Marvel adore les résurrections, mais rarement elles ont eu autant de panache tragique que dans X-Men ’97. En saison 2, Gambit revient d’entre les morts sous une forme qui sent le soufre, les cartes brûlées et le grand mélodrame mutant.
La série animée produite par Marvel Studios Animation sur Disney+ continue de bricoler avec une matière que les fans connaissent par cœur, tout en la tordant juste assez pour éviter le simple musée nostalgique. Ici, on n’est pas dans le petit retour de service qui fait sourire au générique. On parle d’un personnage mort en saison 1, de Rogue laissée seule avec ses gants, et d’un reboot de la douleur en mode super-héros. Le tout arrive dans un contexte où Marvel, depuis plusieurs années, cherche à redonner du poids émotionnel à ses franchises télévisées après avoir trop souvent confondu vitesse de production et densité dramatique. Et quand une série de mutants réussit à faire d’un retour de personnage une vraie question morale, on tient autre chose qu’un simple fan service bien coiffé.
La saison 2, lancée en 2026, s’inscrit dans cette logique de réparation et de relance. Après le choc de la mort de Gambit dans la première saison, l’épisode centré sur son retour transforme ce qui aurait pu n’être qu’un gimmick en piège sentimental. Le personnage n’est pas seulement ramené ; il est reconfiguré. Death conserve la voix, la gestuelle, l’ironie et la flamme de Remy LeBeau, mais sous une bannière plus noire, plus violente, plus manipulatrice. C’est là que X-Men ’97 devient franchement malin : au lieu de faire revenir un héros intact, la série met Rogue face à un amour qui lui ressemble encore, tout en étant devenu presque impossible à reconnaître. Le vrai drame n’est pas de revoir Gambit, c’est de constater qu’il est encore capable de lui briser le cœur en restant lui-même.
Cartes sur table, cœur en feu
Le titre de l’épisode, The Dead Man’s Hand, n’a rien d’un clin d’œil décoratif. Dans l’imaginaire du western comme dans celui du poker, la main du mort annonce le mauvais coup, la fatalité, la partie qui tourne au bain de sang. Sauf qu’ici, la série ajoute une couche de romantisme tordu : le mort en question demande Rogue en mariage. Oui, Marvel a décidé de faire cohabiter la demande en fiançailles, la nécromancie et la menace apocalyptique. Il fallait oser, et franchement, ça passe crème.
La mise en scène du retour de Gambit joue sur une tension très précise : il n’est ni totalement victime, ni complètement monstre. Il parle comme Remy, aime comme Remy, séduit comme Remy. Mais il agit désormais avec une froideur qui l’éloigne de la figure du voyou charmeur qu’on aimait voir glisser d’un combat à l’autre. Ce décalage donne au personnage une profondeur presque cruelle. On ne regarde pas seulement un mutant revenu d’entre les morts ; on regarde un amour qui a survécu à la mort, mais pas à la corruption. C’est du soap opera mutant, oui, mais avec des éclairs dans les yeux et des cadavres dans les marges.

Rogue, ou l’art de tenir la main du vide
Ce qui rend la séquence plus forte que le simple retour de flamme, c’est la position de Rogue. Depuis toujours, son pouvoir l’empêche de toucher ceux qu’elle aime sans les blesser. Le personnage a donc été écrit, pendant des décennies, comme une héroïne condamnée à désirer à distance. Là, la série lui offre enfin le contact, mais dans les pires conditions possibles : le toucher devient possible au moment même où l’être aimé se dérobe moralement. C’est presque trop beau, dans le sens le plus sadique du terme.
Le choix d’écriture est d’autant plus habile qu’il renverse l’attente classique du retour amnésique. On aurait pu avoir le vieux schéma du héros contrôlé par une force extérieure, que l’amour sauve à coups de souvenirs partagés. X-Men ’97 préfère la zone grise : Gambit est encore là, mais l’ombre d’Apocalypse l’habite. Résultat, Rogue ne doit pas seulement sauver son homme ; elle doit décider s’il reste sauvable. Et ça, pour un feuilleton de super-héros, c’est nettement plus intéressant qu’un énième combat de lasers. Le cœur de la série, ce n’est pas la bagarre : c’est la capacité à aimer quelqu’un qui vous échappe même quand il vous revient.
Apocalypse au fond du verre
Autre valeur du récit : la série continue de traiter Apocalypse comme une force qui contamine les corps, les lignées et les désirs. En faisant de son esprit une présence encore active dans Gambit, X-Men ’97 ne se contente pas de recycler un grand méchant de la mythologie mutante. Elle transforme le personnage en parasite dramatique, en héritage toxique, en passager clandestin de la tragédie. C’est une idée très comics, très série animée des années 1990, mais remise au goût du jour avec une vraie rigueur de construction.
Le final de saison, prévu pour le 12 août 2026 sur Disney+, s’annonce donc comme une partie à plusieurs bandes : sauver l’âme de Gambit, neutraliser Apocalypse, arbitrer entre X-Force, X-Factor et les X-Men, et surtout décider si Rogue peut encore croire à ce qu’elle voit. On est loin du simple cliffhanger de routine. La série joue sa carte la plus précieuse : faire du mélodrame une mécanique de blockbuster télévisé. Et ça, mine de rien, Marvel en avait bien besoin. Quand les cartes se retournent, il reste une seule question : qui tient encore la main de qui ?
Le plus drôle, c’est peut-être que tout cela repose sur une vieille logique de feuilleton, presque à l’ancienne, où les morts reviennent, les amants se ratent, et les pouvoirs servent surtout à compliquer les sentiments. Une belle idée, au fond. Et un bon rappel que chez les mutants, l’immortalité n’a jamais empêché le chagrin de faire son petit numéro.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




