Deux stars, trois films, et une drôle d’histoire de transmission : Tom Holland et Robert Pattinson se croisent à l’écran comme si Hollywood testait, à chaque fois, qui tient vraiment le manche. Entre aventure coloniale, cauchemar américain et fresque homérique, leur filmographie commune raconte aussi l’évolution d’un système qui adore faire se télescoper les générations.
En 2026, le duo a retrouvé une visibilité XXL grâce à The Odyssey de Christopher Nolan, mastodonte distribué par Universal, avec Matt Damon, Anne Hathaway, Zendaya et compagnie dans le même bateau. D’après la source, le film a déjà franchi les 1,1 milliard de dollars de recettes mondiales, pendant que Spider-Man: Brand New Day de Destin Daniel Cretton dépassait 1,6 milliard. Oui, on parle bien de ce moment où les studios ne vendent plus seulement un film, mais une combinaison d’acteurs comme on vend une formule magique. Et, quelque part, le public a tranché : il veut des visages connus, des récits à haute tension, et si possible un peu de mythologie pour faire passer la pilule. Le cinéma industriel adore les croisements de trajectoires quand ils rapportent gros ; ici, ils racontent aussi une vraie bataille de présence à l’écran.
Le vrai sujet, pourtant, n’est pas de savoir qui a le plus gros box office, mais quel film fait le mieux dialoguer ces deux tempéraments.
Le petit détour par l’Amazone : The Lost City of Z et le rendez-vous manqué
Sorti en 2016, The Lost City of Z de James Gray adapte le livre de David Grann publié en 2009 et suit l’explorateur Percy Fawcett, disparu en Amazonie en 1925. Charlie Hunnam tient le rôle principal, Robert Pattinson y incarne Henry Costin, compagnon d’expédition, et Tom Holland apparaît plus tard sous les traits de Jack Fawcett, le fils. Sur le papier, on tient un beau terrain de jeu : l’aventure, l’obsession, la fièvre de l’inconnu, tout ce que le cinéma aime quand il veut encore croire à la poussière, à la jungle et aux hommes qui se perdent pour de bon.
Sauf que la rencontre Holland-Pattinson y reste presque fantomatique. Le premier n’est encore qu’un jeune acteur en devenir, le second a déjà derrière lui l’ombre immense de Twilight et la réputation d’un caméléon prêt à bifurquer. Résultat : le film est plus intéressant comme photographie d’un passage de relais que comme face-à-face. On y voit déjà ce que le cinéma adore : un futur héros populaire et un acteur déjà passé par plusieurs vies, mais sans l’étincelle de friction qui fait les grandes scènes à deux. C’est un film de présences séparées, pas de duel. Et forcément, ça laisse un petit goût de “tout ça pour ça”.
La foi en vrac : The Devil All the Time et le sale miroir américain
En 2020, Antonio Campos réunit à nouveau les deux acteurs dans The Devil All the Time, produit pour Netflix, adaptation du roman de Donald Ray Pollock. Là, on change de température. Plus de brume d’exploration ni de romantisme d’expédition : on plonge dans une Amérique de l’après-guerre rongée par la violence, l’hypocrisie religieuse et les traumatismes qui se transmettent comme une maladie honteuse. Tom Holland y incarne Arvin, jeune homme cabossé par l’héritage familial, tandis que Robert Pattinson joue le révérend Preston Teagardin, prédicateur charmeur et prédateur. Pas besoin de faire un dessin : le film organise une collision entre innocence abîmée et corruption en soutane.

Et là, le rapport de force devient autrement plus savoureux. Holland, encore associé à une certaine jeunesse lumineuse dans l’imaginaire collectif, se coltine un rôle de survivant mutique. Pattinson, lui, s’amuse à tordre son image de star élégante pour devenir une ordure polie, presque trop bien coiffée pour être honnête. Le film, long, poisseux, sans la moindre échappée consolatrice, fonctionne comme une machine à broyer les illusions américaines. Entre les deux, il n’y a pas seulement un affrontement d’acteurs : il y a un choc d’icônes, et c’est là que ça commence à sentir le soufre.
Le trône de pierre : The Odyssey et la guerre des regards
En 2026, Christopher Nolan change l’échelle et donne enfin à cette rencontre la forme qu’elle méritait. Dans The Odyssey, Tom Holland joue Télémaque et Robert Pattinson Antinoüs, l’un des prétendants de Pénélope interprétée par Anne Hathaway. Le film, d’après la source, ne se contente pas de rejouer Homère : il déplace le centre de gravité vers la culpabilité de guerre, la violence comme héritage, et la difficulté de revenir de l’horreur sans y laisser son âme. Matt Damon campe Ulysse, mais le vrai poison circule ailleurs, dans les regards, les rapports de domination, la manière dont chacun occupe l’espace.
Et c’est là que Pattinson et Holland trouvent enfin leur terrain de guerre. Le premier, en Antinoüs, impose une arrogance presque carnassière ; le second, en Télémaque, joue la retenue, la fragilité, l’apprentissage du pouvoir. L’un semble avoir déjà tout compris du monde, l’autre n’a pas encore fini de le traverser. Nolan, évidemment, adore ce genre de friction géométrique : des corps, des lignes de force, des figures qui se répondent sans jamais se confondre. Pour la première fois, leur duo n’a plus l’air d’un hasard de casting, mais d’une vraie pièce de dramaturgie. Et ça, oui, ça claque.
Le bon casting, c’est aussi une histoire de timing
Si on regarde ces trois films ensemble, on voit moins une “collaboration” qu’une chronologie de métamorphoses. En 2016, Holland est encore en phase d’éclosion ; en 2020, il a déjà la stature d’un premier rôle capable de porter un drame noir ; en 2026, il devient le fils d’Ulysse face à un Pattinson qui a définitivement quitté les couloirs de la franchise pour régner sur les zones grises du grand cinéma d’auteur à gros budget. Ce n’est pas seulement une affaire de filmographie, c’est une affaire de place dans l’industrie.
Et puis il y a cette évidence un peu bête, mais qu’on adore à la rédaction : Pattinson a longtemps joué les énigmes, Holland les évidences. L’un travaille l’opacité, l’autre l’accessibilité. Quand ils se croisent, le film décide presque toujours lequel doit incarner la surface et lequel le trouble. Dans The Odyssey, le rapport s’inverse avec une élégance cruelle : le garçon devient l’avenir, le dandy devient la menace. Au fond, leurs trois films dessinent une même équation : comment faire cohabiter la jeunesse, le mythe et la pourriture sans que tout parte en fumée ?
On peut toujours classer ces trois opus, bien sûr. Mais le plus intéressant, c’est peut-être de voir comment Hollywood recycle ses visages pour fabriquer des hiérarchies nouvelles. Entre l’explorateur perdu, le prêcheur toxique et le prétendant arrogant, Holland et Pattinson n’ont jamais vraiment joué “ensemble” de la même manière. Ils ont surtout servi de révélateur l’un à l’autre. Et ça, mine de rien, c’est déjà une belle manière de faire du cinéma.
Bande-annonce VF de The Lost City of Z
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




