. On connaît la chanson dans les franchises modernes, mais là, elle passe par un vrai geste de mise en scène. La neige, le silence, le stade de foot désert, la brutalité du constat : ça sent moins le comic book que le polar de province qui a mal tourné. Et franchement, ça fait du bien.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Le DCU en mode casse-tête chinois

Le problème, ou plutôt le plaisir, c’est que cette mort déborde immédiatement la série. Dans Superman, situé en 2025, Nathan Fillion campe déjà Guy Gardner au sein de la Justice Gang. Du coup, la chronologie se met à grincer. Si Gardner est actif avant 2026, où se situe Stewart ? Pourquoi n’est-il pas lui aussi en service ? A-t-il échoué dans son apprentissage ? A-t-il quitté le jeu ? Ou bien Hal Jordan a-t-il laissé la place à un autre porteur avant de disparaître ? Le récit joue sur cette ambiguïté avec une gourmandise presque cruelle. Le DCU adore parler d’univers étendu ; Lanterns lui répond avec une question de garde-robe et de succession.

Il y a là un vieux fantasme de la pop culture américaine : faire croire qu’un monde partagé tient debout comme un gratte-ciel, alors qu’en réalité tout repose sur des équilibres fragiles, des dates, des statuts, des relais. Le moindre changement de porteur d’anneau devient une affaire d’État. Et c’est précisément ce que la série exploite. En 2016, Hal Jordan raconte comment il a reçu l’anneau après l’accident d’Abin Sur, figure de gardien solitaire du secteur 2814. Là encore, la logique est claire : un protecteur, un successeur, un passage de flambeau. Sauf que le pilote de Lanterns vient peut-être de casser cette mécanique propre sur elle-même. On n’est plus dans la relève, on est dans la rupture. Et ça, pour une franchise qui cherche encore son rythme de croisière, c’est soit très malin, soit très risqué. Souvent, les deux à la fois.

Le polar comme planche de salut

Ce choix de ton n’est pas anodin. En empruntant aux séries policières les plus sèches de la dernière décennie, Lanterns évite le piège du spectacle en surchauffe. Pas de déluge d’effets pour l’instant, pas de démonstration de force à la chaîne, mais une enquête qui s’enracine dans un lieu précis, Rushville, et dans ses fantômes. Le fait que le corps de Jordan soit retrouvé exactement là où tout a commencé donne au décor une valeur quasi mythologique. Le Nebraska devient un point de fracture, un lieu de mémoire et de menace. Dans ce genre de récit, le territoire n’est jamais neutre : il finit toujours par rendre les coups.

Le plus intéressant, c’est que cette stratégie raconte aussi quelque chose du DCU lui-même. James Gunn a lancé la machine avec Superman en misant sur la clarté, la chaleur et l’accessibilité. Lanterns, lui, choisit l’ombre, le doute et la dissonance. Ce n’est pas une contradiction, c’est une méthode. Le nouvel univers DC semble vouloir se construire par contrastes, en évitant la monotonie du tout-numérique et du tout-spectaculaire. On prend un héros iconique, on le glisse dans un cadre de prestige drama, on le fait mourir au bout du premier épisode, et on regarde ce que ça produit. C’est audacieux, oui. C’est aussi une manière assez élégante de rappeler qu’une franchise n’existe que si elle accepte de se mettre en danger. Sinon, elle tourne à vide. Et là, on connaît la chanson, elle est longue et pénible.

Reste cette image finale, un Hal Jordan figé dans la neige comme une relique maltraitée, qui transforme la série en promesse de désordre. Le DCU voulait une nouvelle ère ; il a déjà son premier cadavre. Pas mal pour un pilote. Maintenant, il va falloir voir qui tient encore l’anneau, et qui a déjà les mains sales.

Bande-annonce VF de Lanterns

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