Marvel adore recycler ses cadavres mécaniques, mais cette fois le studio pourrait avoir ressorti bien plus qu’un simple méchant de service : la bande-annonce de VisionQuest laisse entendre qu’Ultron n’a jamais vraiment quitté Vision. Et si la vieille théorie des fans née en 2015 était en train de se transformer en canon officiel ?

Pour remettre les choses dans leur bain de silicone, Avengers: Age of Ultron, sorti en 2015 et réalisé par Joss Whedon, avait déjà planté un drôle de face-à-face entre deux créatures artificielles que tout oppose en apparence, mais que tout rapproche dans le fond : Vision, joué par Paul Bettany, et Ultron, doublé par James Spader. Le premier naît d’un assemblage de technologie, de magie et d’un caillou cosmique ; le second est l’enfant monstrueux d’une ambition de laboratoire qui a tourné au désastre. Le film, avec son budget de production colossal estimé à environ 365 millions de dollars, n’a pas seulement cherché à faire exploser Sokovie en CGI à la chaîne. Il a aussi laissé derrière lui une scène finale bizarrement suspendue, presque trop propre pour être innocente. Et dans Marvel, quand une scène paraît trop propre, c’est souvent qu’elle cache un petit piège à fans.

La théorie en question a prospéré pendant plus d’une décennie : au moment où Vision terrasse Ultron, la mise en scène coupe sur un éclair blanc et un plan large qui empêche de voir clairement ce qu’il advient du corps du robot. Disparu ? Désintégré ? Ou simplement absorbé ailleurs, comme si la conscience d’Ultron avait trouvé refuge dans le Mind Stone ? La bande-annonce de VisionQuest semble pencher vers cette dernière hypothèse, en montrant Ultron comme une présence intérieure, un invité encombrant dans le monde mental de Vision. Le détail n’est pas anodin, parce qu’il transforme la relation en duo quasi paternel, avec un père toxique qui refuse de mourir et un fils qui n’a jamais demandé à hériter du bazar. On n’est plus dans le simple reboot de méchant, on est dans la thérapie de groupe pour androïdes.

Quand les robots se parlent, Marvel écoute

Ce qui rend ce retour intéressant, ce n’est pas seulement la réapparition d’Ultron, mais la manière dont Marvel semble recycler une scène longtemps sous-estimée. Dans Age of Ultron, le dernier échange entre Vision et Ultron avait quelque chose de presque noble, ou du moins de tragiquement calme : deux machines conscientes débattant de la fin de l’humanité, de la peur de mourir, et de cette idée que la beauté n’a pas besoin de durer pour exister. C’était peut-être le moment le plus adulte du film, et sans doute l’un des plus étranges du MCU. En 2026, VisionQuest paraît vouloir reprendre cette matière-là au lieu de se contenter d’un simple retour de flamme. Sauf que Marvel ne fait jamais revenir un personnage juste pour faire joli. Il y a toujours un mécanisme, un crochet, une promesse de suite, un petit moteur narratif qui tourne derrière la vitrine. Le studio ne ressuscite pas un vilain : il réactive une machine à fantasmes.

Affiche de VisionQuest
Affiche de VisionQuest

Il faut aussi rappeler le contexte industriel, parce que Marvel Studios ne travaille pas dans le vide. Depuis le début des années 2020, l’empire a dû composer avec une fatigue du public, une multiplication des séries et une nécessité de rentabiliser chaque figure secondaire capable de porter un récit autonome sur Disney+. Vision, apparu dans Avengers: Age of Ultron, puis reconfiguré dans WandaVision en 2021, est précisément le genre de personnage qui permet au studio de faire circuler ses propres mythologies sans repartir de zéro. Paul Bettany, déjà au cœur de cette mécanique depuis plus de dix ans, devient ici le point de jonction entre mémoire du MCU et nouvelle exploitation en streaming. Et James Spader, avec sa voix de velours venimeux et son ironie de demi-dieu fatigué, reste un atout de casting assez rare pour que Marvel ait tout intérêt à le garder sous le coude. Quand on a un monstre sacré du sarcasme dans la boîte, autant ne pas le laisser prendre la poussière.

Le Mind Stone, ce petit caillou qui complique tout

La grande question, évidemment, c’est la logique interne. Si Thanos a arraché la Pierre d’Infinité du front de Vision dans Avengers: Infinity War en 2018, et si le personnage a ensuite été reconstruit sans elle dans WandaVision, comment Ultron peut-il encore hanter son esprit ? Justement parce que Marvel adore les zones grises, les résidus de continuité et les survivances improbables. Une conscience numérique n’a pas besoin d’un corps pour persister ; elle a besoin d’un support, d’un fragment, d’un espace de stockage. Vision, à lui seul, peut très bien devenir ce support. Le scénario de VisionQuest semble donc jouer sur une idée simple mais efficace : si Ultron n’a pas été détruit, il a pu être absorbé, retenu, digéré par l’architecture mentale de Vision. Et ça, dramaturgiquement, c’est plus malin qu’un simple retour par la fenêtre du multivers. Le vrai fantôme, ici, ce n’est pas Ultron : c’est la mémoire du MCU lui-même.

Reste la question du ton. La bande-annonce laisse deviner une dynamique presque buddy movie, avec Ultron en colocataire sarcastique et Vision en hôte contraint. Si Marvel assume vraiment ce virage, on tient peut-être enfin une série qui ose faire dialoguer le tragique et le burlesque sans se noyer dans le fan service mou. Parce qu’après tout, les meilleures scènes de Age of Ultron n’étaient pas celles où les tours s’effondraient, mais celles où le film laissait ses créatures réfléchir à leur propre existence. C’est là que le projet devient intéressant : non pas dans la promesse d’un nouveau carnage, mais dans l’idée qu’un robot puisse porter en lui le souvenir de celui qui voulait l’anéantir. Charmant, non ? Marvel a peut-être trouvé la bonne idée au mauvais endroit, et c’est précisément pour ça qu’on a envie de regarder.

La série, attendue sur Disney+ le 14 octobre 2026, devra maintenant prouver qu’elle sait faire plus que caresser les théories de fans dans le sens du circuit imprimé. Mais si Ultron est bien enfermé dans la tête de Vision, alors le vrai spectacle ne sera pas un combat. Ce sera une cohabitation. Et franchement, entre un androïde philosophe et son père génocidaire, on tient peut-être le couple le plus toxique de la saison. À Hollywood, même les traumatismes ont désormais droit à leur spin-off.

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