Pour rappel, tout commence en octobre 2024. Deadline révèle qu’une série en langue anglaise dérivée de Squid Game est en développement chez Netflix, avec David Fincher aux commandes créatives. Pas un remake plan-plan calqué sur l’original coréen, précise-t-on à l’époque, mais un spin-off logé dans le même univers concentrationnaire, même jeu, autre décor, autres cadavres. Le scénario est confié dès juin 2024 à Dennis Kelly, le créateur de la série culte Utopia, un choix qui a du sens : Kelly sait manier la satire sociale grinçante sans tomber dans la caricature. Le tout portait un nom de code aussi mystérieux qu’ironique : Heckler.

En novembre 2025, la rumeur prend une consistance presque officielle. Une fiche de la Film and Television Industry Alliance liste un tournage prévu à Los Angeles à partir de fin février 2026, avec Fincher, le créateur original Hwang Dong-hyuk et la productrice Kim Ji-yeon au générique. Seul nom d’actrice cité : Cate Blanchett, celle-là même qui incarnait la recruteuse américaine dans le plan final de la saison 3 de Squid Game. Détail piquant que peu de médias ont relevé : selon des sources russes citant The Playlist, le tournage devait en réalité se dérouler au Royaume-Uni, pas aux États-Unis, un comble pour un projet censé s’appeler « America ».

Cate Blanchett en pleine partie de ddakji, littéralement le meilleur teasing jamais tourné pour une série qui n’a jamais eu de date de sortie.

Hwang dit merde aux rumeurs, poliment mais fermement

Sauf que pendant tout ce temps, la seule personne officiellement en charge de la franchise n’a cessé de démentir. Interrogé à plusieurs reprises courant 2025, Hwang Dong-hyuk a été catégorique : « Honnêtement, rien ne m’a été dit officiellement par Netflix à ce sujet. Je n’ai lu ça que dans des articles, comme tout le monde ». Il ira jusqu’à qualifier les spéculations de « complètement infondées », précisant n’avoir eu aucune confirmation ni sur un calendrier de tournage, ni sur l’implication de Fincher, ni sur celle de Blanchett.

Le tacle mérite d’être répété noir sur blanc : Netflix n’a, à aucun moment de cette histoire, confirmé le titre, le casting ou une date de tournage de Heckler. Tout ce qui a circulé pendant deux ans, noms d’acteurs, lieux de tournage, calendrier, provenait de fuites de production ou de fiches administratives, jamais d’un communiqué de la plateforme. C’est précisément ce qui permet aujourd’hui à Netflix d’enterrer le projet sans avoir à s’expliquer publiquement : on ne peut pas annuler officiellement ce qu’on n’a jamais officiellement annoncé.

The Adventures of Cliff Booth, ou comment Fincher a dit adieu aux calmars

Le premier vrai responsable de la chute a un nom : The Adventures of Cliff Booth. Ce long-métrage écrit par Quentin Tarantino, qui a choisi de ne pas le réaliser lui-même, façon passage de témoin assumé, prolonge Once Upon a Time… in Hollywood avec Brad Pitt qui reprend le rôle du cascadeur Cliff Booth. Budget évoqué : environ 200 millions de dollars. Et c’est Fincher qui en a hérité la réalisation, au moment même où Kill Bill 3 reste, lui, à l’état de pitch dans la tête de son créateur.

Mais réduire l’annulation à un simple conflit d’agenda serait paresseux. Selon Rodrigo Perez, journaliste de The Playlist à l’origine du scoop et fin connaisseur du réalisateur, la cause est plus structurelle : des « années de développement et divers changements de direction au sein de la plateforme » ont fini par éroder la priorité accordée au projet. Netflix a changé d’exécutifs en charge de la franchise en cours de route, et quand les cadres qui portaient un projet partent, le projet part souvent avec eux. C’est une mécanique classique du studio system, version streaming : pas de sabotage, juste une hiérarchie qui change d’avis en changeant de visage.

Adieu Hollywood, bonjour Paris et Oslo

Le vrai twist de l’histoire, c’est la suite. D’après plusieurs médias américains, dont Outlook India, Netflix ne renonce pas à internationaliser Squid Game, la plateforme change simplement d’échelle. Plutôt qu’une méga-production anglophone unique pilotée par une tête d’affiche du cinéma américain, la stratégie basculerait vers des déclinaisons locales, avec des versions françaises et norvégiennes déjà évoquées. Concept identique, casting et langue du cru : logique de franchise fragmentée plutôt que d’universalisation par le haut.

Sur le papier, c’est même plus cohérent avec l’ADN de la série. Squid Game est une satire sociale coréenne devenue un phénomène mondial précisément parce qu’elle n’a jamais eu besoin d’être américanisée pour cartonner : 265 millions de vues cumulées sur trois saisons sans un seul acteur hollywoodien de premier plan avant le caméo de Blanchett. Vouloir plaquer une esthétique et une tête d’affiche made in USA sur un concept qui doit son succès à son ancrage coréen, c’était peut-être le péché originel de Heckler dès le départ.

À lire aussi : Squid Game saison 3 : le créateur révèle une fin alternative qu’on n’a pas eue

Vrai projet ou mensonge : le verdict qui dérange

La réponse tient en deux temps qu’on refuse de mélanger. Vrai projet, indéniablement : contrat de scénariste avec Dennis Kelly signé dès 2024, fiche de production déposée en novembre 2025, budget et lieu de tournage évoqués, ce n’était pas une pure invention de fans énervés. Mensonge, non plus, au sens où personne n’a menti, Netflix n’a simplement jamais rien confirmé, se contentant de laisser fuiter juste assez d’informations pour entretenir le hype pendant deux ans, sans jamais s’engager sur rien. Le résultat : une annulation qui n’en est officiellement pas une, puisqu’il n’y a jamais eu d’annonce à annuler.

Reste une question ouverte que même The Playlist ne tranche pas : est-ce que les futures versions françaises et norvégiennes tiendront leurs promesses, ou connaîtront-elles le même sort qu’Heckler, deux ans de fiches administratives, puis un enterrement discret un jeudi d’août ? Hwang Dong-hyuk, lui, a déjà tourné la page depuis longtemps : pour lui, la saison 3 marquait la fin de l’histoire, point final. Netflix, en revanche, ne semble toujours pas décidé à dire merde aux calmars pour de bon.

 

Je suis un écrivain passionné par la lecture et l'écriture. J'ai choisi d'exprimer mes opinions et mes observations sur mon blog, où je publie souvent des articles sur des sujets qui me sont chers. Je m'intéresse aussi beaucoup aux préoccupations sociales, que j'aborde souvent dans mon travail. J'espère que vous apprécierez mes articles et qu'ils vous inciteront à réfléchir vous aussi à ces sujets. N'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me faire part de vos réflexions !

Part.
Laisser Une Réponse